Deuxième épisode du podcast de La Place des Grenouilles.
Pour ce volet « expertise », la sociologue du sport Anne Schmitt dresse un bilan de la place des femmes* dans le sport (et vice versa), en loisirs comme en haut niveau.
- Est-ce que les femmes sont vraiment moins performantes en sport que les hommes ?
- Les filles* et les garçons* / les femmes* et les hommes* ont-il le même accès au sport ? (* : cisgenres et transgenres)
- Avec les premiers JO paritaires, y a-t-il une égalité de traitement entre femmes et hommes ?
- Y a t-il de la place pour le militantisme dans le sport ?
- Comment remettre le sport au centre aussi chez les femmes*, durablement ?
Anne Schmitt est maitresse de conférence et sociologue du sport, du genre et du corps à la Faculté des Sciences du Sport de L’université Paris Saclay. Ses travaux de recherche portent principalement sur les inégalités de genre dans la pratique sportive et son terrain de prédilection est celui des sports nautiques.
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L’épisode a été enregistré le 15/05/2024.
Vous pouvez consulter et suivre les travaux de Anne Schmitt sur Google Scholar.
La musique est composée par Gisula (https://gisula.com).
Erratum pour la version audio :
- c’est Ripcurl (et pas Roxy) qui a diffusé une campagne publicitaire avec Sasha Jane Lowerson, surfeuse transgenre et “veut promouvoir le surf pour tout le monde de manière respectueuse”. Après des plaintes, Ripcurl a fait un communiqué pour démentir le lien de cause à effet entre la prise de position de Bethany Hamilton contre la participation des athlètes transgenres et la rupture du contrat entre Ripcurl et la surfeuse.
- C’est Colin Kaepernick le quarterback qui s’est agenouillé pendant l’hymne américain en signe de protestation contre le racisme et les violences policières (et pas Colin Firth l’acteur)

Glossaire
femme cis (ou cisgenre) : personne dont l’identité de genre est féminine et concorde avec le genre qui lui a été assigné à la naissance.
femme trans (ou transgenre) : personne dont l’identité de genre est féminine (elle se sent femme), alors que le genre qui lui a été assigné à la naissance était masculine.
lesbophobie : haine envers les lesbiennes
transphobie : haine envers les personnes transgenres
Personnes et artefacts évoqués dans l’épisode
- Anne Schmitt, maitresse de conférence. Autrice de Les usages sociaux de la pratique du surf et de la voile légère en contexte scolaire en France et en Californie : processus de socialisation et rapports sociaux de sexes et de classes
- Justine Dupont, surfeuse française, spécialisée dans le surf de grosses vaguse. 12 fois championne du monde des WSL XXL Awards, 2 fois championne du monde de surf tracté
- Jasmin Paris, coureuse de fond écossaise, spécialisée en fell running et en ultra-trail. Double championne de Grande Bretagne de fell running. Première femme à réussir l’ultra trail Barkley Marathon, de 160km.
- Shan Zhang, tireuse sportive. Championne olympique en skeet mixte aux Jeux Olympiques de 1992, avant que l’épreuve mixte soit supprimée.
- Amélie Moresmo, tenniswoman. Vingt-cinq titres en simple sur le circuit WTA, dont trois Grand Chelem. Numéro 1 mondiale en 2004.
- Title IX : nom usuel de l’amendement Title IX of the Education Amendments of 1972, voté aux Etats-Unis en 1972, qui interdit toute discrimination sur la base du sexe dans les programmes d’éducation soutenus par l’Etat.
- Sandrine Lévêque, politiste et maîtresse de conférences en sciences politiques. Co-autrice de Femmes et politique.
- Catherine Achin, professeure de science politique. Co-autrice de Femmes et politique.
- Anaïs Bohuon, socio-historienne. Autrice de Catégorie “dames” Le test de féminité dans les compétitions sportives.
- Florys Castan-Vicente, maîtresse de conférence en histoire et historienne du sport. Autrice de Un corps à soi ? Activités physiques et féminismes durant la première vague (France, fin du XIXe siècle, fin des années 1930)
- Keala Kennelly, surfeuse professionnelle et DJ. Vice championne du monde de l’ASP World Tour en 2002. Première femme à avoir surfé la vague de Teahupoo, l’une des plus dangereuses du monde.
- Bethany Hamilton, surfeuse américaine. A 13 ans, elle est attaquée par un requin et perd son bras gauche. Vainqueuse de l’Explorer Women’s division aux championnats nationaux NSSA 2005.
- Sacha Jane Lowerson, surfeuse transgenre. Vainqueuse des championnats d’Etat de la cote ouest en Australie.
- Marie Patouillet, coureuse cycliste handisport française. Championne du monde de paracyclisme 2022.
- Megan Rapinoe, joueuse américaine de football. Multiple championne de Franc avec l’OL et multiple championne du monde avec les États-Unis.
- Serena Williams, 39 titres du Grand Chelem en simple et en double. Avec 23 titres en simple en 201è, elle a été l’unique rewordwoman jusqu’en 2023, record égalé puis dépassé par Novak Djokovic.
- Alizé Cornet, joueuse de tennis professionnelle. Elle a remporté neuf titres sur le circuit WTA. Détentrice du record féminin de participations consécutives à un tournoi du Grand Chelem, avec 69 tournois.
- Novak Djokovic, Rafaël Nadal, Roger Federer : tennismen considérés comme les meilleurs joueurs de tennis de tous les temps. Dkojovic a remporté 24 titres du Grand Chelem, ce qui constitue le record, hommes et femmes confondus, à égalité avec Margaret Smith Court. Nadal a gagné 14 fois à Roland-Garros. Federer a occupé durant 310 semaines la première place du classement mondiale de tennis.
- Colin Kaepernick (
Colin Firth). Joueur américain de football américain chez les 49ers de San Francisco. En 2016, il s’est agenouillé pendant l’hymne national américain afin de protester contre le racisme aux États-Unis et les violences policières envers les minorités. - Béatrice Barbusse, handballeuse et sociologue du sport. Autrice de Du sexisme dans le sport.
- Antoine Bréau, chercheur. Co-auteur de Plus libres sans les garçons ? Une analyse des manières de “faire le genre” chez des adolescentes au sein de classes non mixtes en EPS.
- Carole Cicci. Fondatrice de Comète Club, association de basket féminin.
- Elsa Dorlin, philosophe. Autrice de Se défendre, une philosophie de la violence.
- Victoire Tuaillon, journaliste et autrice française. Créatrice des excellents podcasts Les couilles sur la table qui analyse la construction des masculinités, et Le coeur sur la table qui explore les nouvelles formes d’amour.
- Kiffe ta race : podcast qui explore les enjeux de l’identité, de la diversité et de l’antiracisme à travers des témoignages, des reportages et des débats. Créé et animé par Rokhaya Diallo et Grace Ly.
- Toutes musclées : mini série sur Arte au sujet de la pratique sportive des femmes en loisirs et compétitions..
- Emmanuel Beaubatie, auteur de Transfuges de sexe. Passer les frontières du genre. Invité du podcast Les couilles sur la table, dans l’épisode S6E17 Hommes trans : devenir des hommes comme les autres
- Michal Raz, sociologue. Autrice de Intersexes. Du pouvoir médical à l’autodétermination.
- Anne Fausto-Sterling, biologiste. Autrice de Les cinq sexes revisités
- Lucie Pallesi, doctorante à la faculté des sciences du sport de Paris Saclay. Co-autrice de la publication Ni de seins, ni de règlement. L’athlète Violette Morris ou le procès de l’identité sexuée de l’entre-deux-guerres.
- Halba Diouf, sprinteuse française trans. Quelques mois avant les JO, la fédération internationale a modifié le règlement et interdit les femmes transgenres dans les compétitions nationales et internationales.
Autres ressources
Mon genre de sport est une initiative portée par le centre Hubertine Auclert pour promouvoir le sport auprès des jeunes filles. A 12 ans, les filles disparaissent petit à petit des activités sportives. 95% des personnes qui utilisent des city stade sont des garçons. 90% des journalistes sportifs sont des hommes.
Leur malle « Sport et genre » propose des ressources aux professionnel·les et associations pour lutter contre les inégalités et les discriminations dans le sport.
Le rapport de l’ARCOM mesure et indique l’évolution de la place des femmes dans les médias. En 2021, les femmes n’occupaient que 5% du total des diffusions sportives à la télévision.
Transcript de l’épisode :
[musique de générique d’intro]
Sara : La Place des Grenouilles, c’est une association ET un podcast qui proposent des espaces de discussion et de réflexion pour déconstruire, ensemble, les normes de genre.
Florence : Au fil des épisodes, on vous propose :
– de revenir sur des œuvres et événements qui nous ont plu,
– de découvrir des métiers à priori genrés,
– ou encore d’approfondir des sujets de société grâce à des expertEs de différents domaines”
Sara : Nous sommes Florence et Sara,
Florence : bienvenue sur La Place des Grenouilles”
[fin de la musique de générique d’intro]
—
Florence :
Bonjour tout le monde, ici Florence de La Place des Grenouilles. Aujourd’hui, pour le volet expertise, nous accueillons Anne Schmitt. Anne Schmitt est maîtresse de conférence et sociologue du sport du genre et du corps à la Faculté des Sciences du Sport de l’Université Paris Saclay. Ses travaux de recherche portent principalement sur les inégalités de genre dans la pratique sportive et son terrain de prédilection est celui des sports nautiques. Je suis ravie de l’accueillir aujourd’hui. Bonjour Anne !
Anne Schmitt :
Bonjour, je suis ravie également !
