Pour ce nouvel épisode, Nina Faure partage son expertise cinématographique pour porter un regard critique sur les représentations des pères à l’écran aujourd’hui.
Nina Faure est documentariste, autrice et intervenante à l’Université. Elle a notamment réalisé We Are Coming, chronique d’une révolution féministe et participé à la réécriture du manuel Notre corps, nous-mêmes. Elle anime le cours « Genre, race et classe » en Licence de Cinéma à Paul Valéry (Montpellier).
Ensemble et au travers de nombreux exemples, nous discutons du pourquoi de ce sujet, de l’archétype du nouveau père (à l’écran et dans la réalité), des croyances et injonctions liées à la paternité, de la représentation des mères ou de schémas qui sortent de la famille traditionnelle hétéro. Elle nous explique aussi les dynamiques à l’oeuvre et les effets que ces types de représentations produisent sur le public.
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Vous pouvez suivre le travail de Nina Faure à travers sa chaîne YouTube.
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Retrouvez le transcript juste en-dessous des références.
Références citées dans l’épisode
- Test de Bechdel : une scène, deux personnages féminins dont on connaît les prénoms, un dialogue à propos d’autre chose qu’un homme
Cinéma
- 65 : La Terre d’avant, Scott Beck et Bryan Woods
- Le Règne animal, Thomas Cailley
- Indiana Jones et le Cadran de la destinée, James Mangold
- Les Aventuriers de l’arche perdue, Steven Spielberg
- Taken, Pierre Morel
- Jurassic World : Renaissance, Gareth Edwards
- Sirāt, Óliver Laxe
- Mourir peut attendre, Cary Joji Fukunaga
- Casper, Brad Silberling
- Beau-père, Bertrand Billet
- Des preuves d’amour, Alice Douard
- Touchées, Alexandra Lamy
- On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
- Bonjour l’asile, Judith Davis
- We Are Coming, chronique d’une révolution féministe, Nina Faure
- Paye (pas) ton gynéco, Nina Faure
Séries
- Bref 2, Kyan Khojandi et Bruno Muschio
- The Mandalorian, Jon Favreau
- 24 Heures chrono, Joel Surnow et Robert Cochran
- Game of Thrones, David Benioff et D. B. Weiss
- The Walking Dead, Frank Darabont
- The Last of Us, Neil Druckmann et Craig Mazin
- The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate, Bruce Miller
Livres
- Les Pères et la paternité, Sébastien Dupont
- L’Arnaque des nouveaux pères, enquête sur une révolution manquée, Stéphane Jourdain, Guillaume Daudin, Antoine Grimée
- Ce que le féminisme fait au cinéma, Hélène Fiche
- Notre corps, nous-mêmes, ouvrage collectif
- Nos enfants, nous-mêmes, ouvrage collectif
Transcript
[musique de générique d’intro]
Sara : La Place des Grenouilles, c’est une association ET un podcast qui proposent des espaces de discussion et de réflexion pour déconstruire, ensemble, les normes de genre.
Florence : Au fil des épisodes, on vous propose :
- de revenir sur des oeuvres et événements qui nous ont plu,
- de découvrir des métiers à priori genrés,
- ou encore d’approfondir des sujets de société grâce à des expertEs de différents domaines”
Sara : Nous sommes Florence et Sara,
Florence : bienvenue sur La Place des Grenouilles”
[fin de la musique de générique d’intro]
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Sara : Bonjour tout le monde, ici Sara. Aujourd’hui on reçoit Nina, Nina Faure. Tu es autrice et documentariste féministe.
Tu as réalisé le long-métrage We Are Coming, chronique d’une révolution féministe qu’on a adoré, Florence et moi (on est allé le voir aux Lilas et on t’a rencontrée après, c’était super). Tu as aussi réalisé le court-métrage Paye (pas) ton gynéco, donc un film sur les violences gynécologiques.
Tu as aussi participé à la réécriture du fameux manuel de santé féministe Notre corps, nous-mêmes. On a déjà parlé de Nos enfants, nous-mêmes dans le podcast, donc là c’est la même série.
Et tu interviens aussi à l’université Paul-Valéry à Montpellier, en tant qu’enseignante en cinéma et notamment sur un module qui s’intitule “Genre, race et classe au cinéma”, où il est donc question d’analyser les représentations des dominations à l’écran et c’est pour ça qu’on te reçoit aujourd’hui. Bienvenue Nina.
