Dans cet épisode plein de recommandations, Florence et Sara reviennent sur les émissions, films, séries, romans, BD, podcasts, spectacles et artistes musicales découvert·es ces derniers mois.
Documentaires, fictions, biographies, témoignages, chansons sorti·es entre 2012 et 2026 : la sélection est éclectique et ne suit pas particulièrement de logique. L’occasion de découvrir des oeuvres/artistes émergeant·es et/ou de rattraper des choses plus anciennes et toujours aussi intéressantes.
L’épisode est disponible sur Apple Podcasts, Deezer, Spotify, Podcast Addict, ou Acast. Vous pouvez également le trouver sur Podcast France et Amazon Music. Pensez à le noter ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ sur Apple ou Spotify pour aider sa diffusion.
Les références citées dans l’épisode
Cinéma et télévision
- Les femmes au balcon — Noémie Merlant (film, fiction)
- Ceci est mon corps — Jérôme Clément-Wilz (film documentaire)
- GLOW — Carly Mensch et Liz Flahive (série, fiction)
- Le Temps des femmes — Karine Dusfour film documentaire)
- Sommes-nous tous sexistes (émission France Télévisions)
- Sommes-nous tous racistes (émission France Télévisions)
- L’Affaire Laura Stern — Akim Isker, Frédéric Krivine et Marie Kremer (série, fiction)
- Les Demoiselles du téléphone (Las chicas del cable) — Ramón Campos et Gema R. Neira (série, fiction)
- Les Simone — Ricardo Trogi, Kim Lévesque-Lizotte, Louis Morissette (série, fiction)
- Dead To Me — Liz Feldman (série, fiction)
- Orange is the New Black — Jenji Kohan (série, fiction)
- Fleabag — Phoebe Waller-Bridge (série, fiction)
- Sex education — Laurie Nunn (série, fiction)
Théâtre
- Berengère Krief — Sexe
- Lou Trotignon — Mérou (ainsi que son entretien avec Viktorovitch)
- Camille Giry — Ca va bien se passer
- Swann Périssé — Calme
- Et à la fin ils meurent — Antoine Brin, Lou Lubie
- Les deux frères et les lions — Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre
- Narjess Djaafar — Mal élevée
- Juliette Todisco — Le Physique de ses idées
Musique
- Zahia Ziouani et l’Orchestre Divertimento — Jardins féériques
- Florence Price
- Styleto
- Solann
- Suzane
Livres
- Pour Britney — Louise Chennevière (roman)
- Le Pays des autres — Leïla Slimani (roman)
- Ce que le jour doit à la nuit — Yasmina Khadra (roman)
- Phoolan Devi, Reine des bandits — Claire Fauvel (BD)
- Outre mères, Le scandale des avortements forcés à La Réunion — Sophie Adriansen et Anjale (BD)
- Les Contraceptés — Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain, Caroline Lee (BD)
- Et à la fin ils meurent — Lou Lubie (BD)
Podcasts
- Nuit noire, nuit blanche — Juliette Lamboley et Chloé Kobuta
- Enfants incesteurs : le grand angle mort (Les Couilles sur la Table) — Naomi Titti et Tal Madesta
- Brûle mes lettres — Mehdi Ahoudig
L’épisode a été enregistré le 31/07/2026.
La musique est composée par Gisula (https://gisula.com).
Transcript de l’épisode
Sara : La Place des Grenouilles, c’est une association ET un podcast qui proposent des espaces de discussion et de réflexion pour déconstruire, ensemble, les normes de genre.
Florence : Au fil des épisodes, on vous propose :
- de revenir sur des oeuvres et événements qui nous ont plu,
- de découvrir des métiers à priori genrés,
- ou encore d’approfondir des sujets de société grâce à des expertEs de différents domaines”
Sara : Nous sommes Florence et Sara,
Florence : bienvenue sur La Place des Grenouilles”
[fin de la musique de générique d’intro]
—
Sara : Salut à toustes, je suis très heureuse de vous retrouver avec Florence pour une nouvelle revue culturelle ! Ca faisait un moment qu’on ne se retrouvait pas pour parler télé, films, séries, podcasts, spectacles, livres et autres joyeusetés. Donc trop bien, salut Florence !
Florence : Salut Sara, ravie également d’être là aujourd’hui. Alors je démarre avec le film Les Femmes au balcon de Noémie Merland, qui est sorti il y a quelques temps et qui est toujours disponible (en VOD) bien sûr. J’en parle parce que je suis allée le voir avec une copine. C’est l’histoire de trois femmes (c’est classée dans la catégorie épouvante) qui sont coincées dans un appartement et qui fantasment sur un voisin qui est en face (rires) c’est très cliché. C’est très coloré aussi comme film.
Et ensuite il y a un décès, un meurtre. Et elles se retrouvent chacune à lutter un peu, chacune dans leur histoire de femme pour voir comment est-ce qu’elles peuvent sortir de cette situation.
Alors dit comme ça, c’est assez flou. Mais ça traite réellement des sujets de société, des sujets que j’avais jamais entendu évoquer, notamment le viol conjugal par exemple, les viols tout court, les violences.
Moi je le conseille vraiment, il m’a pas mal perturbée assez longtemps. Avec ma copine en sortant, on s’est regardées, on s’est dit ok… Alors on ne s’attendait pas à ça, c’est très très, comment dire, explicite les scènes. Donc c’est vrai que c’est pas tellement conseillé pour les moins de douze ans je dirais, mais je le conseille vraiment à tout le monde, ne serait-ce que pour le style et les messages qui sont à l’intérieur. C’est aussi très très chouette.
Sara : C’est très intriguant, merci.
Moi je vais vous citer un texte : “Pendant qu’il mangeait, Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâce, il le rompit et le donna aux disciples en disant prenez, mangez ceci est mon corps.”
Donc j’aurais jamais pensé vous lire un extrait de l’évangile de Matthieu (c’est pas trop ma came habituellement), mais si j’en parle, c’est parce que j’ai adoré un documentaire qui s’appelle Ceci est mon corps. C’est un peu la culture du viol à la sauce catholique.
C’est un film, je trouve, très important, nécessaire. Donc le réalisateur, Jérôme Clément Wiltz, va documenter toute la préparation, les étapes d’un procès qui va durer six ans. Donc on a les rendez-vous avec son avocate, la ville, les lieux des crimes, des échanges avec ses parents.
Et en fait, tout le long —bon c’est court, ça ne dure qu’une heure— on rencontre, il retrace ses souvenirs, ses doutes, il y a des contradictions aussi. Donc il a subi de graves violences sexuelles pendant presque dix ans, lorsqu’il était enfant. Et son agresseur était prêtre, vous l’aurez certainement compris, et ce prêtre a évidemment brisé la vie de plein d’autres victimes.
Et donc moi, il y a trois choses qui m’ont vraiment marquée. Un, c’est très brut, c’est transparent, c’est vulnérable et donc hyper courageux, surtout que je pense que les violences sexuelles subies sur les garçons et les hommes, c’est encore un peu tabou.
Un autre truc qui m’a marqué, mais vraiment, c’est la rage que j’ai ressentie envers les parents, qui sont les premiers responsables, parce qu’ils savaient, le petit garçon a parlé. Ils l’ont quand même renvoyé vers son bourreau et donc non seulement incapable de le protéger à l’époque, mais aussi incapable de le réparer aujourd’hui. (Donc pardon Sonia De Villers, cette chroniqueuse sur France Inter, elle dit n’importe quoi, pour moi c’est vraiment grave, parce qu’elle a reçu le Réal et elles en ont parlé à la radio).
Florence : Elle a dit que ce n’était pas grave ?
Sara : Non, non, non, mais je trouve qu’elle déresponsabilise énormément les parents. Moi j’ai vraiment la rage envers ces personnes-là, qui, bref, tu sais, c’est plus important de protéger l’image et l’harmonie de la communauté que les enfants en fait, pour moi ça ne passe pas.
Florence : Oui, on parle de religion quand même, c’est quand même encore le parent de beaucoup de personnes.
Sara : Oui, mais en fait j’ai l’impression que, j’ai l’impression d’avoir grandi moi (donc dans les années 90), en sachant que les prêtres abusaient des petits garçons, j’ai l’impression que c’était déjà connu, on n’avait pas eu besoin d’attendre Me Too en 2017, etc. C’était quelque chose de connu depuis très très très longtemps, j’ai l’impression, donc raison de plus pour ne pas tolérer ce qui s’est passé. Moi je ne pardonne pas ces parents —bon, c’est pas à moi de pardonner, mais voilà.
Et la troisième chose qui m’a quand même aussi marquée, qui m’a interpellée, c’est le lien qui peut sembler un petit peu ambivalent entre la victime et le bourreau. Le réalisateur appelle son agresseur par son prénom, et parfois il fait preuve d’empathie envers lui, et donc ça c’est, voilà, je trouve ça “remarquable” dans le sens, c’est étonnant quoi, ça peut surprendre les spectateur·ices.
Florence : Oui, mais c’est pas si étonnant, c’est ça qui permet, moi je trouve, mais je vois, je comprends ta perplexité.
Sara : C’est ce qui permet à l’agresseur d’agresser sur le moment, mais là, avec tout le recul de celui qui porte plainte contre l’agresseur, des années après, c’est ça qui me semble surprenant, qu’il ressente ça encore aujourd’hui. Et c’est OK, c’est bien sûr, il n’y a pas de jugement, c’est toute la complexité aussi d’être victime.