Florence :
Alors déjà il y a une croyance assez courante, que les femmes sont moins performantes en sport que les hommes. Est-ce que c’est vraiment le cas ?
Anne Schmitt :
Alors si on parle en terme de moyenne, de majorité des épreuves sportives, effectivement, les performances des sportiFs masculins sont supérieures à celles des sportiVes. Mais pas dans toutes les activités, pas tous les sports. ll y a vraiment des femmes qui ont battu des hommes. Moi, j’ai l’exemple du surf de grosse vague parce que ce sont mes travaux, mes enquêtes avec des surfeuses comme Justine Dupont qui rivalise avec les hommes. Il y a aussi les sports d’ultra performance avec des femmes qui se démarquent et qui battent aussi des hommes. Je pense notamment à Jasmin Paris, qui a fait une course de presque 400 km, qui est arrivée devant beaucoup d’hommes. Elle était première ou deuxième il me semble en tirant son lait tout le long de la course.
On voit que cette question de supériorité des performances, effectivement quand on parle de la majorité des sports, oui, mais attention il y a quand même quelques exceptions. Dans le tir aussi, il y avait la chinoise aussi (Shan Zhang), il y a quelques années qui avait gagné c’est une épreuve mixte à l’époque et d’ailleurs à l’issue de sa victoire elle a jamais pu défendre son titre tout sexe confondu. Ils ont mis une épreuve des hommes, et des femmes, donc ils ont supprimé la mixité. Donc on voit en plus de ça, que quand les femmes entre guillemets battent les hommes, ça dérange un peu. Voilà c’est très répandu, c’est vrai en majorité mais non il y a quelques exemples avec des femmes qui battent des hommes.
Florence
Du coup, d’où est-ce que ça vient tu penses ? Dans quel cas justement ? Comment ça se fait qu’il y a des disciplines où on peut avoir des femmes qui battent les hommes, est-ce que c’est une fatalité que les femmes soient moins performantes que les hommes dans la majorité des sports aujourd’hui ?
Anne Schmitt
Le terme fatalité est intéressant parce que je pense que tout le monde a tendance à justifier, enfin déjà, on oublie complètement les femmes qui battent des hommes, et en plus de cela c’est justifié par des arguments qui sont biologiques, qui sont naturalisant. C’est-à-dire le corps des hommes serait en tout point plus performant, plus résistant, plus fort et le corps des femmes serait moins résistant, moins endurant, plus fragile, empêché par les seins, par les règles, par la maternité, enfin voilà dans son ensemble.
Ces arguments là, biologisant, naturalisant, ils mettent de côté tout un versant qui permet aussi d’expliquer les écarts de performance entre les hommes et les femmes, un écart qui est sociologique culturel et même historique. On oublie dans le football, c’est un très bel l’exemple dans le football, que les femmes pendant pratiquement 40 ans n’ont pas pu jouer au football -c’était interdit dans les fédérations- qu’à l’origine le début des sports modernes, fin du 19e siècle avec Pierre de Coubertin, les femmes n’étaient pas les bienvenues dans les clubs de sport, qu’il y avait très peu d’opportunités pour elle, et que bah avec tous ces obstacles historiques confondus, il y en a vraiment des milliers hein, là j’en donne que quelques uns, il y en a vraiment beaucoup. Le sport des femmes a à peu près 100 ans de retard sur le sport des hommes.
Donc, ça c’est une première chose et il y a tout ce qui est freins culturels et sociaux, c’est-à-dire, si je reprends l’exemple du football : faire du football quand on est un petit garçon, ça paraît normal, logique, normal, enfin surtout logique, qu’un petit garçon a envie de faire du football, on va pas trop réfléchir, on va l’inscrire dans un club de football. Pour une jeune fille, c’est pas la même chose. Alors, on peut l’inscrire dans un club de foot ok mais après, souvent, c’est à partir de 14 ans que les équipes ne peuvent plus jouer en mixité, les jeunes filles se retrouvent ben sans équipe parce que pour aller sur la première équipe, faut faire 50 km, donc on voit que déjà, à la base il y a une inégalité d’accès qui est qui est un peu invisible dont on parle pas beaucoup. Et ensuite, quand on regarde à haut niveau, les opportunités et les moyens entre les sportifs et les sportives ne sont pas les mêmes. Quand on voit qu’en rugby, le statut de professionnel des femmes, il est vraiment, il commence à émerger, il y en a vraiment peu alors que chez les hommes, tous les hommes du Top 14 je pense sont professionnels. Chez les femmes, c’est pas du tout le cas et si vous voulez, c’est important quand on est sportif de haut niveau d’être sportif professionnel, parce que souvent, on fait un peu l’amalgame . En fait, on peut très bien être sportif de haut niveau mais ne pas être professionnel tout simplement parce qu’on ne peut pas vivre de sa pratique sportive. Dans beaucoup de sports, c’est le cas. On voit souvent le football, où là bon, effectivement, ils sont professionnels, il y a les hommes en France, il y a aucun problème. Concernant plein de sports, c’est pas du tout le cas et chez les femmes ça l’ encore moins.
Il y a énormément de sportives qui sont à haut niveau mais qui ne vivent pas de leur sport, ce qui fait qu’il faut qu’elles partagent leur temps entre travailler, faire des études, ça prend de l’énergie, ça prend du temps et tout ça c’est de l’énergie et du temps en moins sur les terrains ou dans votre pratique sportive. Quand on ne donne pas les moyens à une partie de la population de performer comme l’autre, forcément va y avoir des inégalités mais ça, on ne le voit pas et on a tendance à justifier et toujours justifier la supériorité des hommes avec des arguments biologiques, physiologiques qui seraient une fatalité, que de toute manière, le corps des hommes a toujours été comme ça, il serait plus puissant plus fort. Moi, je pense que tant qu’on n’aura pas une égalité, c’est-à-dire un retard historique qui a été rattrapé, et une égalité d’opportunités et de moyens, on ne peut pas l’affirmer comme cela.
Florence
Super intéressant. Parce qu’effectivement, il y a la partie historique, et même j’ai l’impression que quand vous parliez des des petits garçons, c’est un devoir, enfin c’est vraiment, ça fait partie des des choses super importantes à faire, de les mettre au sport et les filles, c’est facultatif en réalité. J’ai l’impression qu’il y a un rapport au corps aussi qui est différent entre les deux, au-delà des des freins sociologiques. J’ai des amis par exemple qui ont arrêté le sport parce que ça faisait “trop moche” enfin c’est un peu bizarre à dire, mais en gros, c’était ça et je trouve ça terrible même pour rester dans le sport, il y a un sujet.
Anne Schmitt
Oui, bien sûr. Sur la question du rapport au corps, on voit bien que quand on est un homme, d’une certaine manière, on n’est jamais trop musclé.
Florence
Oui, c’est vrai !
Anne Schmitt
C’est toujours valorisé d’être musclé, on n’est jamais trop sportif. Quand on est une femme, qu’on fait du tennis ou qu’on se met à l’aviron, quand on commence à avoir un corps qui se … le corps, il est très plastique. On l’entraîne, il s’adapte, il se transforme. Les sportives et les sportifs vivent une transformation de leur corps à travers la pratique. La pratique marque vraiment son empreinte sur les corps. J’enseigne en STAPS et je m’amuse à essayer de deviner quels sont les les différents sports de mes étudiants, avec le le corps qu’ils ont en fait. Bon alors, ça réussit pas toujours mais ça montre bien que le corps, il marque les corps en fait. Mais quand vous êtes une femme et que voilà, vous faites du tennis, que vous commencez à développer des épaules, des bras, un dos musclé qui dépasse ce qui serait la norme, et surtout qui vient un peu briser la normalité des corps féminins, des corps voilà qui sont jugés beaux, qui sont jugés esthétiques, qui sont jugés selon les critères normatifs du désir hétérosexuel masculin principalement, bah vous avez des femmes justement qui préfèrent ou qui essayent de ne pas prendre trop d’épaule, de ne pas prendre trop de cuisse, de ne pas être trop musclée, pour continuer de correspondre à ses idéaux de féminité. D’une certaine manière, c’est assez bizarre parce qu’on demande aux sportives, bah voilà d’être des sportives, mais sans vraiment avoir l’air d’en être, ce qui est important, c’est de correspondre aux idéaux de la féminité donc trop de muscle, c’est un problème. Il y a plein d’exemples, une ancienne joueuse de tennis des années 2000, que la plupart des gens connaissent encore : Amélie Moresmo, c’est vraiment ce qu’elle a vécu. C’est à dire que constamment, on se moquait de ses trop grosses épaules, de son allure trop masculine, parce que voilà, elle était pas dans la correspondance des idéaux de féminité
Florence
c’est vrai, clairement on se moquerait pas d’un footballeur trop musclé
Anne Schmitt :alors qu’un joueur de tennis, il ne va pas avoir de limite en fait. On n’y pense pas comme ça, mais c’est hyper important d’avoir des muscles pour performer
Florence :
bah oui un peu (rires), effectivement
Anne Schmitt :
et quand vous avez pas trop le droit d’en avoir, que du coup vous décidez de pas aller jusqu’au bout de vos répétitions ou de voilà, d’être gênée par cet entraînement là, qui fait changer trop votre corps, bah en fait un homme, lui, il se pose pas la question. Son corps, il le transforme, c’est son outil et il ne se préoccupe pas de correspondre à un idéal masculin. Que s’il ne correspond pas à cet idéal, il va supporter les critiques, on va se moquer de son corps parce que il est trop
Florence
On ne sait pas quoi !