Nina Faure : Merci de l’invitation.
Sara : Du coup Nina, pourquoi et comment tu t’es intéressée à ce sujet, qui est quand même un peu précis, un peu niche ?
Nina Faure : C’est vrai que la question des nouveaux-pères dans le cinéma populaire, c’est quelque chose qui a émergé au sein des cours que je donne à l’université. Donc depuis une dizaine d’années, je donne ce cours “Genre, race et classe au cinéma”, où on va analyser les représentations dans les films.
Et analyser les représentations, ça veut dire souvent se poser avec les étudiant·es devant des films qui peuvent être des films d’auteurs ou alors des films vraiment hyper populaires, des blockbusters, et réfléchir à comment sont construits les personnages. Se dire qui parle, qui se tait, qui mène l’action, qui est passif, qui meurt, qui reste en vie, c’est aussi une grande question.
Et donc, ce qui est bien avec ce cours aussi, c’est qu’on a une grande liberté de programme. Moi, je suis intervenante extérieure et ça permet de proposer, enfin de laisser les étudiants et les étudiantes proposer des contenus. Donc je vois aussi quelles sont les références qui peuvent les intéresser d’une année à l’autre.
Et c’est qu’une anecdote, moi, que je trouve assez marquante, c’est que les premières années où je donnais ce cours, on s’intéressait beaucoup à des questions qui aujourd’hui semblent acquises d’emblée. Notamment aux alentours des années 2015, on parlait plus de la question de prendre conscience de comment il y a des problèmes de consentement dans les films Disney. Et à partir des années post-MeToo, les étudiants et les étudiantes arrivaient avec ça comme acquis.
Donc en fait, c’est aussi un laboratoire d’études des prises de conscience politiques des générations qui ont une vingtaine d’années, où je vois évoluer justement ces réflexions et ces prises de conscience. Et c’est vrai que la question des dynamiques familiales, c’est quelque chose qui revient souvent, parce que ça traverse les films populaires.
Et c’est vrai que la question de l’émergence des figures de nouveaux-pères dans le cinéma populaire, c’est un sujet qui est assez fascinant à traiter aujourd’hui, et d’autant plus quand on est réalisatrice de documentaires, parce qu’en fait, les représentations qu’il y a dans les films, elles vont influencer notre imaginaire collectif, mais la façon dont on les reçoit, ça dit aussi des choses sur comment on perçoit le monde, et donc d’y réfléchir dans des films multiples, ça alimente aussi ta réflexion en tant que réalisatrice de toi, qu’est-ce que tu racontes.
Donc voilà, pour des films féministes, se poser la question de c’est quoi l’évolution de la masculinité, de la paternité dans les films, c’est un sujet un peu central aujourd’hui.
Sara : Ça fait du bien de t’entendre dire ça, qu’il y a une évolution au niveau de la perception, de la compréhension du consentement chez les étudiant·es d’aujourd’hui, parce que c’est vrai que sur plein de sujets, on se dit on est tellement à des années de lumière, il y a tellement encore des milliards de trucs à changer, on n’a pas bougé, des choses comme ça où parfois on recule même sur certains sujets, donc ça fait plaisir à entendre. Merci.
Nina Faure : Oui, mais alors sur ce point, moi je trouve ça très important, je pense que ce à quoi on assiste, c’est pas tant des évolutions constantes qu’un rapport de force entre des espaces sociaux plutôt réactionnaires qui essayent de maintenir des idées, on va dire, patriarcales, masculinistes, classistes, racistes, et d’autres espaces qui essayent de construire un projet d’émancipation, une réflexion collective.
Sara : Oui, c’est sûr, c’est pas partout.
Nina Faure : Et voilà, c’est pas partout, mais du coup, c’est vrai que parler avec les étudiants et les étudiantes, on voit quels sont les acquis, les bases, et en fait notamment sur les questions qui nous traversent, nous, genre race et classe, il y a vraiment une jeunesse au travail là-dessus, de façon très pointue, et qui intègre aussi, et ça c’est très récent, les questions de santé mentale, et cette génération-là, la de la vingtaine, fait un énorme travail là-dessus aussi, y compris dans prendre le courage de parler de ça au sein des classes, au sein de l’université, demander un certain confort, une attitude des enseignant·es, et aussi je le dis, d’affirmer des identités de genre qui sont des fois pas acceptées par les administrations. Enfin, parenthèse fermée, mais ça me paraît important de le dire quand même.