Donc un film d’une heure à voir sur Arte, que je recommande vivement.
Florence : Top, merci. Là, je vais enchaîner sur la série GLOW, qui est plus légère.
Je ne l’ai pas dit tout à l’heure, mais pour Les Femmes au balcon (pardon j’ai un chat dans la gorge.) C’est un film d’épouvante, mais c’est aussi une comédie, c’est plutôt drôle.
Et du coup, la série GLOW est aussi drôle et dramatique en même temps. Donc c’est une série américaine qui est disponible sur Netflix.
C’est une personne qui s’appelle Ruth Wilder, qui décide de devenir championne de catch avec d’autres consoeurs. L’idée, c’était, en devenant catcheuse, de gagner sa vie et d’atteindre ses objectifs de libération et de plaisir et d’émancipation. Dans cette série, il y a beaucoup de profils différents physiquement, d’un point de vue ethnie aussi. Du coup, il est très, très riche.
Il y a eu trois saisons. Ça a été arrêté au moment de la Covid.
On voit de la rivalité féminine, mais aussi beaucoup de sororité à un moment ou à un autre. Moi, j’ai franchement adoré cette série. J’étais très triste qu’elle s’arrête.
Il y a aussi le sujet de l’homosexualité, sachant que cette série se déroule dans les années 80. Donc c’est un peu kitsch aussi. Ça fait penser un peu à That Seventies Show à l’époque, donc très, très divertissante.
Et elle a été créée par Carly Mench et Lise Flaive, pour le coup.
Sara : Et si on n’aime pas le catch, on peut aimer la série ?
Florence : Ah, mais carrément.
En fait, c’est vrai que j’en avais beaucoup entendu parler. Et en voyant l’affiche, je me suis dit, ouais, pas trop. Et à force de la voir revenir et revenir dans les recommandations de mon entourage, j’ai fini par le faire et moi-même rejoindre la bande des personnes qui recommandaient cette série quand on a envie de se détendre et en même temps d’avoir quand même un vernis de profondeur. C’est très bien.
Et vraiment, la diversité des personnages en termes de représentation est vraiment rafraîchissante. Pour le coup, ça a l’air bête, mais c’est vrai que moi, ça m’enlève des crispations de voir des séries avec un type de profil.
Sara : Oui. OK, trop bien. Merci pour la reco.
Moi, j’aimerais enchaîner avec non pas un, non pas deux, mais trois contenus France Télévisions ! Qui sont assez consensuels, qui vont vous frustrer si vous vous intéressez déjà au féminisme ou à l’antiracisme depuis déjà un certain temps, mais qui normalement devraient vous parler si vous venez de vous y mettre ou si vous cherchez du matériel à mettre entre les mains de votre famille, vos amis, votre entourage, quoi, qui est peu ou pas engagé pour sensibiliser. Voilà, c’est de bonnes introductions, je pense. Donc, c’est pour ça que ça me semblait utile à mentionner ici.
Donc, le ou les premiers, c’est Sommes-nous tous racistes et Sommes-nous tous sexistes. C’est le même format d’émission qui est décliné pour le sexisme et pour le racisme.
En gros, l’équipe prend une toute une ribambelle de volontaires. Je crois que c’est 50 personnes qui sont volontaires, qui ignorent pourquoi iels ont été sélectionné·es, qui ignorent pourquoi iels sont là. Et en fait, le but, c’est de reproduire devant les caméras et avec le fameux Jamy (vous savez, de l’émission scientifique de vulgarisation).
Florence : Oui, je l’ai vu, mais tout le monde voit, je suis sûre.
Sara : “Oui, tu sais, Jamy, pourquoi (…) ?” Voilà, donc c’est ce type-là avec les petites lunettes. Donc, pour reproduire devant les caméras des expériences scientifiques et des expériences qui ont déjà été menées dans le cadre d’études sérieuses par des universitaires, des chercheur·ses, etc. Et donc, en parallèle, dans une autre pièce, il y a un psychosociologue, une présentatrice et un·e invité·e qui observent et qui commentent le déroulé des expérimentations.
Je cite France 2 : “L’objectif, c’est de comprendre les mécanismes inconscients à l’origine du sexisme/racisme”. Alors, le côté systémique, structurel, il est manqué. Dommage. Pour moi, ça aurait été l’occasion a minima, quelque chose de mentionné rapidement à la fin, avec quelques chiffres, par exemple. Je disais bien, c’est consensuel, c’est une introduction, une sensibilisation, etc. Pour moi, les mécanismes, si on parle de “mécanismes”, c’est pas inconscient, mais c’est socialement construit, partagé et c’est des entreprises qui sont politiques et économiques. Pour moi, c’est les biais qu’on peut dire inconscients à titre individuel. Bon, c’est peut-être, je chipote sur les mots, peut-être.
Mais bref, en tout cas, par exemple, pour celui du sexisme, j’ai bien aimé qu’on explique notamment que le sexisme bienveillant, ça pouvait être encore plus nocif parce que sournois.
La fin, il y a une, on va dire, entre guillemets, une surprise à la toute fin sur celui du sexisme, je ne vais pas vous spoiler, qui est très chouette. Je suis en gratitude de cette fin. Par contre, j’ai été un peu irritée par le langage masculin en permanence.
Voilà. Donc, c’est imparfait, mais ça se veut accessible au plus grand nombre. Et d’ailleurs, même si ce n’est pas du tout culpabilisant, je trouve, j’ai vu dans des forums que ça en a heurté plus d’un·e.
Donc, j’imagine que la prod ne pouvait pas aller beaucoup plus loin, mais c’est déjà très utile, je pense, que ce genre de mission existe et qu’elle puisse toucher pas mal de Français·es.
Florence : Ok, ça donne envie en tout cas.
Sara : Tant mieux !
Un autre outil pédagogique plutôt consensuel, si je peux l’appeler comme ça, c’est Le Temps des Femmes. Donc là, ce n’est pas une émission, contrairement aux deux autres, c’est un docu réalisé par Karine Dusfour (proposé par Mélissa Theuriau).
Elle interviewe 12 femmes francophones de différents âges, un mix de femmes connues ou anonymes, blanches ou non blanches. C’est donc en fait une sorte de mosaïque de témoignages très personnels entrecoupés d’images d’archives.
Agnès Jaoui amène le récit en voix off sur un fil conducteur chronologique. Donc, on a l’enfance et la jeunesse, la famille, l’école, la carrière pro, le couple et la parentalité, puis le troisième âge. Donc, ça peut se considérer comme autant de chapitres. Moi, j’ai regardé plusieurs fois le documentaire.
Et donc, comme je disais, il y a beaucoup de récits, d’anecdotes, de vécu. Il y a peu de chiffres. C’est un peu comme un kaléidoscope de biographie. Et ce qui est chouette, c’est cette prise de recul de ces femmes qui témoignent sur les inégalités, les discriminations, les injonctions. Il y a quelques erreurs et regrets aussi.
C’est —de mémoire et que je sache— c’est très cis. Je ne sais pas si c’est aussi purement hétéro. Je ne me souviens plus. Je l’ai regardé il y a quelque temps. Ce n’est pas dans le pathos ni dans la colère.
Donc, je pense que c’est comme je disais, c’est assez consensuel. Ça passe bien pour le grand public. Même si je doute que ça puisse vraiment toucher les hommes. Je pense que ça fera écho au moins chez les femmes. Et “Dieu sait” combien de femmes ont besoin d’être sensibilisées !
Autre contenu, quatrième contenu. J’ai dit trois, mais il y en a quatre. Et là, c’est toujours sur France Télévisions. Mais c’est une série. On change de format. C’est une série qui s’appelle L’Affaire Laura Stern.
Ça a été réalisé par Akim Isker. Et le scénario est de Frédéric Krivine et Marie Kremer. Le rôle principal est interprété par Valérie Bonneton, si ça vous parle.
Le synopsis ? C’est l’histoire d’une pharmacienne dans une petite ville moyenne française qui a fondé aussi une association féministe dans laquelle elle accueille et anime des groupes de parole pour les femmes victimes de violences. Et elle va être témoin de choses horribles et embarquée dans des histoires sordides et en même temps tristement banales.
J’ai trouvé que c’était très bien écrit. En fait, c’était tellement réaliste à mon sens que je me suis demandé si ça relatait une histoire vraie. Mais non, le scénario est une fiction. Malgré tout, c’est basé sur une multitude de faits réels. C’est pour ça le côté réaliste. Donc, c’est basé sur, je pourrais dire, un système que l’on connaît bien !
Donc, mini-série de quatre épisodes, vraiment à voir gratuitement sur francetv.fr. Je recommande vivement.
Florence : Merci beaucoup pour tous ces contenus. C’est bien d’avoir des artefacts qui nous permettent de rentrer dedans sans forcément aller trop trop loin.
Sara : Gratuitement !
Florence : Oui, absolument. France TV, c’est très très cool.
Moi, c’est sur Netflix, toujours. Désolée pour ça. Moi, c’est la série Les Demoiselles du téléphone, qui est une série espagnole et qui est créée par un homme et une femme. Pour le coup, Ramon Campos et Gemma Ernera. (Désolée pour l’accent, je ne parle pas espagnol.)