Anne Schmitt
on ne sait pas trop mais oui voilà, donc on voit bien qu’il y a pas du tout la même chose, cette contrainte là du côté des sportifs quoi
Florence
c’est vrai que ça fait une injonction contradictoire et comme en plus les femmes sont élevées quand même dans un, sur les critères de beauté, enfin, en mettant beaucoup en valeur la beauté, je pense que, inconsciemment, c’est quand même difficile de de s’en défaire. Il y a bientôt les JO cette année -donc on est en 2024 pour les personnes du futur qui écouteraient ce podcast. Est-ce que, aujourd’hui pour les femmes qui vont faire du sport et avec les premiers JO paritaires cette année, est-ce qu’on est à une égalité de traitement une fois qu’on est dedans ? alors vous en avez parlé un petit peu tout à l’heure mais je suis pas sûre que tout le monde a conscience de tout ce qu’il y a autour
Anne Schmitt
Alors les JO paritaires, c’est une très très bonne chose quand on regarde l’historique de la participation des femmes aux Jeux Olympiques. Dans les années 60 jusque dans les années 80, on était à très très peu de sportives, autour de 25-30%. Ca a commencé vraiment à aller mieux dans les années 90/2000 et là les premiers JO paritaires, ce qui est intéressant de noter, c’est que quand les institutions sportives se positionnent clairement en faveur d’une égalité, ça fonctionne. On voit bien qu’avec ces jeux paritaires là, on donne des opportunités équivalentes aux hommes et aux femmes DANS CETTE COMPÉTITION uniquement. En fait, cette compétition, si elle est paritaire aujourd’hui, elle ne résout pas tout et qu’il y a encore énormément d’inégalités d’opportunités entre les hommes et les femmes dans le monde sportif en général. Rien que sur l’aspect de la médiatisation du sponsoring et de la rémunération des sportives, on voit bien que la place du sport des femmes dans les médias, quand on regarde les chiffres de l’ARCOM, c’est 5/10%. Quand on regarde le journal L’Équipe, bon alors je sais qu’il y a des journalistes de l’Équipe, je discute avec elles, qui font des gros efforts pour améliorer les choses, mais le monde sportif aussi donne davantage de place aux hommes. On voit que le sport des femmes n’est pas mis en valeur autant que celui des hommes. Pourquoi ? tout simplement parce que les performances des hommes enfin voilà étant entre guillemets supportées, soutenues par plus de moyens et d’opportunités, bah les hommes continuent. Et les femmes si vous voulez sont un petit peu dans un cercle vicieux où, comme la majorité d’entre elles n’ont pas les moyens et les opportunités de s’entraîner tous les jours tout le temps en fait
Florence
oui du fait de leur travail
Anne Schmitt
Oui voilà, c’est ça leur travail, leurs études, ce qui enfin, pour les études, on montre que c’est pas forcément une mauvaise chose d’ailleurs, mais n’ont pas autant d’opportunités de de performer que les hommes. Ce qui fait que vous progressez moins vite tout simplement quand vous allez travailler, quand vous avez vos études, vos cours, ben vous avez le temps qui reste pour vous entraîner, donc vous progressez forcément moins vite, donc les performances sont moins impressionnantes, donc moins médiatisées, donc moins d’opportunités de sponsoring et de rémunération, et donc la nécessité d’aller travailler. Moi, je rêverais que comme pour les JO paritaires, avec une institution qui se positionne très très clairement en faveur d’une égalité, il faudrait que ce soit la même chose du côté du sport de haut niveau. Quand on y réfléchit, il y a des exemples dans d’autres pays qui sont très parlants si vous prenez les États-Unis par exemple.
Aux États-Unis, il y a eu dans les années 70, le Title Nine qui globalement est un article, c’est une loi qui dit qu’on ne peut pas partager inéquitablement l’argent public et donc il est nécessaire que tout le monde, quel que soit son origine sociale, son origine, enfin on parle de race en sociologie mais pour parler, on parle des rapports entre personnes qui sont racisées, dit racisées dans notre société et non racisées, donc selon la race et le genre bien évidemment. Et donc en fait, ce Title Nine, du jour au lendemain, il dit Non, ça suffit les mille équipes d’hommes, même plus que ça, mais voilà toutes les équipes, c’est-à-dire les 3, 4, 5 équipes d’hommes par université, par lycée, c’est plus possible en fait. Vous devez avoir autant d’équipes d’hommes que d’équipes de femmes. Donc du jour au lendemain, alors ça fait un scandale pas possible, tout le monde trouvait ça horrible, tout le monde trouvait ça injuste, ces pauvres hommes qui n’ont plus l’opportunité de jouer dans leur compétition blabla, on se préoccupe pas trop des femmes qui n’ont jamais eu l’opportunité de pratiquer. Mais on voit bien que, depuis les années 70, le sport nord-américain, donc États-Uniens plus précisément, il s’est beaucoup développé. C’est une nation où les sportives, alors ça veut pas dire encore que c’est complètement égalitaire, mais on voit que ça a eu un fort impact et que les sportives américaines ont vraiment émergé à partir de ce moment-là. On voit que c’est une nation qui bah, voilà une dimension qui a vraiment changé les choses, et ça, il faudrait y réfléchir. Alors, ce sera pas du tout des mesures qui seraient très populaires hein, c’est-à-dire que si du jour au lendemain la mairie de Paris, on peut prendre cet exemple là, décide que les créneaux à louer aux différents clubs dans les différentes installations sportives imposent une égalité stricte entre les équipes féminines et les équipes masculines ou les groupes de femmes et d’hommes, ce serait compliqué, surtout quand on parle de créneaux avec des clubs, voilà ça fait 25 ans qu’ils sont sur créneau, pourquoi tout d’un coup… ? en fait ce qu’il faut se dire, c’est qu’à chaque fois que l’on veut imposer une une mesure en faveur de l’égalité, souvent, eh bien dans un monde très inégalitaire, on trouve ça injuste.
Florence
Oui, c’est vrai c’est assez ironique
Anne Schmitt
On oublie complètement que le monde tel qu’il était, il était déjà très injuste. Pour le milieu politique, c’est exactement pareil. Quand ils ont imposé la loi parité, alors ils ont été malins, ils en ont profité pour mettre des femmes politiques qui avaient pas du tout d’expérience à la place des gens un peu trop casse-pied dans les partis.
Florence
D’accord.
Enfin globalement, quand vous lisez les travaux de Sandrine Lévèque ou Catherine Achin enfin voilà, c’est des travaux, je vous encourage à les lire, qui sont passionnants sur les femmes politiques, mais mine de rien, ces femmes politiques qui sont entrées avec la loi parité ont tout à fait une place aujourd’hui dans la scène politique française. Je pense à Anne Hidalgo, Rama Yade, Najat Vallaud Belkacem, Rachida Dati, voilà droite, gauche peu importe, mais ce sont des femmes maintenant qui ont une vrai position sur la scène politique française, donc ça marche.
Florence
Ça marche. Ouais, c’est vrai que c’était fou à l’époque. Et moi, à l’époque, je me rappelle avoir pensé que c’était injuste, c’est incroyable (rires).
Anne Schmitt
Oui oui. On dit ben “la compétence” en fait. “C’est la compétence qui devrait bla bla bla” alors déjà, on oublie que peut-être qu’il y a des hommes qui sont pas forcément compétents qui sont dans ce milieu, mais en effet c’est vrai que, aussi d’une certaine manière, c’est une solution qui est très imparfaite la parité, parce qu’on fait venir des femmes pour leur position de femme avant tout. C’est-à-dire, elles sont dans ce milieu-là au départ pour respecter un quota.
Florence
Mm.
C’est pas très agréable, pas très valorisant, mais c’est la solution qui fonctionne puisque maintenant les femmes qui sont dans le milieu politique français, elles sont reconnues comme telles.
Florence
C’est aussi que maintenant, je me suis fait à l’idée hein et je trouve ça très bien parce que, à l’inverse, il y a des hommes qui sont là juste parce que c’est des hommes. Inconsciemment, dans le sens où ils ont eu un passe droit, on les voit plus alors qu’il y a des femmes plus compétentes qu’on n’a pas vu. Par rapport à l’exemple que vous donnez concernant la politique donc il y a plus de femmes dans la politique, oui, il y a plus de femmes dans le sport et sur JO, c’est paritaire, mais par exemple, en politique, on voit que c’est pas les mêmes postes, en terme de ministère. Je crois qu’il y avait une blague que j’avais lu, c’était comment on appelle un “député femme” et la réponse était “une suppléante” quelque chose comme ça, du coup une fois qu’on est dedans, j’ai quand même l’impression qu’il y a encore des inégalités et qu’il manque quelque chose. Je sais pas ce que vous en pensez ?
Anne Schmitt
Oui alors ça, c’est vraiment un phénomène alors qui est terrible, mais qui pour nous scientifiques est absolument passionnant. Dès qu’il y a une barrière qui saute de l’inégalité, les inégalités vont se retrancher dans des phénomènes un peu plus diffus, un peu plus invisibles, un peu plus cachés. On le voit bien avec la question politique effectivement ou même dans les grandes boîtes dans le conseil d’administration des grandes boîtes, les femmes vont occuper des postes différenciés, des postes qui sont moins prestigieux. C’est exactement pareil dans la gouvernance sportive, les femmes qui sont dans les fédérations, qui sont à la tête des fédérations, on voit que les positions de prestige sont difficiles à accéder. On est encore loin, même s’il y a une volonté de faire un effort mais dans les instances de gouvernance, on est encore loin d’une égalité parfaite d’une répartition des tâches qui soit équitable avec, voilà, le prestige qui est associé.