Sara : Oui, en effet. Donc sur cet épisode d’aujourd’hui, sur les nouveaux pères dans le cinéma populaire, est-ce qu’on pourrait le démarrer déjà par une définition de deux concepts finalement : qu’est-ce qu’on entend par “cinéma populaire”, et qu’est-ce qu’on entend par l’expression “nouveaux pères” ?
Nina Faure : Oui, alors bon, c’est vrai que sur le cinéma populaire, je prends une définition assez vaste, ça va être de dire des films de grand public en fait, qui vont être vus par beaucoup de monde, et c’est vrai que notre corpus, il peut aller du blockbuster états-unien à la comédie française, aux films d’auteur aussi, enfin, cinéma populaire dans le sens représentation collective à grande échelle. J’inclus des séries, des produits culturels et des contenus assez vastes, audiovisuels, qui impactent notre imaginaire collectif.
Sara : Et du coup, “nouveaux pères”, ça recouvre quoi, qu’est-ce que ça veut dire ?
Nina Faure : C’est vrai que cette expression, quand on cherche un petit peu, n’est pas nouvelle, il y a tout le temps des nouveaux “nouveaux pères”, et elle peut être plus ou moins utilisée vraiment dans différents contextes.
C’est vrai qu’on trouve des chercheurs qui en parlent dès les années 70-80, par exemple il y a un chercheur qui s’appelle Dupont, qui en parle dans Les Pères et la paternité, on va avoir différentes acceptions, comme ça, mais je pense que derrière ce mot de “nouveaux pères”, il y a surtout une utopie collective, c’est-à-dire l’idée et puis l’espoir qu’il y ait un changement dans la répartition des rôles genrés parentaux et que ce changement vienne des hommes eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils prennent leur part du travail gratuit, qu’ils acceptent une nouvelle répartition des rôles, et pour définir un petit peu ce que ça pourrait être un nouveau père, dans le cinéma populaire, je voulais vous passer un petit extrait de la série Bref 2.
[Extrait de Bref 2 – Séquence “Super Papa !”]
Kyan Khojandi en voix off : Quand j’ai connu Baptiste, il y a 15 ans, il était complètement à l’arrache. Il n’a jamais réussi à garder un hamster vivant plus d’une semaine.
Baptiste : Oh non, Cracotte ! Oh merde, Cracotte Junior ! Oh merde, Cracotte 3 !
Kyan Khojandi en voix off : Mais depuis qu’il a un enfant…
Baptiste : Bon hé, et puis vous arrêtez de venir embêter ma fille comme ça ! Et puis tu dis à tous tes amis les monstres que si vous voulez des cailloux verts ou je sais pas quoi, ben vous allez sur Le Bon Coin, mais vous arrêtez de débarquer la nuit, hein ! Dis donc !
Baptiste : Bravo chérie, t’as été super, t’as été très courageuse. Bravo, je t’aime. Bonne nuit.
Kyan Khojandi en voix off :
Il est devenu… “Super Papa !”
Il encadre les dessins comme si c’était la Joconde. “Super Papa !”
Il a trois doudous, comme ça si elle en perd un, il en a un. Et si elle le perd, il en a encore un. “Super Papa !”
Quand elle fait un objet en pâte à sel, il le met en vente sur Le Bon Coin et il l’achète avec un autre compte.
Baptiste : Chéri, viens voir, viens voir ! Regarde, t’as vendu ta carapace 5 euros !
Enfant : Oui !
Et en plus, c’est Yoshi qui l’a acheté !
Enfant : Oui !
Baptiste : Oh ouais !
“Super Papa !”
Kyan Khojandi en voix off : Avant, quand il cuisinait, c’était ça.
Baptiste : Petit ingrédient secret, là. Le ketchup, directement dans la casserole avec les pâtes. Comme ça, la flotte, elle est imbibée de ketchup. T’as vu ?
Kyan Khojandi en voix off : Et à moi, ça. Maintenant, il fait ça.
Enfant : Ouah !
“Super Papa !”
Kyan Khojandi en voix off : Avant, il se couchait à 7h du mat’.