Alors, cette série, elle est très… Comment dire ? Je l’ai regardée parce que la prof d’espagnol l’avait conseillée à mon fils, qui est au lycée. Du coup, c’est lui qui voulait regarder au début.
J’ai regardé le premier épisode. C’est vraiment… Au début, c’est Dallas, quoi.
C’est une histoire d’amoureux·se. Ça se regarde, mais pas tellement de profondeur. J’étais pas sûre de regarder toute la série. Donc, il y a cinq saisons, pour le coup. C’est des épisodes assez longs de 45 minutes.
Là, on suit le parcours de quatre jeunes femmes qui travaillent dans une compagnie de téléphone en tant que standardistes. On est dans les années 20, en entre-deux-guerres. En termes de costumes et décorations, c’est très propre, très esthétique. C’est un vrai voyage.
Les personnages sont de véritables clichés, également. Du coup, ça fait un peu… Comment dire ? Un peu junk food, quoi. Donc, c’est là où j’étais pas sûre de regarder encore longtemps. Mais au fil des épisodes, en réalité, on voit quand même le côté indépendance des femmes, droit des femmes, comment chaque personnage se positionne, revient dessus, les embrouilles qu’il y a entre elles, comment est-ce que la sororité et la solidarité dans tous les genres, d’ailleurs, se construit peu à peu.
Tout ça dans un contexte espagnol des années 20 qui est vraiment aussi très intéressant dans le sens où on peut se projeter dessus. Franchement, ça se regarde bien. Ça a eu un prix, d’ailleurs, la meilleure série espagnole diffusée en France par La Montée Ibérique Awards.
Elle m’a aussi fait penser à une autre série qui s’appelle Les Simones. Là, c’est sur France TV, pour le coup, également. Donc disponible gratuitement. C’est une série québécoise.
Sara : J’en ai pas du tout entendu parler.
Florence : Même retour. Les deux se regardent bien et sont assez rafraîchissantes, même si elles peuvent être agaçantes par moments. Mais ça montre aussi… On ne peut pas avoir tout tout. C’est bien aussi de voir les fragilités des personnages et on aime bien être agacé par certaines personnes. Surtout quand ça sert un propos et ça permet de voir une évolution. Ça crée aussi de l’attachement.
Les Simones, c’est quatre femmes, pareil, qui vivent leur vie dans un monde plus contemporain. Là, c’est des histoires assez traditionnelles. La famille, l’amour, l’amitié. Dans un monde moderne. C’est des amies d’enfance. Il y a des clichés là aussi.
Tout à l’heure, dans la série espagnole, Les Demoiselles du téléphone, il y avait la prude, la femme mariée qui est battue. Malheureusement, c’est vrai que c’est fréquent. Il y avait la Sainte-Nitouche. Il y a des profils ultra clichés. Les Simones, c’est aussi ça. La délurée, celle qui est sérieuse…
Le point commun entre toutes, c’est qu’elles se cherchent. Et en ça, avec l’accent québécois. Là aussi, il y a de la valeur en plus sur ces deux-là. Personnellement, je regardais pas mal de séries américaines avec tout ce que ça amène avec. En termes de culture. Et d’entendre des langues différentes, ça me plaît bien. Je commence presque à avoir ça dans la vie de tous les jours. D’entendre ces sonorités, c’est assez agréable. Et les deux font réfléchir, tout en inscrivant les faits dans un contexte historique. En tout cas pour la série espagnole.
Sara : Moi aussi, j’ai une série sur Netflix —je regarde aussi Netflix !— à recommander, une qui est aussi une plus légère. Elle s’appelle Dead To Me.
Ça a été créé par Liz Feldman. Donc il y a trois saisons uniquement. Les rôles principaux sont tenus par Christina Applegate et Linda Cardellini, que j’aime beaucoup. Elles jouent très bien, je trouve.
C’est hyper prenant. Il y a plein de suspense, de drama, de tension, de rebondissements. Et il y a beaucoup d’humour noir. J’aime beaucoup. On passe du rire aux larmes. Moi, j’ai été très touchée par cette relation sorore, cette amitié qui naît entre ces deux personnages qui se sont rencontrés dans un groupe de paroles autour du deuil. Je n’en dis pas plus.
Il y en a une, Judy, qui est assez perchée. C’est l’artiste hippie, adulescente. Elle est rêveuse et optimiste. Elle fume des joints.
L’autre, Jen, elle est blasée, pragmatique. C’est la maman de deux garçons, ado ou pré-ado. Elle est agente immo, elle n’aime pas son métier et elle boit beaucoup trop de vin. Elle me rappelle beaucoup Daria, 25 ou 30 ans plus tard. (Je ne sais pas si vous avez regardé cette super série animée sur MTV ? Daria, j’adorais.) C’est comme la Daria devenue quarantenaire.
Si vous aviez aimé, à l’époque, Desperate Housewives (je crois que ça a mal vieilli, mais j’avais beaucoup aimé à l’époque) ça devrait vous plaire. Mais je trouve que c’est en version améliorée. Ça reste très blanc et bourgeois, très étatsunien. Mais il y a quand même une certaine conscience de privilèges, on l’entend par petits détails ici et là dans les dialogues. Il y a cette prise de recul malgré tout, j’ai l’impression.
Voilà, Dead To Me, trois saisons, Netflix, je recommande.
Florence : J’en profite pour dire que Daria est disponible aussi. J’ai essayé de regarder.
Sara : Trop bien, où ça ?
Florence : J’ai un doute ! Mais en tout cas, je sais que toutes les saisons sont disponibles.
Sara : Trop bien, ça, c’est une super nouvelle. Merci, je chercherai.
Encore sur Netflix, encore une série étatsunienne.
Je me suis replongée dans Orange is the New Black de Jenji Kohan. J’avais déjà regardé, mais j’avais laissé tomber au bout de deux ou trois saisons. J’avais interrompu le visionnage il y a quelques années.
Je ne sais pas pourquoi, je me suis remise. C’est vrai qu’il y a des longueurs, mais j’ai tenu. J’ai vu jusqu’à la fin et j’ai assez apprécié.
Le personnage principal est insupportable. C’est peut-être aussi pour ça ou pour les longueurs que j’avais abandonné. Je m’interroge sur des stéréotypes racistes, sexistes, sur la psychophobie. Je me demande parfois s’il n’y a pas un peu de male gaze.
Elle n’est pas parfaite, mais elle est quand même bien. Je trouve qu’elle est importante pour comprendre la violence du milieu carcéral dont on n’a pas vraiment trop idée.
(C’est marrant parce qu’avec toute l’affaire Sarkozy qui a passé 11 jours en prison et qui a sorti son livre de merde, j’étais en train de regarder à ce moment-là. Je ne sais plus à quelle saison j’étais, mais j’étais en train de regarder…)
Dans la dernière saison, c’est pas mal de le pointer (je ne sais plus de quelle année elle date, mais je trouve que c’était assez précurseur) on parle de l’ICE, la police ou les milices de l’immigration, aux Etats-Unis.
Florence : C’est vrai ?
Sara : Ouais. Et des centres de détention, qui sont en fait des camps pour immigré·es. On parle, c’est évoqué tu vois, les jugements d’enfants qui nous ont beaucoup choqués sur ces derniers mois.
Pour moi, ce que la série dénonce, c’est important. Surtout que le Parlement européen a voté pour avoir la même chose ici, pour détenir et renvoyer les personnes migrantes de façon hyper violente. Je trouve que c’est important.
Et puis aussi, gros kiff, j’adore Samira Wiley, l’actrice et le personnage de Poussey. Gros crush, je les adore toutes les deux. Orange is the new black, ça vaut le coup.
Florence : Je finirai par la regarder, car c’est une série qui revient souvent dans les recommandations. Une autre série qui revient souvent, c’est Fleabag, une série britannique disponible sur Amazon Prime.
Là, c’est deux saisons seulement. C’était prévu comme tel depuis le départ, avec des épisodes assez courts, une petite demi-heure. On reste dans la même veine que les autres, dans le sens où c’est des problématiques de personnes plutôt privilégiées. Une femme trentenaire, Phoebe, qui est célibataire, cynique, un peu en colère.
C’est très humour noir. Il y a sa meilleure amie qui vient de décéder. Elle essaie de se frayer un chemin pour se remettre de ça, de voir comment elle se positionne sur la suite, quelle influence elle a eue par rapport à cette situation. Mais surtout, elle cherche l’amour et elle se cherche elle.
Tout en touchant du doigt des sujets de santé mentale, qui n’est pas vraiment évoquée de façon flagrante, mais qui est quand même criante, sans que le mot soit posé. Je pense que c’est assez représentatif quand même d’une génération d’aujourd’hui, ou peut-être certainement d’avant, mais qui n’était pas aussi facilement nommée par rapport à comment on va.
J’étais un peu déçue, parce qu’on me l’avait vraiment dit (rires) que c’était culte et tout ça…
Sara : On te l’avait sur-vendue.
Florence : Voilà, Mais c’était très bien.
J’ai beaucoup plus aimé la série Sex Education. C’est un tout autre registre, mais quand même un peu annexe, dans la mesure où ça parle de vie sentimentale et de vie sexuelle. Cette fois, pour les adolescents et les adolescentes. C’est une série de Laurie Nunn. Très bien.