Ça me fait penser à mes enquêtes. Moi, j’ai étudié beaucoup l’EPS et la voile en EPS et la répartition des tâches sur le bateau. Donc en fait, il y a un poste qui est prestigieux, c’est celui de barreur, barreuse et un qui l’est un peu moins celui d’équipier; d’équipière alors à tort hein, parce que quand vous faites de la voile à très haut niveau, l’équipier il est fondamental, il est très talentueux et c’est surtout un peu le cerveau du bateau. C’est quelqu’un qui va construire la stratégie. Les élèves, des élèves de 4e, 3e, voire seconde ne se disent pas du tout ça. L’équipier, c’est un peu le suiveur, il suit le barreur, il suit les ordres du barreur, qui a entre guillemets la main sur la barre et qui a le dernier mot quoi. Donc quand on demande à des équipages mixtes, donc un garçon, une fille de prendre un rôle sur le bateau, vous avez une auto-élimination des filles qui préfèrent rester équipière et des garçons qui sautent sur l’occasion de prendre la barre. Donc, on voit en fait une sorte de sens du placement entre les garçons et les filles, mais qu’on retrouve aussi dans le milieu du travail, dans le milieu politique, dans les hautes sphères institutionnelles. On voit que les femmes ont du mal, c’est difficile pour elles de venir prendre des places alors que les hommes souvent ne se posent pas tellement la question. Les femmes, en général, elles ont tendance à attendre d’être sûres à 2000 voire 3000, 4000 % d’être capables de faire cette tâche, d’être légitimes sur ce poste, ou sur ce positionnement sur le bateau, avant de pouvoir le faire. Le problème en fait, et en voile on le voit très bien, les garçons progressent plus vite que les filles. Parce que barrer un bateau, c’est très important pour comprendre tout simplement la mécanique, un petit peu de comment avance, comment on ralentit, comment naviguer avec un bateau, comment gérer, régler ses voiles. Dans la barre, on a beaucoup de sensations fines en fait, et quand on passe jamais par la barre en général, on n’est pas capable de vraiment prendre conscience de, de “quand je fais cette action là” quel impact ça va avoir sur le bateau. On est vraiment dans une activité qui est de haute précision et quand vous n’avez pas une expérience de tous les postes, de tous les réglages de voile, bah c’est difficile de progresser en fait. Et quand les garçons, ils quittent la barre uniquement parce que le prof leur dit “bon, maintenant on tourne”, ben malgré tout, ils ont quand même plus d’opportunités en fait d’être à ce poste là. Voilà entre autres, une explication mais elle explique beaucoup de choses en fait. Il y en a d’autres.
Florence
Clairement, ça joue énormément je pense. Mais du coup, ça se joue dans les détails en réalité, c’est pas juste avoir accès au sport, ne pas faire attention à son corps, qu’on ait le même sponsoring, c’est au jour le jour, dans la pratique, il y a aussi des choses sur lesquelles être vigilant
Anne Schmitt
Complètement
Florence
bon on va parler à la fin des des bonnes pratiques, du coup là, on a une semi-pratique j’ai l’impression (rires). En terme de militantisme, parce que du coup les femmes sont minoritaires dans ce milieu là, on les entend pas forcément pour défendre leur place dans le sport. Qu’est-ce que vous pouvez me dire dessus ?
Anne Schmitt
Alors la question du militantisme, c’est quelque chose qui nous intéresse beaucoup avec mes collègues Anaïs Bouillon et Floris Castan-Vicente, socio-historienne et historienne du sport, parce qu’on s’interroge justement sur la question du militantisme sportif. On voit que, dans un premier temps, je vais commencer par là, le militantisme, revendiquer les égalités, c’est pas forcément quelque chose de facile dans ce milieu, qui reste quand même assez sexiste en fait. Vous avez plein d’exemples avec des femmes qui ont peur et quand on discute avec des sportives de haut niveau, que vous leur posez la question de pourquoi vous vous positionnez pas en faveur de l’égalité, quand elles ont une conscience féministe, vous en avez vraiment qui, et moi je l’ai vu avec les surfeuses, qui ont très peur de se positionner, qui disent “ben moi à chaque fois que je me suis positionnée du côté du féminisme, ça m’a plus desservi dans ma carrière qu’autre chose, donc maintenant, je prends plus la parole en fait”. Pourquoi? Parce que les conséquences, elles sont directes et les conséquences, elles sont dures, c’est des conséquences directement sur leur rémunération et sur leur partenariat de sponsoring. Je prends l’exemple de Keala Kennelly, qui est un peu différent, mais non, d’une certaine manière non, c’est c’est assez féministe. Quand elle a fait son coming out lesbien, elle a perdu trois sponsors, trois de ses sponsors sur ses quatre sponsors
Florence
sérieusement ?
Anne Schmitt
Donc bah voilà, retour au travail du coup, parce que plus assez de partenariat pour pouvoir vivre de son sport. Et d’ailleurs Keala Kenelly, qui est une surfeuse de grosse vague qui réalise des des belles performances travaille comme DJ par exemple, et gagne beaucoup plus (rires) en tant que DJ qu’en tant que surfeuse. Alors après, je vais rester sur Kaela Kennelly, on voit qu’il y a des des partenaires commerciaux qui progressent un petit peu, avec donc voilà il y a la la question trans mais on va y revenir à la fin je pense, il y a des surfeuses comme Bethany Hamilton mais aussi Kaela Kennelly qui se positionnent très fermement contre la participation des femmes trans aux compétitions de surf dans les catégories de femme. Et vous avez le partenariat de Bethany Hamilton, il me semble que c’est Ripcurl qui, du coup a rompu son partenariat avec elle et qui a sponsorisé la surfeuse trans (Sacha Jane Lowerson) qui était visée par ses critiques.
Florence
Dingue !
Anne Schmitt
Ouais ! donc il y a aussi, on peut dire, on parlerait de 4è vague féministe, il y a encore un débat là-dessus, c’est pas tranché, que peut-être, ça vient infuser un peu dans les partenariats commerciaux mais on voit encore aujourd’hui quand on regarde les images Roxy, alors je prends le surf parce que c’est quelque chose que je connais bien, mais je pense que tout le monde a vu les pub Roxy pour les maillots de bain, Billabong, Reef, que ce sont des marques qui présentent beaucoup des mannequins que des sportives. Les surfeuses sont même pas en train de surfer, elles ont une plage, d’ailleurs c’est une blague quand on fait un peu du surf, avec mes ami·es, quand on voit les pubs, on se dit bah c’est sûr qu’elle, elle a aucun risque de prendre une algue dans la tête, ou dans les cheveux, il y a pas une vague à 30 km à la ronde. Quand on est un peu surfeur, on voit même que, est-ce qu’on s’adresse encore aux surfeurs, je suis pas sûre (rires)
Florence
ok ! (rires)
Anne Schmitt
Parce que quand on connaît un peu l’activité et qu’on voit la publicité, on se dit que ça colle pas. Je montre un petit peu deux poids, deux mesures, c’est à dire que majoritairement encore, on est sur des sponsorings qui présentent les femmes de manière sexualisée, que quand les sportives décident de s’afficher comme féministes ou lesbiennes, ça va à l’encontre de ces idéaux féminins, voilà l’hétérosexualité, l’hétéronormativité, elle est très importante aussi, qui fait que ben, “oulà mais ça, ça va pas vendre” donc on rompt le partenariat. Il y a aussi des sportifs qui arrivent à le faire. Vous avez une sportive para là sur Paris, qui s’appelle Marie Patouillet, qui par exemple a fait une finale avec le drapeau LGBT teint sur les cheveux
Florence
D’accord
Anne Schmitt
je l’ai entendu parler à quelques événements, elle disait qu’en fait, il fallait absolument quand on faisait ça, c’était très important de gagner.
Florence
Ah.
Anne Schmitt
Que oui, en fait, que afficher ses convictions féministes, on se sentait un peu plus en sécurité quand on gagnait une médaille. C’est un peu elle disait comme dans Koh Lanta le totem d’immunité. Enfin, voilà une fois, qu’on peut prendre un risque, mais il faut gagner, il faut être performante. Et on le voit bien, les sportives qui sont libres entre guillemets de revendiquer un militantisme féministe sont plutôt à l’abri, se mettent à l’abri avec leur performance et surtout sont incontournables. Megan Rapinoe par exemple footballeuse extrêmement talentueuse qui voilà, c’est son identité. Elle a pas eu peur de se battre pour avoir l’equal pay (égalité des salaires) entre l’équipe des hommes qui perdent tout le temps et celle des femmes qui gagnent tout le temps
Florence
(rires) J’avais pas réalisé.
Anne Schmitt
Oui c’était vraiment ça, l’équipe des hommes qui ne va pas très loin dans les compétitions internationales alors que l’équipe des femmes va très loin dans les compétitions. Toujours.