Maintenant, il se lève à 7h du mat’. “Super Papa !”
Avant, il voulait toujours gagner aux jeux.
Baptiste : Et voilà !
Voix d’hommes :
Non, non, non, non, vous n’en faites pas, il se calme !
Non, non, tout le monde fout !
Kyan Khojandi en voix off : Et maintenant…
Enfant : Je demande le père.
Baptiste : Le père, le père, le père, le père. Bien joué.
Nouvelle question pour trois Camemberts. Combien t’as de doigts sur ta main ?
Enfant : Quatre.
Baptiste : (silence) Ils disent à peu près bonne réponse ! Super !
[Fin de l’extrait de Bref 2 – Séquence “Super Papa !”]
Sara : Euh, ok (rires) merci pour cet exemple (il y en aura probablement d’autres) ; la question que j’ai là qui me vient, c’est est-ce qu’on dit “les nouveaux pères”, au pluriel. Est-ce qu’on pourrait dire pour “le nouveau père”, est-ce que ces personnages répondent à un seul et même archétype unique, ou est-ce qu’il y a une multiplicité dans les archétypes de ces nouveaux pères ?
Nina Faure : C’est vrai que cette séquence, elle m’intéresse parce que finalement elle vient s’inscrire en contre d’un autre archétype, qui serait l’idée qu’il y a des pères qui ne sont pas des super-papas, qui sont des pères traditionnels et finalement des patriarches et en fait j’ai à la fois envie peut-être de passer un deuxième extrait de Bref 2, qui va nous permettre de comprendre c’est quoi la figure contre laquelle se construit cette idée de super-papa et de nouveau père.
En gros, là, dans cet extrait on l’a vu c’est Baptiste Lecaplain qui joue, et donc son rôle c’est Baptiste, ça va être le père qui prend soin, le père qui joue, qui est présent, qui amène tout un imaginaire magique dans le quotidien de sa fille et ce à quoi le narrateur va répondre par un questionnement sur son enfance à lui.
[Extrait de Bref 2 – Séquence du Plongeoir]
Kyan Khojandi en voix off : Et puis un jour, il s’est passé ça.
Baptiste : Il a l’air trop cool, le plongeoir. On y va ?
Kyan Khojandi : Non, je déteste ça.
Baptiste : Et toi, chérie, tu veux plonger ?
Gloria (sa fille) : Mais j’ai peur.
Baptiste : Alors regarde ce qu’on fait. On monte tous les deux sur le plongeoir, tu sautes et tu vas voir c’est trop rigolo.
Gloria : D’accord !
Baptiste : Ok, trop bien !
Kyan Khojandi en voix off : C’est là, au moment où j’ai vu Baptiste encourager Gloria que j’ai compris un truc.
[Flashback]
Père de Kyan Khojandi : Et bien vas-y, saute ! Allez ! Oh ! (…) Et allez, il chiale. Mais chiale pas, t’as pas un bébé ! Oh ! (…) Allez, faites de la place. Poussez-vous. Laissez passer le gros bébé.
Moi, à ton âge, je sautais directement dans la mer du haut des rochers. Trois fois plus haut.
[Fin du flashback]
Gloria : C’était trop bien, on recommence ?
Baptiste : Tu veux refaire ? Vas-y, trop bien, on y va. Bravo, bravo, bravo ! Mais t’as trop bien plongé !
Kyan Khojandi en voix off : Mon père n’a pas été un super papa.
[Fin de l’extrait de Bref 2 – Séquence du Plongeoir]
Nina Faure : Donc voilà, là c’est le narrateur, Kyan Khojandi, qui est le réalisateur aussi, qui raconte sa prise de conscience que son père à lui n’était pas un super papa. D’ailleurs c’est intéressant dans cette séquence, là on n’a pas l’image, mais vraiment le père il est à la piscine, il a un petit côté à la Alain Delon dans cette séquence et c’est assez frappant d’avoir choisi cette figure-là, finalement de héros, aussi du cinéma populaire, avec un côté très beau, très viril, mais qui en même temps est extrêmement maltraitant au point de faire pleurer son enfant et de l’humilier en public.
Donc là on aurait un peu comme on va dire deux archétypes qui s’affrontent avec un modèle patriarcal, brutal, qui prend peu en compte les émotions de son fils et lui interdit de pleurer et d’un autre côté un papa joueur avec sa petite fille qui va être beaucoup plus positif et créer une prise de conscience chez le narrateur.