C’est une série britannique. Sa mère est thérapeute, enfin sexologue. Et lui, ayant baigné dans ça, on voit un peu sa relation, comment dire, conflictuelle, mais aussi très attachée avec sa maman. Comment il se positionne par rapport à ça ? Parce que pour lui, c’est plutôt un fardeau d’avoir une mère sexologue. Il va s’en servir pour monter un cabinet de sexologie dans son lycée avec une autre élève, Maeve, qui est féministe, très adulte en réalité.
On suit le parcours de ces deux personnes et de leur entourage. Il y a Eric, par exemple, qui est joué par Mizero Ncuti Gatwa, qui est incroyable. Et d’autres personnages, il y a aussi une personne handicapée qui joue aussi très bien.
Ça montre vraiment les histoires d’amour sur tout le spectre, en termes d’identité de genre, en termes de situation personnelle, ethnie, handicap, sur les consentements, sur les premières fois. J’ai mis du temps à la regarder, parce que pour moi, c’était pour les jeunes adultes.
Sara : Non, non, c’est pour ados, adultes, c’est pour tout le monde ! (rires)
Florence : Non, en vrai, c’est vraiment bien. On apprend aussi des choses. Je recommande très chaudement. Pour moi, c’est un must-see pour les adultes, les ados également. En plus, c’est drôle aussi.
Sara : Moi aussi, j’avais adoré. C’est très drôle. Je me dis que j’aurais tellement rêvé de pouvoir avoir cette série en grandissant, pendant mon adolescence ! Ça décomplexe tellement de choses, ça aborde tellement de choses qui sont taboues, etc. Big Up, franchement, super série à voir. Ça me donne envie de la revoir.
Florence : Elle est incroyable. On le refera peut-être, effectivement.
Dans la même thématique de la vie sexuelle, je vais passer à des spectacles, avec le spectacle qui s’appelle Sexe, de Bérangère Krief (celle qui a joué dans Bref). Je suis allée voir ce spectacle un peu par hasard. C’est là où je pense que le patriarcat joue son rôle.
Je ne vais pas aller voir un spectacle qui s’appelle Sexe. Ça ne faisait pas partie de mes priorités. J’en parle aujourd’hui parce que c’était très sympa. C’était drôle, c’était engagé.
Il y a eu quelques petits éléments qui m’ont gênée, mais vraiment pas grand-chose par rapport à ce qui me dérange d’habitude quand je vais voir un spectacle. Il y a toujours une petite phrase qui peut être psychophobe, validiste ou sexiste. Il y en a eu un ou deux, mais c’était peanuts par rapport à ce que j’ai d’habitude. Encore, ça reste discutable.
C’était des histoires personnelles, mais aussi avec des observations sur la société au global. Ça tourne encore en France. Vous pouvez regarder quand ça joue et si ça tourne à côté de chez vous. C’est vrai que Bérangère Krief, à la fin, elle est restée et a posé des questions au public.
Il y avait plein de personnes différentes. Il y a des jeunes et beaucoup moins jeunes qui ont posé des questions. Je sais pas, un peu comme Sex Education, c’était vraiment chouette de voir ces sujets traités. Aussi en intergénérationnel, parce qu’elle parlait d’elle, mais aussi de sa mère, du regard, et des hommes et des femmes. Elle parlait un peu moins de personnes non-binaires, de personnes trans. De mémoire, ça n’avait pas été adressé, contrairement à Sex Education, qui intègre bien ces sujets-là.
Sara : Parfaite transition pour le spectacle suivant dont je voulais parler ! C’est Lou Trotignon dans Mérou. Je me suis demandé pourquoi j’avais attendu autant pour aller le voir sur scène, puisque j’en ai entendu parler depuis des années.
Si jamais vous ne le connaissez pas, Lou Trotignon, c’est une personne trans et non-binaire qui se revendique d’employer l’humour comme un outil pédagogique d’éducation populaire. Et notamment pour lutter contre la transphobie.
Pourquoi “Mérou” ? Pourquoi le nom d’un poisson ? C’est comme le nom de notre asso, ça s’explique. Et (spoiler!), il y a un lien avec le genre.
Allez voir son spectacle et ou suivez-le sur les réseaux. Son spectacle, je l’ai trouvé drôle, très touchant, il est souvent piquant, tout en restant bienveillant. Ça part d’un vécu très intime, un parcours personnel, et pour s’ouvrir sur des sujets beaucoup plus larges.
Il y a cette intelligence politique, il y a beaucoup d’adresse, de finesse, une grande sensibilité, je crois que je l’ai déjà dit. C’est léger, et ça traite de sujets sérieux et parfois difficiles. Là aussi, il y a une complicité qui s’installe avec le public, qui n’hésite pas à taquiner, toujours avec surveillance.
Donc pareil, c’est pour les jeunes et les moins jeunes, les cis ou les trans, vraiment gros cœur sur Lou. Donc suivez-le, n’hésitez pas à prendre vos billets s’ils passent dans votre ville. Et aussi, on m’a parlé d’un entretien avec Clément Viktorovitch, un long entretien que j’ai bien envie de regarder, qu’on mettra en référence sur la page de l’épisode.
Florence : Je pense que je l’avais vu en première partie de Tahnee, justement. Et à ce que tu dis, ça me fait bien écho, dans le sens parcours personnel, pour aussi éduquer par rapport à des vécus sur les catégories dominantes. C’était chouette.
Sara : C’est marrant parce qu’il y a aussi des moments d’auto-dérision, mais c’est toujours fait avec bienveillance. Tout comme Tahnee, qu’on avait adoré.
Un autre spectacle, un seule-en-scène, un one-woman show dans ce cas présent, c’est celui de Camille Giry, qui s’appelle Ça va bien se passer.
(J’avais vu et un peu moins aimé son premier spectacle, qui s’appelait Moyenne. Et pour le coup, je n’ai vraiment pas été déçue. Il y a un level-up de fou.)
Très bon texte, très bonne mise en scène, très bonne interprétation, le rythme est très bien. À part une blague scato à la fin que je n’ai pas comprise, et une mention validiste pas drôle du tout —c’est les deux petits mini-bémols, c’est pour chipoter, parce que vraiment, c’était très bien.
J’ai limite envie de retourner la voir.
Florence : J’aimerais bien qu’on y aille ensemble. Pour le coup, elle était dans ma liste.
Sara : Faisons ça, trop bien !
Un mélange d’anecdotes, de réflexions, de métaphores. Elle ponctue avec des faits et des chiffres vraiment implacables pour prouver qu’être féministe, c’est cool. Et elle rajoute “Un jour, ce sera même la norme, mais en attendant, on fait des spectacles”. Ça pose un peu le ton.
Vraiment, à voir, j’espère parce que je crois qu’elle a pas mal tourné avec ce spectacle-là, qui a eu du succès donc espérons qu’il y ait de nouvelles dates à la rentrée. En tout cas, ce sera avec plaisir d’aller le revoir avec toi.
Donc, suivez-la aussi sur les réseaux, sur son compte perso Camille Giry, ou bien aussi sur celui de Camille et Justine. Elles sont un peu moins actives en duo, mais peut-être qu’elles reprendront et vous pourrez voir leurs anciennes vidéos sur YouTube. C’est très très cool.
Si je te dis “calmez-vous, ça va bien se passer”… ?
Florence : Ah, ça me calme, ça me calme ! (rires)
Sara : Voilà, donc punaise, dans cet épisode, j’aurais cité la Bible et Darmanin !!(rires)
Donc, si je parle de cette citation légendaire, c’est parce que le spectacle de Swann Périssé, son dernier spectacle s’appelle Calme. Et j’ai totalement adoré ce show. C’est vraiment un spectacle avec un gros S.
Le point de départ, c’est en gros : comment je gère la colère ? Donc, Swann Périssé, elle se rend compte qu’elle est souvent en colère et elle s’interroge sur cette colère-là. Bien sûr, c’est un sujet éminemment politique et résolument féministe, donc vraiment du grand show.
Moi, elle m’impressionne. Elle a une voix, elle a un corps, elle a un rire, elle a un esprit, une répartie que je trouve absolument inoubliables. Je trouve ça très drôle et c’est très intelligent, là aussi, comme les autres. Elle a un registre particulier qui pourrait, je pense, facilement tomber dans un truc un peu bof, mais je trouve qu’elle le manie très, très bien.
Elle est douée, elle rit à gorge déployée, elle se dandine pour mimer un personnage ou un autre. Elle est un peu, parfois, c’est un peu dans le cirque. Peut-être que je dis ça parce que j’ai vu au Cirque d’hiver.
Mais voilà, je trouve qu’elle est vraiment décomplexée et décomplexante. Elle se joue de tout, se moque allègrement des attentes, des assignations, etc. Elle est très bonne aussi en impro, parce qu’elle construit une partie non négligeable du spectacle sur les témoignages des personnes qui acceptent de partager leur vécu, de prendre la parole et partager leur vie ou une fraction de leur vie.
Donc, pour moi, c’est une artiste féministe incontournable.
Florence : Moi, je l’ai vu au début, du coup, je n’ai pas vu la partie impro. Ça, ça ne me parle pas. Mais c’est vrai qu’elle a une énergie très impressionnante et qui, des fois, je pense, me fige (rires). Et c’est bizarre parce que du coup, je me dis “ah, j’ai presque peur pour elle” de ce qui pourrait lui arriver. Donc, c’est vrai que quand je suis allée la voir, j’ai beaucoup aimé le spectacle aussi. Il y a quelques scènes qui me reviennent, même si c’était il y a longtemps.