Florence
D’accord
Anne Schmitt
Voilà Megan Rapinoe est incontournable. Si on prend Serena Williams aussi, Serena Williams, elle a provoqué d’une certaine manière, elle s’est joué des règles, enfin des règles, des normes un petit peu qui lui étaient imposées. Il y a quelques années, elle avait fait un Roland Garros dans une combinaison, principalement pour des raisons de santé, enfin des raisons de santé, de performance, parce qu’elle avait avait accouché récemment, et du coup, bah non, dans le tennis, on attend des femmes qu’elles portent une petite jupette, qu’elles aient les jambes, les bras libres. Comme Alizé Cornet, si elle a mis son t-shirt à l’envers, qu’elle l’enlève et qu’elle le remet sur le terrain pour le remettre à l’endroit, en se cachant comme ça derrière une chaise, on va la sanctionner alors que voilà Novak Djokovic, Nadal, Federer, ils enlèvent le t-shirt comme ça, hop, ils en remettent un autre,
Florence
Tout le temps
Anne Schmitt
ça pose jamais de problème. Donc on voit que le contrôle de la présentation et du corps des femmes, dans le tennis, c’est quelque chose qui est très présent. Donc Serena Williams s’est faite embêter pour cette combinaison. Je crois que l’année suivante, elle est venue avec un tutu vraiment pour dire “Voilà, c’est ça que vous attendez en fait”. C’est intéressant parce que Serena Williams, elle a vraiment un corps racisé, très musculeux, c’est quelqu’un qui quand même, de par son attitude vient d’une certaine manière un peu briser les codes. Elle peut le faire aussi parce que c’est une joueuse de tennis incroyable. Elle a en terme de titre dépassé Novak Djokovic, c’est la joueuse qui est le plus titré. Alors en simples et en doubles, Novak Djokovic fait un peu moins de doubles donc il a un peu moins de titres en doubles mais voilà quand je le dis à mes étudiants, ils le croient pas, ils vont regarder la fiche Wikipédia et “non c’est vrai, oui, Serena Williams, c’est la joueuse la plus titrée homme femme confondues“
Florence
Je savais pas non plus
Anne Schmitt
donc voilà entre guillemets quand on a ce statut là, on peut se permettre d’être militante. Quand vous êtes une sportive, une jeune étoile montante, c’est assez compliqué de s’afficher, d’être militante. Les institutions sportives ne traitent pas forcément, alors c’est pas volontaire, quoique, entre guillemets on va pas récompenser, on va pas mettre en avant les sportives qui auraient des revendications un peu trop un peu trop virulentes. On va plutôt sélectionner dans la gouvernance, dans le monde du haut niveau, celles qui font un peu moins de vagues
Florence
Du coup, ça c’est un intérêt commercial, en fait. Je me dis pourquoi est-ce qu’il y a cette pénalité, est-ce qu’il y a la même chose chez les hommes ? il y a ces mêmes conséquences au militantisme ou pas du tout ?
Anne Schmitt
D’une certaine manière, oui. Pas chez les hommes blancs CIS hétéro je dirais
Florence
ils ont moins de raisons de militer en vrai
Anne Schmitt
oui c’est vrai. Ce serait bien qu’ils le fassent?
Florence
Oui peut-être que ça serait efficace
Anne Schmitt
mais il y en a qui le font. Mais ça me fait penser au mouvement Black Lives Matter, quand Colin Kaepernick, un joueur des 49ers de San Francisco en football américain qui s’agenouillait, il était quarterback il me semble, il s’agenouillait lors de l’hymne national en soutien aux luttes contre les violences racistes aux États-Unis. Lui, sa carrière, elle est morte. Suite à ce positionnement, il a vraiment tout perdu, sa carrière de sportif s’est terminée à ce moment-là.
Florence
d’accord
Anne Schmitt
De toute façon, les violences racistes et sexistes ont des fonctionnements, des mécanismes sociaux qui sont très similaires. D’ailleurs, Megan Rapinoe le dit bien, que ce qui est important, c’est vraiment une convergence des luttes contre les discriminations, et toutes les discriminations puisque elles ont un petit peu toutes le même fonctionnement. Alors c’est toujours dans le détail différent, mais la mécanique sociale en fait est très similaire. Concernant les femmes, c’est quand vous discutez avec des sportives de haut niveau, ce que j’ai fait, c’est vraiment une crainte. Soit il y a pas du tout d’éveil militant, souvent les jeunes sportives en début de carrière ont pas forcément d’éveil militant, elles disent “bah non non, moi je suis boxeuse, les hommes, ils sont plus forts, c’est normal et quand je suis dans la rue, j’ai peur de me faire agresser” alors que bon, elle est championne de kickboxing et qu’en gros, elle peut tuer quelqu’un avec un coup de pied mais elle a quand même peur. Ce qui montre que la force des rapports de domination, de la domination masculine dans notre société vient imprégner les esprits, la façon de voir les choses, de percevoir les choses, les choix que l’on fait et le positionnement que l’on a.
Ce sont des sportives de haut niveau aussi, qui n’ont peut-être pas forcément le temps aussi de s’intéresser à ces questions là. Ça demande beaucoup d’énergie de lecture et surtout quand c’est pas du tout valorisé, et que ça peut mettre en danger une carrière, entre guillemets, en tant que sociologue, je comprends ces préoccupations.
Florene
Ah bah clairement. il y a quand même déjà pas mal de charges qui s’accumulent, donc oui c’est plutôt aux personnes qui sont en position de le faire, de le faire, en réalité.
Anne Schmitt
Oui. Il y a beaucoup d’anciennes sportives aussi qui se positionnent, c’est-à-dire la carrière est derrière elles, ça y est, elles peuvent le faire.
Florence
Ok. On va passer aux solutions. Tout à l’heure, vous avez parlé du sentiment d’inégalité quand on essaie de rééquilibrer un peu avec justement de la parité. Ça me fait penser d’ailleurs aux équipements sportifs qu’il y a dans les municipalités, enfin dans la rue. On est d’accord que c’est beaucoup pour les gars ou c’est une impression ? Moi, j’ai rarement réussi à vraiment être à l’aise dans les équipements en plein air. Est-ce que vous avez des retours d’expérience ou des conseils de mesures collectives ou individuelles pour renverser la vapeur ?
Anne Schmitt
Alors, déjà, je pense que la toute première étape, c’est de se renseigner sur le sujet. Souvent, quand je discute avec des personnes qui trouvent que les hommes, ils sont plus forts et que dans tous les cas, ils ont un corps qui est mieux et point barre, souvent ce sont des personnes qui n’ont jamais ouvert un livre de biologie de physiologie, qui se sont jamais intéressés à la question de l’histoire, de la sociologie, de la culture. Et donc la première étape, je dirais que c’est de se renseigner, de lire des travaux en sociologie mais aussi de la vulgarisation, vous avez le livre de Béatrice Barbusse sur le sexisme dans le sport qui permet de faire un bel état des lieux, je pense à des travaux des collègues qui travaillent sur cette question. Voilà je pense que c’est important de lire, de se renseigner sur ces questions. C’est difficile de lutter contre, c’est quelque chose de très ancré, on est une société qui s’est construit autour d’une binarité très stricte, les hommes, les femmes, avec des rôles sociaux aussi, bah, quand on y pense, assez étroits. Quand on est une femme et qu’on décide de ne pas avoir d’enfants par exemple, on voit qu’il y a énormément de pression, c’est pas quelque chose de facile.
Il faut pas oublier à quel point c’est une question d’éducation, c’est-à-dire que l’on conditionne vraiment nos enfants, on est, on crée presque deux variétés humaines, c’est-à-dire une variété qui va être un peu plus en retrait, avoir un sens du placement plus en retrait “je vais pas prendre mon ballon de basket par exemple et aller faire des shoots au City stade du coin, ou alors j’y vais mais accompagnée”; et une autre variété humaine qui va qui va pas se poser la question, auquel on a appris véritablement à prendre cette place là et et je pense que c’est important de déconstruire ces influences là, ces éducations là.
Je pense que d’une certaine manière, on est tous très très très influencés à tel point que souvent c’est inconscient, on s’en rend même pas compte. Ce qu’il faut savoir, c’est que cette éducation là, ça s’exprime dans les trips, vraiment, c’est-à-dire vous allez dans un dans un city stade avec plein de gars et vous avez votre ballon de basket, vous essayez de vous positionner, vous allez vous sentir super mal
Florence
En effet (rires)
Anne Schmitt
Pas bien du tout ! et bah ça, ça, tout simplement, ça, c’est l’éducation, on sent, notre corps nous fait sentir qu’on n’a pas notre place vous voyez et ça, c’est vraiment du sociologique, du culturel, de l’éducation, des idées en fait. C’est des idées. Quand on y pense, bah, pourquoi j’irais pas lancer mon ballon sur le panier, je vais pas mourir en fait. Bon je vais peut-être me prendre des réflexions et c’est pas drôle, mais c’est pas grave. Enfin, ça demande énormément de courage. Je pense que c’est important aussi pour les hommes de se rendre compte à quel point ça demande du courage pour une femme d’aller contre ce sentiment de malaise, ce sentiment de pas bien, d’y aller quoi. Et pour les garçons en fait bah voilà ils ont leur ballon de basket, ils vont s’intégrer à la ronde des gars qui jouent par exemple, ils vont même jouer ensemble pourquoi pas, ça veut pas forcément dire que les femmes sont les malvenues non plus hein, ça veut simplement dire que ce truc là qui se, qui se sent dans les tripes, c’est vraiment une question d’éducation, de conditionnement, la façon dont on élève nos enfants du coup.
Florence
Parce que ce gros sac à dos, du coup, je me dis, bon, on prend notre notre fille, on la lâche dans un terrain de basket avec des gars torses nus, j’aurais tendance à dire du coup, c’est la mixité qui peut aider, mais pas vraiment en fait, parce qu’on est déjà, on évolue déjà dans dans la mixité. Il y a des initiatives aussi pour faire du sport en non mixité, qu’est-ce qui marche le plus ?