Sara : Donc en fait le nouveau père est le père présent et plus attentif et compréhensif envers ses enfants, il est présent aussi dans la sphère domestique, de ce que je comprends du premier extrait, là où les anciens pères sont plus brutaux, violents et moins présents dans les affaires quotidiennes ?
Nina Faure : Alors c’est ce que veut nous montrer la série, en tout cas c’est le parcours, qui pose aussi d’autres questions, parce qu’il y a autour de cette expression des nouveaux pères, il y a quand même aussi toujours la question qui vient avec, qui est est-ce un vrai phénomène ou une arnaque ? Il y a une bande dessinée qui s’appelle L’Arnaque des nouveaux pères qui a été publiée d’ailleurs dans ce sujet-là et en fait du coup la question qu’on peut mettre au travail aujourd’hui, c’est cette expression qui tient dans l’idée qu’il y a des rôles parentaux et paternels qui se réinventent et avec l’idée que, sous-entendu que les nouveaux pères finalement reprendraient aujourd’hui des caractéristiques jusqu’ici réservées aux mères, notamment le travail de care, est-ce que c’est d’une part réel, d’autre part, quels critères on peut utiliser pour qualifier qu’il y a une vraie transformation ?
Du coup c’est vrai que tout dépend de ce qu’on prend comme référentiel et comme niveau d’exigence, c’est-à-dire que là dans la séquence on va avoir un nouveau père qui effectivement est capable de jouer avec sa fille, de lui faire à manger et un peu plus tard de lui offrir un cochon d’Inde, ce qui est un travail parental remarquable mais pas non plus exceptionnel et donc en fait si on prend des petites jumelles et qu’on est d’un naturel optimiste, on peut aussi un peu scruter ce spécimen du nouveau père, spécimen rare par ailleurs puisque ça reste une représentation assez peu développée, enfin en tout cas dans notre imaginaire on y croit beaucoup mais on le voit peu et du coup voilà on peut en le guettant essayer de faire monter un peu le niveau d’exigence, alors c’est quoi le nouveau père ?
Est-ce que c’est changer des couches, savoir étendre le linge ? Est-ce que c’est ne pas résoudre sa frustration avec la colère et la violence, ne pas casser des objets quand on n’est pas content mais aussi avoir un recul sur soi, sur l’enfant, sur son état psychique, avoir une idée de ce que c’est accompagner un autre être humain, tout ça en fait, toutes ces questions, ce qu’on voit beaucoup faire les mères mais qui est assez peu traité pour le coup dans le rôle qu’on prend là dans Bref 2 parce que son rôle va se limiter à quand même, dans les séquences où l’on le voit et qui impressionne beaucoup son ami, créer de la magie autour de sa fille, alors magie qui est aussi souvent basée sur du mensonge ce qui peut être un peu ambivalent puisqu’il lui fait croire qu’il va combattre des monstres pour la sauver, il la fait gagner au jeu alors qu’elle perd et il fait croire qu’il y a Yoshi qui a acheté son objet, sa carapace sur Le Bon Coin, bon non mais ça se questionne aussi comme représentation positive, est-ce que c’est une bonne éducation ?
Sara : Et est-ce que ces nouveaux pères dans le cinéma ou dans les séries, c’est une représentation de la parentalité qui évolue ? Est-ce que ce n’est que ça ou est-ce que ça représente d’autres choses ? Est-ce que ça vient tirer d’autres fils ?
Nina Faure : Oui, alors c’est une très bonne question et je pense qu’à partir de ce tableau qu’on dresse initialement, on peut essayer de comprendre ce qui se joue et c’est ça qu’on va essayer de décortiquer maintenant, de voir déjà d’une part à quoi ça fait écho, qu’est-ce que ça représente cette figure mais aussi en quoi est-ce qu’elle est vraiment un renouveau, une nouveauté, un basculement ou est-ce qu’elle rejoue d’autres schémas différemment, ce qui est un peu intéressant à regarder.