Et le fait qu’elle soit à l’intersection aussi de sujets sur la partie écologie, féminisme, même si, bon, après, elle est blanche et je crois qu’elle est valide, et qu’elle est cis, mais ça donne de l’élan. Et effectivement, on a envie de la suivre. Ça montre vraiment l’exemple et ça nous donne du courage et de la croyance dans le sens qu’on est en posture de peut-être changer les choses.
Enfin, pardon ! J’enlève le “peut-être”, mais c’est vrai que j’avais bien aimé, effectivement, le côté calme où c’était le traitement de la colère et à quel point c’était un sujet politique. Et que c’est bien arrangeant de dire aux femmes d’être calme et que les autres, c’est normal de juste être énervée et que ça, il n’y a pas de problème d’émotions, quoi. La colère est ok chez les hommes cis.
Sara : Oui, c’est du leadership.
Florence : Oui, c’est ça, c’est ça, c’est ça, c’est ça.
Sara : Un autre spectacle, je crois qu’on avait parlé déjà des Contes à rebours de Tiphaine D. dans une revue culturelle. Là, un peu sur la même thématique, il y a Et à la fin, ils meurent. Et (je cite) c’est “la sale vérité sur les contes de fées”.
Donc, c’est une adaptation, une mise en scène par Antoine Brun, mais d’après une BD de Lou Lubie. En gros, les contes Disney, on est d’accord, ils sont déjà violents par les injonctions et les stéréotypes qu’ils véhiculent, si on les regarde avec un regard un peu critique.
Mais donc là, c’est une violence qui peut passer inaperçue, qui est feutrée, elle est sournoise. Alors qu’en réalité, les contes Disney, ils sont déjà très édulcorés. Dans les contes originels desquels ils s’inspirent, il y a encore plus de meurtres.
Il y a des amputations, mutilations, du cannibalisme même. Bref, en tout cas, les versions originales, elles sont vachement plus gores. Vous voyez un peu Barbe Bleue ? C’est, je pense, ce qu’on connaît de plus gore, qui peut être pas trop édulcoré et encore. Voilà, c’est un peu ce registre-là, les contes initiaux, que ce soit de l’Antiquité, de Perrault, des Frères Grimm.
En gros, la troupe (je crois qu’il y a quatre comédien·nes) va représenter les versions initiales de ces contes avec beaucoup, beaucoup d’ironie pour justement dénoncer la violence, le sexisme, le racisme et autres formes d’oppression.
Et vraiment, j’ai jamais eu autant de fous-rires dans une salle de théâtre. C’est tout public, tout genre, tout âge. Et la salle, vraiment, était hilare. Vraiment, du début à la fin. Les interprètes se donnent à fond sur scène, autant sur la gestuelle que sur la voix, les visages. On y voit des princes qui ne sont pas du tout charmants, dans des décors hyper bien conçus. Parfois, on boit comme des trous et on est encore plus jaloux que dans les histoires qu’on a l’habitude de voir ou d’entendre.
Donc vraiment, si vous avez l’occasion, ne manquez pas ce spectacle incroyable.
Et à la fin, ils meurent : à ne pas manquer.
Florence : OK, ça donne très, très envie ! (rires) Je t’ai dit, déjà, j’adore les contes…
Sara : Et en complément ou en alternative, lisez la BD de Lou Lubie, que je n’ai pas encore découverte, mais qu’une amie va me prêter, si ce n’est que je l’achèterai prochainement.
Florence : On peut l’acheter pour l’asso aussi.
Sara : Oui, faisons ça. Pour la bibliothèque. Exactement, ouais.
Florence : Ah, ça me fait plaisir, ça me fait rire rien que de t’entendre !
Sara : J’y suis allée avec mon partenaire et vraiment, lui aussi, il était mais mort de rire, on n’a pas arrêté. Enfin, franchement, même en sortant de la salle, on a eu un fou rire à nouveau en marchant vers le métro. C’était vraiment excellent.
Florence : D’accord, très bien.
Du coup, moi, je vais enchaîner sur une autre pièce qui se joue au Théâtre de l’œuvre qui s’intitule Les deux frères et les lions. Donc là aussi, d’un homme, Hédy de Clermont-Tonnerre.
Alors normalement, je vais assez peu regarder des oeuvres d’hommes parce que j’en ai déjà assez consommé dans toute mon existence. Il m’arrive de faire des exceptions et si j’en parle, c’est que bon, vraiment, c’est au-dessus de ce qui se fait d’habitude. Donc déjà, “les deux frères”, pourquoi je vais voir ça ? … (rires)
C’est l’histoire de l’ascension de deux frères jumeaux qui deviennent l’une des plus grandes fortunes de Grande Bretagne à la fin du 20e siècle. C’est tout à fait mon registre. D’ailleurs, Le Figaro a adoré cette pièce…
Sara : (éclate de rire)
Florence : … et on est reçu avec du champagne et des petits fours.
Sara : Ah oui, c’est vrai que c’est surprenant !
Florence : Ouais, c’est pas mal. En vrai, j’aime bien l’accent anglais et c’est pour ça que je suis allée là-bas. Non, en vrai, c’est pas suffisant, mais c’est vrai que ça nous transporte dans une autre époque.
Déjà, rien qu’en rentrant dans la salle, on est accueilli·es dans une autre époque et dans un autre pays. Pour le coup, il y a deux acteurs et actrices. Il y a ces deux jumeaux, mais c’est joué par deux genres différents pour le coup, qui ont une énergie de malade et qui racontent leur histoire basée sur une histoire vraie du coup, de frères qui sont issus d’un milieu très pauvre et qui deviennent en vrai des gros cons.
Et comment ils deviennent froids, égoïstes, indifférents au monde qui l’entoure et qui veulent juste se faire de plus en plus d’argent. Ça renvoie aussi à notre époque sur l’aspect très capitaliste et perché des milliardaires qui, pourtant, dans cette histoire, se retrouvent à un moment coincé en se disant qu’ils ont les pleins pouvoirs sur le monde jusqu’à que sur un héritage, dans la mesure où ils ont tous les deux des filles, ils veulent leur transmettre un château, une île même, une île normande. Ils ne peuvent pas le faire.
Donc, en fait, c’est plus féministe et plus politique qu’on pourrait croire. Et surtout, la performance est incroyable. Il y a beaucoup de textes qui sont prononcés en même temps. Et l’accent british, c’est vrai que j’adore. Donc, très bon moment. On y allait à deux et on a beaucoup, beaucoup aimé tous les deux. Donc, je vous le recommande plutôt, quand même, plutôt largement.
Sara : Mais du coup, c’est en anglais, la pièce ?
Florence : Alors, c’est une bonne question. Non, c’est en français, mais ils et elles parlent souvent anglais. Et du coup, est-ce qu’il faut savoir parler ? Oui, je pense. Je pense qu’on est quand même facilement largué·e.
Sara : Ok.
Florence : Donc, c’est plutôt drôle, ironique, humour noir.
Sara : Oui, très à l’anglaise.
Florence : Et encore une fois, c’est quand même basé sur des histoires vraies. Donc, par rapport à l’enjeu politique, l’Europe aujourd’hui, les États-Unis, c’est sympa.
Sara : En parlant d’histoires vraies, moi, je crois que je n’ai jamais autant soutenu le spectacle vivant que ces derniers mois. J’ai eu la chance, la primeur de deux seules-en-scène qui étaient à peine rodés, mais d’une grande qualité. Les deux avaient pas mal de points communs (au-delà du titre).
Donc, il y en a un, c’est Mal élevée de Narjess Djaafar. Et l’autre, c’est Le Physique de ses idées de Juliette Todisco, que vous suivez peut-être sur Instagram sous le nom de Macho Boulot Dodo.
Donc, Narjess Djaafar et Juliette Todisco, c’est deux personnes issues de l’immigration, élevées par des femmes incroyables, qui partent là encore de leur histoire et de leurs anecdotes personnelles pour dénoncer avec beaucoup de force, beaucoup d’acuité, pour dénoncer tout un système. Un système patriarcal, raciste, colonial, classiste, validiste, capitaliste.
Donc, j’ai vu ces deux spectacles, ces deux seuls-en-scène il y a quelques mois. Je trouve des points communs, comme je l’ai dit, mais il y a aussi quand même deux registres très différents.
Juliette Todisco, c’est vraiment du pur stand-up. Il y a des vannes, on rigole. Et Narjess Djaafar, c’est vraiment moins léger. À mon sens, elle nous emporte dans la gravité de la situation qu’on refuse, en tant que société, de voir. Et c’est surtout elle qui m’a beaucoup marquée. Je recommande les deux, mais particulièrement Mal élevée, qui devrait tourner.
Et les deux salles étaient complètes, donc je pense que ça va pas mal tourner. Je l’espère, en tout cas.
Florence : Chouette, j’irai la voir, au moins Mal élevée, en tout cas.
J’enchaîne sur un orchestre qui s’appelle Divertimento, qui est mené par Zahia Ziouani. Il y a aussi un film, d’ailleurs, de Marie-Castille Mention-Schaar qui est sorti en 2023, qui trace son histoire, de toute façon, scénarisée, mais quand même assez fidèle. Elle a participé, Zahia Ziouani, à la réalisation. Elle a été consultée, en tout cas, au moment où le film a été mis en place.