Anne Schmitt
Alors la question de la mixité, c’est vraiment extrêmement intéressant. La mixité pour la mixité, ça marche pas. Moi, j’explique à mes étudiants là qui, que je forme pour être des enseignant·es d’EPS “si vous faites un match de Handball moitié garçon moitié fille dans chaque équipe et que vous les mettez sur le terrain, et que vous les laissez jouer juste un match de handball, vous allez avoir des comportements du style “bon ben les garçons ils ont tout le temps le ballon, ils tirent comme des brutes dans le -pas tous hein, pas tous les garçons, il y a des garçons qui –
Florence
Il en suffit de quelques uns hein
Anne Schmitt
– qui souffrent beaucoup de la domination masculine- mais voilà vous allez avoir les garçons entre guillemets les stars un peu, qui vont JOUER et encore pire avec le foot; et puis les filles qui vont se dire ben moi je vais en défense. Donc, en gros en handball, non on n’est pas défenseur en handball, c’est tout le monde attaque, tout le monde défend ou en foot qui vont se mettre sur le côté du terrain qui vont laisser jouer la Coupe du monde sans elles. Et donc en fait, ça montre quoi ? Ca montre que la mixité, elle se réfléchit, elle se pense, c’est très important de former les éducateurs, les éducatrices, les enseignant·es, enfin bref, tous ceux qui ont un contact avec le milieu éducatif au sens large à la mixité. C’est important de les former, à cette question, bah, de sociologie que j’expliquais tout à l’heure, d’éducation, mais aussi aux situations pratiques, de réfléchir aux situations pratiques à mettre en place.
Un exemple très simple, valoriser les buts des filles, en disant quand une fille marque un but parce que les filles, elles ont jamais le ballon, voilà c’est un constat, pas toutes les filles mais bon en majorité, c’est ce qui se passe, c’est-à-dire les filles on les voit beaucoup moins shoteor au but. Bon bah, pour que les garçons fassent des passes aux filles, on va mettre un but qui vaut deux points. Bah quand on y réfléchit, on est en train de renforcer l’idée que les filles ont besoin d’une béquille en fait pour jouer.
Florence
Ah mince, c’est une mauvaise idée ça alors.
Anne Schmitt
Non, ça c’est une mauvaise idée ouais. En fait, on renforce l’idée qu’une fille, elle a besoin d’une béquille, elle a besoin de quelque chose en plus pour rivaliser avec des garçons. On renforce vraiment cette idée-là. Quand on est une fille très bonne handballeuse, alors il y en a, ça ne va pas trop les déranger, mais il y en a qui vont se sentir vexées aussi “ça va, j’ai pas besoin de ça” voilà.
En fait, ce qui est préférable, il y a des collègues, des enseignant·es d’EPS qui proposent des choses qui sont vraiment super, des modalités différentes, c’est-à-dire, on vise pas une catégorie de la population par exemple les filles. En sport d’ailleurs, on se dirait jamais bon bah tous les élèves racisés, ils ont plus de points, non c’est, ce serait, vous voyez, ça poserait vraiment problème, pour les filles, c’est pas le cas, parce qu’on a jugé que leur rapport au sport, voilà, il était de toute façon, ça allait pas du tout, culturellement et historiquement ancré évidemment.
Les propositions qui sont faites, c’est de proposer par exemple que tout·e joueur·euse de l’équipe, à son premier but, marque trois points par exemple, et ensuite ça fait seulement un point. Vous allez avoir une organisation de l’équipe où chacun·e a son bonus, où on est tous, toutes entre guillemets “à égalité” sur le terrain. On est vraiment dans une modalité de pratique où tout le monde a les mêmes opportunités. Bien évidemment, c’est pas parfait. Probablement que les filles vont avoir du mal à marquer leurs trois points, mais si vous voulez, vous allez pas envoyer le message que les filles de toute manière ont besoin d’une béquille pour jouer avec les garçons.
Faire du 11 contre 11 en foot ou du 7 contre 7 en handball, souvent les petits effectifs, alors je parle beaucoup des sports co (collectifs) mais les petits effectifs fonctionnent mieux, permettent une meilleure circulation du ballon entre les joueur·euses, personne ne se sent un peu laissé de côté. Donc voilà, la mixité, elle se pense, elle se réfléchit et il faut que les personnes qui l’investissent, soient formées. Ok, la mixité c’est quelque chose de difficile à mettre en place, qui se réfléchit pédagogiquement. Il n’y a pas de solution miracle, ça, il faut bien le retenir.
Les gens qui s’investissent dans des pratiques mixtes en tant qu’éducateur, je pense que la première chose qu’il faudra faire, le premier message qu’il faudra faire passer, c’est qu’en général, les filles ont tendance à pas occuper l’espace et les garçons à l’occuper, donc de, voilà de, créer un petit peu un truc entre les filles “occuper l’espace”, et les garçons “laisser de la place”, ça c’est la première chose. Et ensuite, d’être formé·e, d’être un véritable ingénieur pédagogique, pour proposer des situations qui fonctionnent . Voilà concernant la mixité, il y a beaucoup de choses et c’est du chantier, c’est du débat et ce qu’il faut savoir, c’est que les propositions de terrain, c’est pas forcément les sociologues hein. Moi je peux donner mon mon avis, parce que je vois assez vite si ça reproduit quelque chose ou pas, dans le rapport de domination, mais j’ai pas cette expérience du terrain, cette connaissance de l’enseignement que mes collègues sur le terrain peuvent avoir, avec lesquels je réfléchis sur des pratiques plus égalitaire. Donc faut être humble, c’est très difficile et il faut proposer des choses. Souvent, on se plante mais quand on enseigne, en fait, ça fait partie du processus et que, il faut jamais lâcher, il faut avoir surtout un regard critique sur son enseignement
Florence
D’accord
Anne Schmitt
pour proposer des choses. Je dirais que même quand vous avez un groupe non mixte que c’est pas pour autant qu’il faut laisser de côté ces aspects là. Je pense que c’est important et d’une certaine manière les groupes, je pense qu’il faut jouer entre mixité et non mixité. Alors, il y a un article d’Antoine Bréau qui montre que, quand on met les garçons entre eux, faut faire attention, ça a tendance à créer un modèle, voilà de, d’idéal de virilité, avec beaucoup de violence autour des garçons qui seraient jugés les moins viriles. Donc, ça c’est absolument pas possible et c’est quelque chose qu’il faut avoir en tête. Il faut lutter contre les comportements homophobes contre les comportements qui stigmatisent des garçons qui ne seraient pas jugés assez virils. Je pense que la question de la masculinité, elle est à questionner, elle est à interroger, qu’une masculinité virile, violente, agressive, ça serait bien de la déconstruire aussi. Et quand vous avez un groupe de filles, c’est important aussi de d’utiliser cet espace là, on va dire un peu “sécurisé” des garçons pour que que les filles puissent avoir cet espace pour elles. Dans le surf que j’ai pu observer, c’est que les filles quand elles surfent en non mixité, quand elles sent en mixité souvent elles ont tendance à se mettre dans un petit coin, une vague un peu moins haute, moins moins belle hein souvent, donc du coup on progresse moins vite en surf aussi, pour pas avoir à entre guillemets “gérer les loups affamés” là qui prennent qui prennent les vagues, qui luttent pour leurs espaces. Elles, elles ont pas appris à le faire tellement dans leur éducation donc elles, elles ne le font pas trop. Ces filles, quand on leur laisse l’espace, quand on leur laisse la belle vague, ce qui est intéressant, c’est qu’elles proposent des modalités de compétition qui sont, bah qui questionnent en fait les valeurs masculines de la compétition. La compétition sportive, c’est ancrée dans des valeurs masculines. “Gagner”, “être agressif”, “battre”, “tuer son adversaire”, “montrer sa force, sa puissance”. Et j’avais des filles qui étaient en compétition les unes contre les autres, alors en surf, uniquement en surf dans ce que j’ai observé, c’est peut-être le cas dans d’autres compétitions hein, mais qui avaient du coup une façon de faire de la compétition qui était complètement différente de celle des garçons. Là où les garçons, j’avais des comportements bah violents, c’est-à-dire on essaie de s’empêcher de prendre des vagues, il y en a même un qui gêne un autre et puis l’autre finit quand même sa vague et lui fait un doigt à la fin de sa vague
Florence
ah ouais
Anne Schmitt
Enfin voilà des trucs voilà violents, j’avais des filles qui étaient plutôt dans le soutien, le partage de ce moment de cette compétition, là où avec bon il y avait un petit peu de “prendre une bonne vague quand elle arrive”, celle qui a pris la bonne vague, elle a aussi une meilleure chance de faire le meilleur score mais il y avait vraiment davantage cette idée alors, en surf scolaire hein, de haute compétition je sais pas, mais dans ce contexte là très précis, de laisser sa chance, son espace, à l’une et l’autre. Et moi en fait, j’ai trouvé que c’était très intéressant parce que, d’une certaine manière, la compétition sportive bah, très fairplay comme ça, c’est-à-dire “bravo tu as fait une super vague, c’est génial”, enfin, à se soutenir et à s’encourager, c’était aussi hyper courageux. D’une certaine manière, quand on empêche son adversaire de faire une bonne performance… ça fait partie du jeu je sais pas bon alors on peut, je pense qu’il y a plein de monde qui serait pas du tout d’accord avec moi c’est pas grave, moi j’interroge juste cet aspect là. On a tendance à penser que les filles sont moins courageuses, moins dans la compétition, mais là en fait, juste, on laisse l’opportunité à chacune de faire la meilleure performance sport possible et la meilleure gagne en fait.
Florence
oui. c’est les valeurs du sport, dont elles font pas partie à la base
Anne Schmitt
ouais! ce modèle de compétition dans le surf, donc que j’ai observé moi en surf scolaire, quand on met les filles entre elles, je précise c’était en Californie, quand on met les filles entre elles, c’était pas la même chose. Il y avait vraiment une, voilà, une réinvention un petit peu de ce modèle là.