Moi j’ai l’impression que si je reste une dernière fois sur cette séquence-là, il y a quelque chose qui m’a frappée dans l’étude de ce film, enfin de cette série Bref 2, c’était à la fois comment beaucoup de monde en la voyant parlait d’une prise de conscience notamment sur les schémas toxiques familiaux, la critique de cet ancien père, si on cherche en ligne, il y a énormément de témoignages de à quel point on a été bouleversés, émus de comprendre et notamment aussi des garçons, à quel point le père qui violente émotionnellement a empêché de pleurer, a eu un impact négatif sur la construction de soi. Donc ça je pense que c’est une vraie prise de conscience, une envie de faire un autre modèle.
Par ailleurs, quand on regarde dans le détail un peu ce qui se passe dans le couple de ce personnage, de Baptiste et de sa compagne Anaïs et de leur fille Gloria, il y a quand même plusieurs questions qui restent un peu à élucider dans la narration de cette série, c’est-à-dire comment Baptiste passe de faire cuire des pâtes en versant le ketchup directement dans l’eau des pâtes, à ce super papa…
Alors est-ce que c’est l’arrivée de sa fille qui fait la bascule de façon miraculeuse ou, autre hypothèse mais dont on n’a pas la réponse, est-ce que c’est un travail de longue haleine de sa compagne Anaïs qui le forme en fait à la parentalité ? Là on a un peu un bouton on/off qui en fait dans les faits sociaux, statistiques, existe assez peu.
C’est pour ça qu’on peut faire l’hypothèse que dans la vraie vie Anaïs n’y serait pas pour rien, puisque en fait dans les grandes études notamment INSEE sur la prise en charge des tâches domestiques, ce qu’on voit c’est que les évolutions sont assez lentes et que notamment l’évolution de la prise en charge des tâches au quotidien est plutôt constante dans l’inégalité, avec des chiffres en fait assez stagnants depuis les années 80, c’est-à-dire voilà des hommes qui ont toujours plus de temps libre par jour que les femmes dans les couples hétérosexuels.
Et alors quand on s’intéresse aux évolutions (on avait vraiment étudié ça dans Notre corps nous-mêmes), il y avait un chiffre qui nous avait marqué, c’était une augmentation du temps parental des hommes qui a progressé de 20 minutes en moyenne par semaine depuis les années 80, mais que l’INSEE attribuait à la hausse des séparations en fait, c’était la moyenne du temps consacré aux enfants, notamment sur les gardes alternés et les week-ends, puisque c’est la plupart, c’est la majorité des cas sur les couples séparés.
Tout ça pour dire que Super Papa a probablement eu une super formatrice.
Sara : Est-ce qu’on retrouve les mêmes représentations dans les blockbusters états-uniens, dans les grands films d’action, les Marvel et compagnie, ou les films de zombies ?
Nina Faure : Oui en fait il y a des constantes qu’on va retrouver dans des films qui en soi pourraient ne rien avoir à voir entre eux. Quel est le point commun entre Bref 2 , The Mandalorian, des films post-apocalyptiques ou 65 : La Terre d’avant ou Le Règne animal, enfin bon voilà il y a beaucoup de figures paternelles dans ces films-là et par contre en fait on peut remarquer qu’il y a des points communs.
Je fais une dernière incise sur Bref 2 puisque quand même dans cette histoire de comprendre quel est le rôle de la mère, globalement dans cette série c’est de se taire, puisqu’elle et sa fille cumulent un temps de parole total de 53 secondes sur l’ensemble des 224 minutes de cette saison où elles apparaissent pourtant plusieurs fois, c’est-à-dire que leur temps d’existence verbale est complètement infime alors qu’on passe quand même déjà, vous l’avez vu dans l’extrait, au moins presque (et là j’ai raccourci), mais plus de six minutes à décrire comment Baptiste est un super papa.
Sara : Oui donc c’est encore autour du nombril du papa et puis la série ne passe même pas le test de Bechdel.
Nina Faure : Alors la série ne passe pas le test de Bechdel, c’est effectivement pour ça que j’avais fait toutes ces calculs qui sont un peu laborieux mais quand même éclairants, qui m’avaient amené à découvrir que sur les 224 minutes de la série il y a 22 minutes de temps de parole de femmes, de tous les personnages féminins, et que donc les hommes (hors le narrateur) parlent plus en cumulé dès le début du troisième épisode, donc on est vraiment dans une inégalité d’accès à la parole énorme mais qui rejoint un point commun de ces figures paternelles au cinéma, c’est qu’elles prennent de la place. Et je dirais c’est le premier point vraiment, ils occupent l’espace, ils mènent l’action, ils gardent une centralité dans le récit et dans la parole, et ça en comparaison aux personnages féminins.