Du coup, Zahia Ziouani, elle voulait être cheffe d’orchestre à 17 ans. Elle vient d’un milieu populaire. Elle a une soeur jumelle aussi, qui est violoncelliste. Et à cette époque-là, c’est quand même assez dur. Pourtant, c’est pas si vieux, mais c’était compliqué. Et ça l’est encore aujourd’hui d’être cheffe d’orchestre quand on est une femme.
Sara : Oui, on peut peut-être vous renvoyer à un épisode du podcast, le sixième, avec Ana Meunier, qui explique donc son métier de cheffe d’orchestre que tu avais mené, Florence.
Florence : Yes, merci pour la mention. Du coup, elle, à cette époque, donc vous êtes en 95, c’est une femme, elle est d’origine algérienne et elle vient de Seine-Saint-Denis. Donc, il y a vraiment trois facteurs, entre guillemets, aggravants, en tout cas limitants, pour atteindre cet objectif.
Du coup, elle a progressé dans la musique et elle a créé son propre orchestre. Et entre nous, c’est souvent ce qui se passe en réalité chez les musiciennes pour pouvoir diriger des ensembles. C’est qu’elles ont créé leur orchestre.
Et cet orchestre, c’est Divertimento. J’ai eu l’honneur d’assister à un de leurs concerts, même deux en réalité, mais un seul en entier. Et donc surveillez leur site. Iels participent à des festivals, parfois dans des salles.
Moi, celui que j’avais vu, c’était les Jardins Féériques. J’ai adoré parce que ça cumulait déjà de la musique, mais aussi des danseurs et des danseuses qui circulaient au milieu des instruments. Ça s’accompagnait super bien. C’était transportant, c’était magique, tout en étant très simple. En termes de mise en scène, c’est quand même sobre.
Évidemment, j’ai un biais parce que je connais le personnage. Je sais d’où elle vient, mais même sans ça, franchement, c’était très, très propre. Et vraiment, on ressort avec des étoiles dans les yeux de ce concert. Du coup, je pense que je reverrai d’autres montages de ce type là (musique/danse) à venir.
Et par rapport à son orchestre, elle a aussi créé une école, une académie qui s’appelle aussi Divertimento et qui soutient et qui accompagne les amateur·ices à monter en compétence au niveau de la musique et justement qu’il y ait de la place et que ce soit un peu moins classiste pour le coup, comme milieu. Donc, super personnage. Elle est incroyable à suivre.
Sara : OK, trop bien, ça donne envie. Merci beaucoup.
Florence : Florence Price, je ne sais pas si c’est un nom qui vous parle ? Dans le même registre musical, c’est une compositrice noire. C’était la première afro-américaine à écrire et jouer une symphonie aux Etats-Unis dans les années fin du 20e siècle.
Elle est née en 1887, par exemple. Elle est décédée en 1953, donc il y a un certain temps. Mais j’ai trouvé le CD à la Fnac. C’est pour ça que j’en parle. Elle avait écrit énormément d’œuvres, elle était prolifique et malheureusement, il ne reste pas grand chose. Et même aujourd’hui, quand il y a des orchestres qui essaient de reprendre ses morceaux, dans la mesure où il y a peu de partitions qui restent, il y a aussi eu beaucoup d’arrangements.
C’est difficile de vraiment faire le tri. Mais moi, j’ai (parce que c’est très vieux!), j’ai eu l’impression d’entendre des B.O. de films d’aujourd’hui. C’est transportant. Il y a une connotation un peu de jazz, de la musique classique un petit peu aussi. Vraiment, j’aime beaucoup, beaucoup.
Sara : Mhm, ça donne envie.
Florence : Je vous conseille d’écouter ça sur un CD. Je crois que Sara, t’es pas vraiment CD, mais…
Sara : J’ai plus de lecteur, en fait ! Mais je trouverai sur Internet.
Florence : Oui, sûrement, sûrement, sûrement. Donc Florence Price, à suivre.
Toujours dans la musique plus contemporaine cette fois. Donc là, c’est plus moi qui parle à moi jeune.
Sara : D’accord.
Florence : Je vais parler de Stylto, S-T-Y-L-T-O, qui est une artiste assez jeune. Elle est née en 98. Donc c’est vraiment the girl next door pour moi. Je l’ai vue en concert avec mon enfant.
Et ce que j’aime dans ses chansons, c’est que c’est plutôt des chansons à texte, légères en termes de mélodies (et encore, ça se discute), mais dans le sens, c’est de la pop, c’est de la pop qui a l’air d’être assez classique. Et en réalité, les paroles sont vraiment bien.
Et je pense que ça envoie des messages très émancipateurs, très soulageants et rafraîchissants. Surtout, c’est la position des jeunes femmes par rapport aux hommes, dans le sens, aux mecs cis pour le coup, dans le sens où elles n’ont pas besoin de se reposer sur le regard ou à l’avis des autres pour considérer qu’elles ont de la valeur. Par exemple, il y a la chanson « Faut que tu m’aimes », qui est très, très connue. Et elle a été nominée aux Victoires de la Musique 2026 pour son projet.
Mais à chaque fois que j’entends une chanson par hasard de Stylto, je me dis “Ah, mais c’est trop bien cette chanson !”, avant de me rendre compte encore une fois que c’est Stylto. Et qu’effectivement, ados ou même jeunes ados, même maintenant en vrai, je trouve ça très, très chouette à entendre.
C’est vraiment la copine qui est à côté et qui te dit des choses que tu ne te dis pas à toi forcément, parce que tu es en train d’essayer de ne pas te noyer ou de lever la tête.
Sara : Ok, merci.
Florence : Autre artiste aussi de plus en plus connue, Solann, qui est révélation féminine des Victoires de la Musique 2025. Il y a quelques chansons que j’aime particulièrement. “Les Ogres”, par exemple.
Là aussi des chansons à texte, dans le sens où elle est beaucoup autour de la thématique de la sorcière. C’est tout un univers pour le coup auquel je ne m’identifie pas tant, mais que je trouve intéressant. Et certaines de ses chansons sont un peu des appels à se révolter. Pas toutes, mais il y a ce côté “On crée notre monde qui nous convient. On se suffit et on est très bien entre nous. On n’a pas besoin en tout cas de validation externe.”
Musicalement, j’aime beaucoup aussi. Et en concert, elle était vraiment très drôle parce qu’elle est encore un peu entre deux âges. Pas tant, elle a 27 ans ! Mais dans le sens où c’est encore frais dans sa tête quand elle était dans sa chambre et qu’elle n’allait pas bien, qu’elle écrivait des chansons et qu’elle pensait que tout le monde s’en moquait. Qu’elle écrivait des chansons avec des textes assez problématiques et que maintenant, elle chante, mais même en les chantant elle dit “attention, je vous préviens, ce n’est pas ok”.
Donc, c’est un peu ce côté “je suis encore en train de me chercher”. Je trouve que c’est très inspirant pour la jeune génération.
La dernière artiste que je vais évoquer, c’est Suzanne, aussi assez connue. Elle a été connue pour “J’accuse” concernant les violences sexistes et sexuelles. Je ne suis pas sûre qu’elle… Pour moi, c’est quand même encore assez cis pour le coup. Après, il faut démarrer à certains endroits. En tout cas, ça le mérite sur le côté femmes cis, en tout cas, de parler de sujets qui ne sont pas forcément évoqués.
Et elle a sorti une chanson il y a peu de temps qui s’appelle “Viril”, qui parle des garçons manqués, plutôt, et qui essaie de transposer des qualités qu’on prête aux hommes, en disant “tu es forte comme une fille”. En fait, aujourd’hui, on va considérer que c’est moins que les hommes ou que les garçons. Alors qu’elle, dans sa chanson, elle transpose tout comme si c’était justement la cible à atteindre et le meilleur destin qui puisse arriver à une personne, d’être comme une fille. Mais en tout cas, elle est très entraînante. Je l’ai souvent dans la tête quand je me balade.
Toi, tu voulais nous parler de livres ?
Sara : Oui, et commencer par un livre que j’ai lu d’une traite au café-librairie où je l’ai acheté. J’en ai acheté plusieurs, je me suis posée, je l’ai ouvert et je l’ai dévoré. On en avait beaucoup parlé à sa sortie. Je l’avais acheté et offert à une amie, mais je n’avais pas pris le temps de le lire. Donc, je l’ai découvert en poche.
Ça s’appelle Pour Britney de Louise Chennevière. Donc, en gros, c’est l’autrice qui parle à la première personne, qui fait du tri dans ses affaires. C’est des cartons qui ont 20 ans et elle tombe sur, entre autres choses, sur une photo d’elle étant petite dans les années fin 90, début 2000.
Et s’ensuit une profonde réflexion faite d’hypothèses et d’empathie. C’est un dialogue interne, un long soliloque dans lequel elle va tisser des liens entre elle (donc les différentes parties d’elle, la petite fille et elle aujourd’hui), Britney Spears et Nelly Arcan. Et finalement aussi beaucoup de femmes, parce que ça retrace le vécu, le vécu de beaucoup de femmes, pas forcément besoin d’être une célébrité pour comprendre et ressentir un certain nombre de violences sexistes.