Florence
mais c’est vrai enfin, moi, au foot on se félicite tout le temps, on s’encourage et tout, alors qu’à l’école quand je jouais au foot, c’était pas ça (rires).
Anne Shcmitt
après voilà faut prendre du recul ce que je raconte là j’imagine qu’il y a des équipes de filles enfin
Florence
oui j’en ai vu aussi en effet
Anne Schmitt
ouais où il y avait une compétition, c’était pas du tout fairplay mais c’est juste dans ce contexte là précisément de non mixité. Enfin ce qui s’est passé, ce qui s’est déroulé, je trouvais ça très intéressant, ça veut pas dire qu’il faut le généraliser et c’est pas du tout ce que je dis hein, à toutes les pratiques possibles et j’ai pas la prétention d’avoir observé tout le sport pratiqué par des femmes, bien évidemment que non, là je parle vraiment de mes travaux localisés
Florence
ça marche
Anne Schmitt
qui sont dans ma thèse d’ailleurs en dispo
Florence
Absolument. On mettra le lien à la fin
Anne Schmitt
Vérifiez ce que je raconte (rires)
Florence
oui c’est complètement dispo en ligne, on mettra le lien. On a aussi le livre de Béatrice Barbusse dans la bibliothèque de La Place des Grenouilles en emprunt. Qu’est-ce que vous pensez des créneaux réservés, j’ai vu cette pratique aussi ?
Anne Schmitt
Les créneaux réservés, c’est un petit peu l’idée de la parité. Je pense que c’est quelque chose de bien pour promouvoir l’égalité, c’est-à-dire réserver des créneaux pour les jeunes filles. Peut-être qu’au départ, ce sont des créneaux qui seront pour les jeunes filles ou les femmes dans leur ensemble hein, peut-être des créneaux au départ qui seront utilisés par pas beaucoup de monde, mais en fait, il faut laisser du temps, il faut laisser les réseaux se faire. Ca me fait penser à l’association de basket qui réserve des créneaux et qui se retrouvent à lutter d’abord pour faire valoir leurs petits papiers de la mairie pour montrer que, elles ont leur créneaux et au début elle disait, bon, fallait se battre un peu contre les gars et c’est pas facile, hein, de de leur dire, non c’est à nous et puis ensuite de commencer à jouer, puis ils trouvent que vous jouez mal, enfin bref c’est c’est vraiment pas facile. Faut beaucoup de courage pour le faire, mais en même temps, on voit que ce qui s’est passé, c’est que ça a fonctionné et qu’elles sont passées de 4-5 à une dizaine, à une équipe, même presque deux quoi, qui peuvent s’affronter en basket. Moi, je trouve que c’est une bonne solution de vraiment réfléchir à l’égalité, partage de l’espace public, parce que l’espace public est, là, vous avez plein d’enquêtes de géographes du genre qui montrent que l’espace public, en fait, il est davantage investi par les hommes et que c’est davantage un espace pensé pour les hommes, que les hommes s’approprient et qu’il y a une inégalité réellement du partage des espaces entre les hommes et les femmes des espaces publics, d’autant plus les city stades. C’est pas compliqué, il suffit d’aller dehors, de regarder qui utilise les city stade, c’est rarement un groupe de filles avec un ballon de basket, enfin non, souvent, c’est des garçons. Très souvent. Et c’est bien dommage. Donc imposer un truc, des créneaux réservés, ça permet en fait de répartir, d’agir en fait dans l’égalité de répartition des espaces
Florence
Pour la référence du coup, c’était un retour d’expérience de Carole Cicciu, qui avait lancé une association de basket sur plusieurs années pour avoir des créneaux réservés. Ok donc plutôt une bonne pratique et d’un point de vue individuel, qu’est-ce qu’on peut faire ? en tant que citoyenne, citoyen, parent ou pratiquant ? est-ce que il y a des choses de ce côté-là ou il faut attendre 100 ans ?
Anne Schmitt
Non non, je pense que de toute façon, ça va être des processus qui vont mettre très longtemps à changer. On espère qu’ils vont changer, c’est pas sûr hein, là on parlerait de 4e vague féministe dans le sens où ces questionnements sont à l’ordre du jour, sont moteur, sont des discours médiatiques, voilà c’est des thématiques qui sont médiatisées. A chaque fois qu’il y a eu une vague féministe, il y a eu une fin de vague on va dire, donc ce qui serait bien, c’est que cette vague là soit toujours à son sommet pendant le reste du temps. On voit qu’il y a encore des freins, qu’on est loin de l’égalité. Individuellement, je vous encourage, j’encouragerai vraiment tout le monde, tous, toutes, à se renseigner, à lire sur ces sujets vraiment : le bouquin de Béatrice Barbusse pour se faire une petite entrée dans le sport. Il y a énormément de podcasts aussi, les podcasts de Victoire Tuaillon, ils sont très très bons pour ça, pour se déconstruire, pour comprendre : “Le cœur sur la table” mais aussi “Les couilles sur la table”; aussi un podcast mais qui est plus côté racisé “Kiffe ta race” qui sont vraiment des entrées en matière qui permettent de comprendre ces éléments là. Il y a aussi le documentaire Arte “Toutes musclées”
Florence
Il était vraiment bien
Anne Schmitt
je pense qu’individuellement, il y a énormément de ressources, de personnes qui discutent de ces choses-là. Le dernier d’ailleurs des “Couilles sur la table”, avec Emmanuel Beaubatie, il est incroyable, allez l’écouter. Renseignez-vous, déconstruisez ce qui paraît évident. Je pense qu’individuellement, quand on est parents, peut-être réfléchir à ce qui se passe. Alors il s’agit pas de forcer sa fille à mettre du bleu hein, c’est juste simplement interroger des comportements qui seraient peut-être trop genrés : si on a un petit garçon par exemple qui a pas du tout, qui n’est pas trop dans l’empathie ou qui laisse pas de place pour jouer, avec enfin voilà dans l’espace qui devrait partager avec sa sœur par exemple, enfin voilà ou avec des jeunes filles, allez lui poser la question. C’est important d’éduquer les deux : garçons et filles.
Les jeunes filles aussi, alors il s’agit pas de la pousser dans une jungle, mais essayer de réfléchir à des étapes, ça veut pas dire aussi qu’il faut empêcher sa fille de faire de la danse, pas du tout, c’est simplement de donner les outils je dirais quand on est parents. Moi, je ne suis pas maman donc, je suis simplement sociologue et spécialiste de l’éducation. Je sais que c’est pas forcément facile, mais je dirais que l’important, c’est de se construire un esprit critique sur ces thématiques là, de prendre conscience des choses en sachant très humblement que, on peut pas tout tout tout déconstruire d’un coup, et que c’est un processus qui prend du temps. On trempe dedans hein, dans un bain, donc il faut savoir que ça agit aussi un peu malgré nous. Et quand on est parents, bah de réfléchir à cette construction de cet esprit critique pour nos enfants, pour éviter qu’il reproduise un ordre des genres, mais aussi des violences qui seraient sexistes, qui seraient homophobes, transphobes. Je pense que c’est avant tout ça.
Individuel, je dirais qu’il y a tout le côté “déconstruire”, “intellectuel” et dans sa pratique aussi peut être, il faut se mettre un petit coup de pied aux fesses on va dire, aller oser faire des shoots dans le city stade avec son ballon de basket à côté de chez soi; s’inscrire à une nouvelle pratique, ne pas avoir peur, ne pas se freiner. Si un jour, vous avez envie de faire du MMA et ben essayez
Florence
oui
Anne Schmitt
Faut aller essayer. Ça peut ne pas marcher, ça peut vous plaire. Peut-être que vous serez pas avec le bon coach, avec le bon cadre, savoir qu’il y a plein de clubs de MMA qui sont hyper, enfin voilà, orientés groupe de femmes et tout
Florence
D’accord
Anne Schmitt
Voilà je dirais qu’il ne faut pas se mettre de barrières. Réfléchissez vraiment aux barrières que vous vous mettez et agissez. Si jamais votre batterie de voiture tombe en rade, c’est pas compliqué, il y a des tuto YouTube maintenant, pas obligé de demander à l’aide à un homme qui n’en saura pas forcément beaucoup plus que vous. Il n’y a pas un gêne de la mécanique auto. Simplement il y a rien, rien n’est impossible on va dire, il y a pas de barrière à avoir “je suis une femme donc je peux pas faire”
Florence
c’est vrai que ça joue sur la confiance en soi en réalité. Finalement c’est pas une vraie incompétence mais le fait de pas faire de sport ou de pas tester, ça fait que même quand on est capable de le faire, sur l’exemple que vous citiez tout à l’heure, on se rend pas compte qu’on est capable de se défendre en étant pratiquante de kickboxing parce que mentalement on a été, ouais, on a été affaiblie. Ok super intéressant
Anne Schmitt
ouais et ça c’est ça me fait penser au magnifique bouquin d’une philosophe qui s’appelle Elsa Dorlin a écrit un livre qui s’appelle “Se défendre”. Et qui dit vraiment, alors la phrase c’est “il faut apprendre” et elle parle des femmes mais aussi des personnes racisées et c’est toute une histoire de la médecine, mais aussi juridique qui permet de comprendre en fait la mise en place des mécanismes des rapports de domination. Elle explique que d’une certaine manière on a appris aux femmes, aux personnes racisées notamment dans le cadre du colonialisme mais aussi de l’esclavagisme à ne pas se défendre. Donc il faudrait pour ces personnes-là qu’elles désapprennent à ne pas se défendre en fait. Elle fait tout un truc sur l’autodéfense. Il faut savoir que par exemple, c’est des chouettes histoires ça, les donc l’équivalent des suffragettes, mais les suffragettes du coup en Angleterre, donc qui étaient bien en avance au début du 20e siècle, qui revendiquaient le droit de vote et qui on appris le jujitsu je crois ou aikido, un peu comme le judo
Florence
C’était du jujitsu
Anne Schmitt
ouais du jujitsu voilà . Donc en fait, qui, quand elles se faisaient arrêter dans une manif, faisaient des prises de jujitsu aux policiers qui se retrouvaient les quatre fer en l’air. Et tout simplement, elles ont appris à se défendre en faisant des cours de jujitsu et donc elles étaient dans leur grande robe, avec leur chapeau, à militer. Et puis voilà la répression des manifestations, c’était très très violent à l’époque aussi, hein donc elle faisait des prises de jujitsu comme ça, aux policiers, qui au départ se sont mis à… ils ont été ter-ri-fiés. Parce qu’ils pensaient que les femmes, c’est des petites choses faibles, qui ne savent pas se défendre. Voilà, j’aime bien me rappeler cet exemple là parce que dans le début du 20e siècle, on était quand même dans une société qui était extrêmement misogyne. De prendre des cours de jujitsu pour se défendre, pour revendiquer un droit qui est quand même fondamental, celui du droit de vote.