Bon ça j’y reviendrai, mais d’une part ils prennent de la place et d’autre part ils gardent des rôles malgré tout assez genrés, dans le sens où il y a un peu des rôles infranchissables, c’est à dire qu’on va à la limite peut-être poser des questions sur les émotions des enfants dont on s’occupe dans les films dont je parle, mais il y a certaines missions de l’ordre de la couche ou de l’alimentation qui sont quand même sous-représentées.
Je pense à une scène qui m’avait pas mal marquée, c’est une série Disney qui est autour de Star Wars qui s’appelle The Mandalorian, où c’est Pedro Pascal qui joue ce personnage et qui s’occupe d’un bébé Yoda. Le bébé Yoda il a un autre nom dans la série mais pour que vous voyez qu’il est très mignon, et en fait c’est vrai que pendant toute cette série, bébé Yoda, tout le temps où lui le récupère, il n’a pas besoin ni de manger, ni de soins particuliers, alors je me disais c’est sûrement que quelque part on s’en fiche dans le scénario… Sauf que quand ils arrivent dans une exoplanète, il y a une femme et qui les rencontre et la première chose qu’elle fait c’est leur proposer du care et donc de manger et de s’occuper du bébé Yoda comme s’il était un bébé. Et donc quand il est avec son papa, c’est un papa de transfert qui prend soin de lui, bébé Yoda déploie des caractéristiques d’autonomie tout à fait exceptionnelles pour son âge, mais dès qu’une femme est dans les environs, il a le droit de redevenir le bébé qu’il est.
Et donc finalement il y a certaines frontières du care qui sont préservées, probablement pour ne pas dé-viriliser les personnages, puisqu’aussi, l’autre quand même point commun de ces rôles masculins, c’est qu’ils sont souvent incarnés par des icônes de la virilité, notamment dans les grands films populaires – alors de la virilité ou de la masculinité. Donc on va avoir Adam Driver, Will Smith, Pedro Pascal, Daniel Craig, enfin voilà il y a en France Romain Duris, des figures qui sont masculines très identifiées.
Sara : Donc en fait c’est comme si les nouveaux pères avaient gardé, conservé tous les attributs qu’on voit comme aujourd’hui positifs de leurs pères, de leurs ancêtres, mais qu’en plus viennent se greffer un certain nombre de qualités ou d’activités qu’on exige aujourd’hui, que la société exige d’eux. Est-ce que c’est une espèce de synthèse de ces deux éléments-là ?
Nina Faure : Alors au-delà de ça oui, j’aurais tendance à dire qu’ils vont à la fois adopter des codes du travail parental, c’est-à-dire qu’on va pouvoir s’y projeter comme des pères qui font mieux que les précédents, puisque quand même ils sont là présents à l’écran avec un enfant, sachant que les enfants, si on reprend d’autres figures, ne serait-ce que de James Bond ou Alain Delon, ne sont pas présents dans les récits. Donc ils existent en tant que pères, mais par ailleurs sans franchir certaines frontières du care, et sans visibiliser le travail maternel qui peut exister par ailleurs. Donc il y a une forme de figure d’appropriation, et en fait finalement de figure de père maternant, mais maternant encore une fois dans une certaine limite, mais quand même.
Et ce qui est intéressant c’est qu’il y a une chercheuse qui a écrit ce livre Ce que le féminisme fait au cinéma, qui s’appelle Hélène Fiche – un livre que je vous recommande grandement – et qui explique, alors elle a étudié les films de grand public en France des années 70, et justement elle dit que déjà elle voit comme une réaction finalement au mouvement féministe des années 70, la progression de cette figure des pères maternants dans le cinéma français, que moi je pense qu’on retrouve aujourd’hui dans les films grand public en général.
Sara : Ok, et donc de ce que je comprends, dans la plupart des grands films blockbuster et compagnie, les pères sont présents en tant que pères et s’occupent de leurs enfants sur des tâches plutôt pas trop ingrates, on va dire, un peu nobles, du genre jouer avec ou leur apprendre quelque chose, les accompagner dans un développement particulier, mais pas sur des tâches un peu répétitives, quotidiennes et plus ingrates ?