Et donc, voilà, elle se réconcilie avec les différentes parties d’elle. Toutes ces parts qu’on nous a appris à mépriser, parce qu’effectivement, je pense qu’il fut une époque où si on regardait la petite fille quand on était, qui adorait Britney Spears, qui faisait ses chorés, etc., on pouvait la regarder avec mépris.
Il y a une relecture de toute l’histoire, la trajectoire terrible et tragique de cette chanteuse, artiste hyper impressionnante en réalité, qui a été bouffée par un système et par ses parents notamment. Il y a beaucoup de violence dans sa vie. Et c’est vrai que moi, ado et jeune adulte, je me suis moquée de cette personne. Et c’est avec beaucoup de culpabilité, de regret que je repense à ces moments-là.
Et voilà, c’est aussi ce que raconte un petit peu Louise Chennevière. Donc, elle écrit vraiment dans un souffle. La forme est particulière, elle va servir le fond. Perso, quand même, il y a un truc qui m’a gênée, qui m’a grattée. Je pense qu’on aurait pu garder ce rythme qui est important et les longues phrases sans pour autant casser la syntaxe. Moi, ça, ça m’a agacée.
Florence : (rires) C’est surprenant que ça t’agace !
Sara : (rires) Je sais pourquoi tu ricanes !
Je vais vous lire une petite partie : “Il y a cette vieille mythologie, la souffrance, la création. Je ne sais pas, je ne crois pas. Je ne crois pas qu’une seule ligne vaille la peine qui.” Point. Ce truc de “je crois pas qu’une seule ligne vaille la peine qui” ça me casse dans mon flow.
Donc ça, ça m’a un petit peu agacée, mais vraiment, c’est un livre formidable.
“Une petite fille de l’an 2000 qui sourit large sur cette photo retrouvée, prise lors de cette fête donnée chez ma meilleure amie que je n’avais pas revue depuis, avec laquelle je posais devant cette grande soucoupe volante suspendue au plafond qu’avait construite mon père. L’appartement bondé, les costumes futuristes et cette excitation étrange mêlée de crainte à mesure qu’approchait l’heure de ce décompte qui devait nous faire basculer de l’autre côté, dans un temps où nous ignorions tout et qui risquait de nous engloutir. Ce décompte que nous avions tous ensemble crié et au bout duquel peut être toute cette histoire finirait pour de bon et d’un seul coup. Je ne sais pas ce que pouvait se représenter cette petite fille là de la fin du monde dont on avait beaucoup parlé à cette occasion-là. Et même dans ces petits journaux qu’elle recevait chaque jour à la maison avec lesquels on espérait apprendre aux enfants à se tenir très tôt, bien informés de choses telles qu’elles allaient et qu’il n’y avait pas de quoi se réjouir. La fin du monde avec laquelle elle allait grandir, cette petite fille et qui allait très vite perdre ses atouts futuristes. L’année suivante, et cela, je m’en souviens bien, j’avais regardé comme le monde entier, deux avions s’enfoncer dans deux immenses tours quelque part loin, quelque part proche dans notre monde, disait-il.”
Voilà, ça vous donne un peu un aperçu du rythme de l’autrice.
Ces derniers mois, j’ai l’impression que mon esprit était un peu saturé, donc j’ai vachement moins consommé d’essais, vachement moins écouté de podcasts. J’ai eu besoin de fiction, de retrouver la littérature, alors que j’avais un peu abandonné les romans depuis quelques années, alors que j’adorais ça, j’en lisais beaucoup encore avant.
Donc là, je voudrais recommander deux romans qui se passent au Maghreb, qui démarrent dans les années soit 30, soit 40 et qui vont se poursuivre sur plusieurs décennies.
Le premier, c’est Le Pays des Autres, le premier volet d’une trilogie de Leïla Slimani, qui est assez connue. On en avait beaucoup entendu parler lors de sa sortie. Donc là, on suit l’histoire de Mathilde, qui va tomber amoureuse en Alsace en 1944, d’un Marocain qui est venu combattre en Europe pour la France. Elle est un petit peu rebelle, c’est encore une adolescente.
Elle a des rêves d’ailleurs. Elle ne se plaît pas dans sa petite bourgade, donc elle tombe amoureuse de cette personne qui lui semblait exotique. Le couple se marie et déménage très vite près de Meknès pour fonder une famille. Et donc là, sa vie d’épouse et de mère va être vraiment faite de pure désillusion.
Son existence va devenir une véritable prison. On suit sa vie et ses ressentis, son intériorité, etc., mais aussi celle d’autres personnages, notamment dans leurs contradictions. J’aimerais vous lire deux petites citations (elles sont plus rapides) qui montrent bien l’esprit, je pense, du livre.
“Elle se persuada que la femme était exclue de cet amour universel et elle s’inquiéta désormais d’en devenir une. Cette fatalité lui parut affreusement cruelle et elle repensa à Eve et Adam, qui avaient été rejetés du paradis. Quand la femme en elle finirait par éclore, elle devrait supporter cet exil hors de l’amour divin.”
Ça, c’est une petite fille qui se projette dans son âge adulte. Je trouve que c’était assez violent.
“Maintenant qu’elle était décidée, à présent qu’aucun retour en arrière n’était possible, elle se sentait forte, forte de ne pas être libre. Et lui revint en mémoire ce verre d’Andromaque appris à l’école. Elle, la pathétique menteuse, l’actrice de théâtre imaginaire. : “Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne”.”
Il y a beaucoup de violence, mais j’ai l’impression que l’autrice aussi traite ses personnages avec tendresse, malgré leurs flaws, leurs… faiblesses.
Et donc, je vous avais dit deux romans qui se passent au Maghreb. Le second, c’est Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra.
Donc là, c’est un peu plus un roman initiatique. C’est la construction d’un petit Algérien qui a été arraché à sa famille, qui va grandir finalement parmi les pieds noirs. Ça parle de construction, comme je dis, d’identité, de masculinité, de ce sentiment de ne jamais vraiment à sa place en tant que transfuge de classe, non-blanc en plus.
L’écriture est très, très belle. Pour moi, l’auteur a une plume vraiment remarquable. Il y a juste une histoire d’amour qui m’a un peu saoulée. Mais voilà, parenthèse, le livre est quand même chouette. J’aimerais vous lire là aussi deux citations.
“Raffinée, le port noble, elle ne marchait pas. Elle cadençait la foulée du temps.”
Et l’autre :
“L’Algérie algérienne naissait aux forceps dans une crue de larmes et de sang. L’Algérie française rendait l’âme dans de torrentielles saignées.”
Je trouve que c’est souvent une magie poétique et assez forte. Donc, les deux bouquins décrivent beaucoup la misère, parlent du racisme, vont montrer le double standard entre les colons et les personnes autochtones. Ça va montrer des violences interpersonnelles et aussi comment vont naître et se matérialiser les indépendances.
Donc, on sent bien, je trouve, que le premier a été écrit par une femme et le second par un homme. Et les deux sont chouettes et je les recommande si on a envie de lire un roman, pas léger pour le coup, du tout, mais très chouette.
Florence : Intéressant que tu dises que ça se voit bien sur le genre de la personne, pour le coup. Ok, merci pour ce partage.
Je continue sur la bande dessinée Phoolan Devi, Reine des bandits.
C’est une biographie un chouïa ou beaucoup romancée de Phoolan Devi, qui est née en 1963 et est décédée en 2001. Elle a été mariée de force à dix ans. Elle a été violée par son mari pendant des années. C’est une personne qui avait un sens de la justice très, très fort. Et du coup, dans la bande dessinée, on voit toutes les étapes de sa vie. Il y a des brigands, il y a d’autres castes, il y a de la politique.
Et du coup, ce que j’ai bien aimé dans cette bande dessinée, c’est qu’on voit à chaque fois déjà des réalités, d’une mesure où c’est un personnage réel et qui est juste banal, en fait. C’est juste comme ça que ça se passe pour énormément de personnes derrière cette histoire-là. Et comment elle, en tout cas, a trouvé la force en termes de rôle modèle à chaque fois de se relever encore et encore et de laisser écouter sa colère, son désir de vengeance.
Et c’est des personnages féminins comme ça qui ne sont pas juste sauvés ou ne se rendent juste pas compte que ce n’est pas ok, mais qui, en plus, vont prendre les armes. C’est particulièrement rare, de façon générale, encore plus en Inde, encore plus par une jeune femme. Et là, même dans les histoires, les histoires fictives, on a assez peu d’histoires comme ça.
Il y a Mulan un petit peu, mais elle, c’est complètement vrai. Et c’est quand même très, très impressionnant et très inspirant. Même si le recours à la violence peut aussi poser question.
Mais même ça, le fait que ça pose question quand l’histoire est intéressante par rapport à soi-même, justement par rapport à ce que tu disais sur la colère et jusqu’où on continue d’être poli et de juste demander des choses, c’est une question qu’on peut se poser
Sara : Ouais, sur l’usage de la violence dans notre réparation.
Florence : Clairement. Et d’ailleurs, je me disais que cette bande dessinée, si c’était un homme, le personnage principal, on n’aurait aucun complexe. Pour le coup, je ne serais pas en train de me poser des questions “c’est gentil, c’est pas gentil ?”…
Voilà, c’est Claire Fauvel qui a écrit l’histoire à partir d’une histoire vraie et aussi illustré l’album.