Florence
C’est un beau message.
Anne Schmitt
Voilà c’est des barrières, il y a des barrières qui ont sauté et qui je pense était même plus plus solides que celles de par exemple “ne jamais oser aller dans une salle de boxe”, ou de MMA, de jamais oser s’inscrire dans une équipe de foot, ne jamais oser aller sur l’eau sur un bateau. Je pense que c’est des moments importants.
Florence
C’est un bel objectif
Anne Schmitt
ouais c’est pas facile, hein, c’est difficile.
Florence
Top, merci. On avait une question encore sur les autres minorités de genre et la question des personnes trans. Qu’est-ce que vous pouvez dire dessus ?
Anne Schmitt
Alors, la question de la transidentité dans le sport montre bien que le modèle sportif actuel, qui est très binaire “catégorie hommes”, “catégorie femme” exclut en fait toute une partie de la population et notamment des personnes qui se reconnaissent pas, ou qui se reconnaissent dans une catégorie, ou dans pas de catégorie et/ou dans une catégorie qui serait pas la catégorie à laquelle on les a assigné. Je dirais que, dans un premier temps, la question de la binarité de genre, c’est-à-dire d’un côté il y a les hommes, d’un côté il y a les les femmes, et que c’est impossible d’être autre chose que ces deux catégories là et qu’en plus vous choisissez pas cette catégorie, c’est vraiment des questionnements qui ont été remis en question par des sociologues qui travaillent sur la médecine et la biologie. Vous avez les travaux de Michal Raz par exemple, qui travaille sur les personnes nées et dit intersexes, c’est à dire qui naissent avec des caractéristiques associées au masculin et au féminin, et aussi les travaux d’Anne Fausto-Sterling, qui montrent qu’il y a plein de configurations possibles du sexe gonadique. On parle d’un alignement chromosome donc XX pour les femmes, XY pour les hommes et encore ça, c’est remis en question parce que d’une certaine manière, c’est dire “le chromosome Y, c’est le chromosome merveilleux qui permet aux hommes de se créer”. Et en fait, les généticien·nes disent que non, il y a aussi des chromosomes, enfin des éléments qui permettent de déterminer entre guillemets “dans l’autre sens”, voilà, les femmes ne seraient pas un corps entre guillemets “neutre” et il y aurait quelque chose de magique qui serait arrivé pour créer un homme. Voilà, c’est une certaine manière patriarcale de voir un peu ces aspects là. Et donc il y a les hormones (testostérone, oestrogène) et le sexe gonadique, et en fait, il y a vraiment des configurations. On n’est pas forcément dans un alignement voilà XX, vulve, ovaires et oestrogène progestérone, et de l’autre testicule testostérone XY. En fait, on a des variations que, on peut entre guillemets “être un homme” avec un ovaire atrophié, enfin voilà, on peut être dit “femme” avec un chromosome Y et on le saura jamais. Et en fait, ça montre que ce truc binaire là, ce modèle binaire, il est à questionner et c’est vraiment une grosse simplification de la réalité, qui n’a pas de réalité biologique en fait. Et d’ailleurs, je pense que la question de la transidentité montre bien les limites de ce modèle. Il est pas adapté en fait et je pense que le modèle sportif ben c’est entre guillemets “quelque chose” qui vient de cette binarité qui existe depuis très longtemps sur laquelle on s’est construite, qui est très très ancrée, mais qui n’est pas du tout adapté
Florence
Du coup, qu’est-ce qui serait adapté ?
Anne Schmitt
on sait pas !
Florence
ah ouais on sait pas encore en fait faut encore voir le truc
Anne Schmitt
ouais alors vraiment, on va dire dans un modèle dans un monde où la binarité n’existerait plus, je pense c’est assez difficile à se représenter pour nous aujourd’hui, où il y aurait plus d’écarts culturels et sociaux dans l’accès au sport de la catégorie, population assignée femmes, le vrai bonheur, ce serait que tout le monde puisse participer à la compétition à laquelle il a envie de participer peu importe voilà, et la catégorie à laquelle il a envie de participer. Et on pourrait imaginer tout simplement des catégories de niveau, ce serait l’idéal. En l’état aujourd’hui, c’est pas possible, ce sera un faux débat, parce que la catégorie assignée femme a trop de retard et a trop de limites pour vraiment rentrer là-dedans. Et concernant les personnes trans donc femmes hommes trans non binaire voilà toute la variété trans, il y en a qui préfèrent, qui mettent aussi une étoile à la fin pour vraiment englober cette catégorie de personnes là, moi ma position, c’est que ces personnes là devraient pouvoir participer à la pratique sportive, dans la catégorie qu’il, qu’elle et iel souhaite. Et d’ailleurs, ce qu’on rétorque souvent c’est que, non, là où ça pose problème, c’est surtout pour les femmes trans. Les hommes trans, on se pose pas trop la question
Florence
oui c’est vrai
Anne Schmitt
Pour les femmes trans, c’est un souci et vous avez donc les travaux d’Anaïs Bohuon, de Lucie Pallesi qui questionnent cette question trans dans le sport de haut niveau, que la croyance, même les personnes qui n’ont lu absolument aucun article scientifique, de biologie, qui s’intéressent à cette question -d’ailleurs il y a un rapport qui a été écrit là-dessus mais si vous allez voir les travaux de Lucy Pallesi et Anaïs Bohuon, vous l’aurez- , qui montrent qu’on ne peut pas dire qu’il y a un véritable avantage physique pour les femmes trans sous traitement en fait. Vous avez par exemple la sprinteuse Halba Diouf qui ne peut pas participer aux Jeux Olympiques alors qu’elle atteint les minimas, elle réalise les performances pour y arriver et elle est interdite de jeux olympiques à cause de son statut de femme trans
Florence
d’accord
Anne Schmitt
Faut savoir que l’athlétisme aussi a tranché la question de la binarité avec le taux de testostérone. C’est à dire, ils mesurent le taux de testostérone et ils disent ben non c’est au-dessus, non, tu peux pas participer dans la catégorie Femme. Le taux de testostérone, ça veut pas dire que forcément, vous allez être très performant. La performance n’est pas lié du tout à la testostérone. Il y a beaucoup plus de facteurs à prendre en compte pour comprendre une performance, sinon c’est simple, on ferait des catégories de testostérone. C’est pas du tout le cas, on voit bien que c’est pas le cas. En plus de ça, on sait qu’il y a des sportifs hommes qui produisent peu de testostérone, qui pourraient même concourir avec leur taux de testostérone dans la catégorie Femme
Florence
d’accord
Anne Schmitt
Donc on voit bien qu’il y a quelque chose qui colle pas dans cette histoire. Halba Diouf a un taux de testostérone qui est inférieure à la barre que demande la fédé d’athlé. Et elle est quand même interdite de performer, alors qu’en plus ces performances sont dans la, on va dire dans la moyenne. Elle s’entraîne beaucoup, elle est bonne parce qu’elle s’entraîne beaucoup, et au-delà de ça, elle a pas, je pense pas qu’elle représente une “menace”, enfin une “menace”, je mets des gros guillemets, d’exploser la catégorie Femme, les records de la catégorie femme. Mais non, on l’interdit simplement de concourir.
Florence
ouais, c’est de l’idéologie en vrai.
Anne Schmitt
Eh oui c’est de l’idéologie.
Florence
C’est de la transphobie, comme la lesbophobie que vous avez évoqué tout à l’heure
Anne Schmitt
Exactement. Exactement. On voit que le monde sportif, il est…
Florence
(murmure) très patriarcal
Anne Schmitt
Il est pas prêt. Il s’accroche à des idéaux complètement imprégnés de domination masculine, de sexisme, de transphobie et d’homophobie, encore, il y a beaucoup à faire.
Florence
Bien. Merci beaucoup Anne, pour cet échange. On a ex-plo-sé les compteurs de temps mais je ne regrette rien, ça valait complètement le coup. Franchement, c’était super intéressant. Vous pouvez suivre les travaux de Anne Schmitt sur Google Scholar. Anne Schmitt, est-ce que vous avez un mot de la fin ?
Anne Schmitt
Très rapidement, personne va me croire mais si, très rapidement : briser les barrières qui sont dans vos esprits là, qui sont uniquement des idées, des codes, des normes. Ca n’a pas de réalité physique, donc brisez-les, déconstruisez-vous et agissez pour plus d’égalité.
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[musique de générique d’outro]
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[fin de la musique de générique d’intro]


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