La deuxième bande dessinée que je voulais évoquer, c’est Outre-mères de Sophie Adriansen pour le scénario, et illustrée par Anjale.
Donc, la BD Outre-mères, c’est l’histoire de deux femmes en parallèle. Donc une, on est dans les années 60-70, une femme qui est à La Réunion et du coup, qui se fait avorter de force. Et l’autre, en France, une élève de terminale qui s’appelle Marianne (par rapport à Lucie qui est à La Réunion), qui voit les premiers mouvements féministes avec le MLF, le droit à l’avortement, donc complètement l’opposé.
Justement, découvrir ça, commencer à prendre sa place. Et on voit l’antagonisme sur le même pays, mais à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, avoir des dénouements et des difficultés complètement différentes.
Sara : Le double standard entre la France métropolitaine et les territoires colonisés.
Florence : Complètement. Et dans les deux cas, c’est de la criminalisation, en tout cas, de leurs actes.
Sara : Des femmes et de l’usage de leur corps.
Florence : C’est ça. En fait, tant que les hommes décident, tout va bien.
Et du coup, c’est agréable à lire. Le dessin est très chouette. J’aime beaucoup le trait, tout en s’inscrivant sur une période de la France qui est assez peu évoquée. On va souvent parler du droit à l’avortement d’un point de vue très métropolitain et pas du tout sur l’ensemble de la France.
La troisième bande dessinée que je voulais évoquer sur un sujet connexe, mais avec un autre angle, c’est Les Contraceptés, écrite par Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain et illustrée par Caroline Lee, qui parle des contraceptés au masculin, pour le coup, et le parcours de ces deux personnages. Donc, en fait, ils documentent leur propre recherche sur la contraception masculine, qui est encore taboue, mais qui, pourtant, a eu énormément de recherches et de tentatives avortées au fil des années. Donc, c’est intéressant, déjà, d’un point de vue contenu : Quelles sont les différentes méthodes de contraception masculine ? Où on en est aujourd’hui ?
Du coup, moi, je l’ai lu et mon conjoint aussi. Et c’est assez amusant parce qu’on n’a pas du tout eu la même conclusion, même si on a aimé tous les deux. (Il y a un petit tacle aussi à Marlène Schiappa, qui est assez croustillant à lire, qui fait que c’est aussi drôle.)
La conclusion différente, c’est que du coup, moi, je découvre la position des hommes en me disant “sérieusement?!”. Et lui, la conclusion de mon conjoint, c’est plus du coup, c’est très, très froid comme conclusion, “c’est pas encore gagné, quoi”. Alors que moi, j’avais pas du tout cette lecture-là. Moi, j’avais plus la lecture “Pas étonnant qu’on n’avance pas dessus, vu qu’il y a un peu des ma culpa hein, des protagonistes, où ils voient qu’eux ne se sont jamais jamais jamais posé la question de la contraception. Et donc rien que sur ça, moi j’ai trouvé ça assez touchant, en plus d’être intéressant.
Sara : Je crois que c’est les mêmes auteurs de la BD L’arnaque des nouveaux pères dont nous avions déjà parlé à ce micro.
Florence : Absolument.
Sara : Du coup, en parlant de BD, je rappelle juste Et à la fin, ils meurent, de Lou Lubie.
Florence : Yes.
Sara : Comme je disais tout à l’heure, ces derniers temps, j’étais un peu saturée, j’avais besoin de plus de temps de silence. Et donc j’ai consommé vachement moins de podcasts qu’à mon habitude. Malgré ça, j’en ai quand même écouté quelques-uns et il y en a trois qui se distinguent plus particulièrement, dont je voudrais parler aujourd’hui, que je voudrais recommander sur les quelques minutes qui nous restent avant de clôturer cet épisode.
Le premier, il s’appelle Nuit Noire, Nuit Blanche. C’est Paradiso Media et Radio France. La comédienne Juliette Lamboley va raconter le viol qu’elle a subi à 14 ans et son parcours judiciaire 15 ans plus tard.
C’était un viol conjugal, c’était son premier copain au collège, lors d’une soirée entre ami·es chez JJ, sa meilleure amie. Ça se décline sur huit épisodes chronologiques. Il y a évidemment des flashbacks tout le long, mais c’est chronologique.
D’abord, c’est le souvenir des faits, la sortie de l’amnésie traumatique, du déni. Ensuite, il y a la décision de porter plainte (qui est en plus encouragée par une tierce personne, vous l’écouterez). Ensuite, l’épreuve du dépôt de plainte et à certains moments, elle retrouve et elle lit aussi son journal intime. Il y a une recherche de soutien ensuite. Le cinquième épisode marque la première confrontation et la rencontre avec un groupe de parole. On a beaucoup parlé de colère aujourd’hui, c’est le sujet du sixième épisode. Après le septième, il y a l’expertise psychiatrique. Et enfin, le dernier épisode conclut sur l’ultime confrontation et le verdict.
Vraiment, je trouve que c’est un podcast important. Ça montre toutes les couches de violence qui s’accumulent sur les personnes victimes de violences sexistes et surtout sexuelles.
Dans son histoire, Juliette Lamboley, il y avait des témoins, c’était ses amis, mais c’est hyper dur de les mobiliser. Moi, j’ai été hyper choquée par les réactions, les comportements de ses proches. Je vous spoil un peu, n’écoutez pas si vous ne voulez pas. JJ, elle ne veut pas témoigner au départ. La psy qui la suit, elle est tellement problématique. Ses parents aussi. Donc, on voit combien le système judiciaire est violent. Nous qui nous intéressons à ces choses-là, on n’est pas surprises. Mais aussi la nécessité des associations et des avocats et avocates spécialisés. Moi, j’ai beaucoup senti avec elle, avec la narratrice, l’angoisse et l’isolement dans lequel elle est plongée. Donc, c’est vraiment pour moi une triple peine.
La narration est très belle, l’interprétation est top. J’ai adoré aussi l’illustration de la couverture. Voilà. Vraiment, bon il faut s’accrocher, là aussi. Il faut être prêt·e à suivre ce parcours. Mais moi, je recommande fortement.
Autre écoute que je recommande et qui me semble aussi nécessaire, c’est sur le sujet de l’inceste. Mais plus particulièrement, sur un angle mort, c’est les enfants incesteurs. Il y a à peu près 10% des Français·es qui ont subi l’inceste.
Et je ne me souviens plus exactement du chiffre, mais c’est peut-être un tiers, quelque chose comme ça. Enfin, en tout cas, c’est non-négligeable, le nombre d’incestes commis par des mineurs. Donc, c’est des frères, les cousins… je genre volontairement ou masculin, même s’il y a quelques femmes qui commettent ces violences sexuelles, ou filles. Mais c’est principalement des garçons.
Donc, voilà, c’est l’épisode 142 des Couilles sur la table. Ça s’appelle “Enfants incesteurs, le grand angle mort”. C’est un entretien qui me paraît nécessaire, important. Bon, vous connaissez en principe le fonctionnement des épisodes des Couilles sur la table. C’est un grand classique. Et en tout cas, si vous n’êtes pas à jour dans les épisodes, je vous recommande vraiment d’écouter celui-ci. Il est vraiment important. Le sujet gagnerait à être plus étudié, partagé, documenté. Voilà, à écouter.
Et enfin, celui-là, il est peut-être moins nécessaire, mais il change un peu. Le podcast, en plusieurs épisodes, s’appelle Brûle mes lettres. Là, c’est une production Arte Radio. C’est une création de Mehdi Aoudig.
Avant de mourir, sa mère, la mère de Mehdi, va lui confier une pochette rouge avec plein de lettres d’amour. En lisant ces lettres, on comprend la passion clandestine qui a existé entre elle (donc la mère de Mehdi), qui s’appelle Françoise, et le père de Mehdi, qui s’appelle Laoucine. Un couple de différentes ethnies qui se forme dans les années 60, dans un hôpital à Paris en 59.
Lui, il est travailleur immigré marocain. Il est ouvrier chez Citroën et il a eu un accident de mobilette. Et elle, elle est française, catholique, mariée, mère de deux enfants. Et donc, le créateur du podcast va lire quelques lettres, il va échanger avec sa maman (du temps où elle était encore vivante), qui revient sur cette histoire. Il va aussi reparcourir des souvenirs et des lettres avec sa sœur. Avec ses sœurs, d’ailleurs. Et il fait appel aussi à un historien qui vient apporter un éclairage sur la condition des femmes dans ces années-là.
Donc, je trouve que c’est délicat, c’est plein de tendresse, c’est doux-amer, comme je le disais, comme ça décrit la condition des femmes, notamment des mères dans les années 60, il y a de la violence. Je l’ai trouvé fin et intelligent et voilà, un peu différent de ce que j’écoute habituellement et ça m’a assez plu.
Florence : Ok, merci Sara. En tout cas, on a une sélection très variée (rires) qui peut être assez lourde et d’autres plus légères. J’en profite aussi pour vous renvoyer à d’autres épisodes de revues culturelles de La Place des Grenouilles, donc les épisodes 1, 8, 14 et 18 sur des films, des séries, des livres, des podcasts, des conférences.
Sara : Merci !
Florence : Merci Sara.
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Florence : lapdg.fr
[fin de la musique de générique d’intro]


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