Nina Faure : Alors d’une part, mais d’autre part, en gardant le schéma le plus classique, c’est surtout qu’ils sont là pour sauver les enfants et sauver le monde. Ils gardent la centralité du récit, leur moyen d’action c’est vraiment d’affronter – en fait on est dans des schémas de sauveurs classiques dans la plupart de ces films, et ils ont à charge un enfant.
Alors il y a quelque chose qui est intéressant et qui m’a pas mal interrogée aussi, c’est est-ce que c’est pas une façon (enfin je dis un enfant ou une jeune fille), est-ce que c’est pas une façon aussi de transformer le récit du sauveur, le schéma narratif – alors des fois on dit un “trope” pour un schéma narratif, c’est comme un stéréotype narratif –donc le trope du sauveur blanc qui est très très fréquent dans tous les films d’action qu’on regarde, qui est un homme qui va arriver et affronter des ennemis et sauver une situation.
Dans les années 60, 70, 80 voire 90, on a ce trope qui est beaucoup porté avec une dynamique où il y a une femme à sauver, dynamique qui a été énormément critiquée depuis longtemps pour son sexisme. Le fait de remplacer ces personnages féminins par des jeunes filles ou des enfants, ça enlève la partie sexiste, puisque en fait finalement l’écart entre les personnages se légitime par l’écart d’âge, ce qui fait qu’on a les mêmes personnages masculins, les mêmes acteurs qui vont avoir 40, 50 ans, qui peuvent garder ce rôle central, et en fait on peut garder le même schéma narratif, le même scénario, en remplaçant l’élément femme qui nous posait un petit peu question, parce que son rôle était sexiste. Alors que si c’est un enfant, c’est quelque part plus légitime qu’il soit dominé – ce qu’on peut aussi interroger, qu’on peut vraiment questionner, mais n’empêche, j’ai l’impression qu’on a, en tout cas c’était très visible dans deux films, dans Indiana Jones et le cadran de la destinée, on va avoir une dynamique dans tout le film où c’est Indiana Jones qui se retrouve avec sa fille(qui est la fille d’un de ses amis), et le récit va être mené avec eux, mais lui il va tout le long être à l’image avec une jeune femme très belle en fait.
Autre façon de ne pas mettre des partenaires de son âge, et son ancienne compagne (qu’on a vue dans Les aventuriers de l’arche perdue), Marion, arrive à la fin, mais n’a pas la centralité du récit, alors que lui, Harrison Ford, à presque 80 ans (je crois) peut encore jouer son rôle de héros sauveur.
Sara : On a l’impression comme ça, en première lecture, que c’est peut-être un peu moins sexiste, parce que l’objet de la quête du héros, c’est plus une femme mais un enfant, et finalement ça reste sexiste, mais autrement, puisque justement les mères lorsqu’elles sont représentées (si femme il y a et si mère il y a), pas du tout, comme tu disais, ne sont pas du tout centraux, et comment est-ce qu’ils sont représentés ces personnages-là ?
Nina Faure : Alors ces personnages féminins maternels, c’est là que ça révèle en fait peut-être encore plus quel est l’intérêt de ces récits, comme on le disait, de garder une centralité des personnages masculins et de leur laisser le lead sur ce qui se passe en fait, de préserver leur place dans la société, tout en faisant croire qu’il y a une évolution, et tout en nous faisant miroiter qu’il y a enfin des papas valables.
En fait, tout ça pourrait être très bien si par ailleurs il n’y avait pas ce dont on parle, c’est-à-dire cette invisibilisation des femmes qui vont avoir le même âge que ses acteurs, mais en plus s’il n’y avait pas la construction de figures maternelles défaillantes ou absentes.
Et là, je pense à plusieurs films, je reparlai du Règne animal en France où on a ce film où c’est une mère défaillante en transformation, mais j’aimerais revenir à ce qu’en dit Hélène Fiche, parce que c’était déjà le cas dans la question dont je parlais tout à l’heure du travail des pères maternants présents dans le cinéma des années 70, et j’aimerais lire un extrait de son livre qui est très éclairant, ce qu’elle nous dit après avoir cité de nombreux films où il y a des pères qui ont tous en commun d’élever leurs enfants seuls en l’absence de la mère décédée (qui est soit décédée soit qui a disparu) donc dans Ce que le féminisme fait au cinéma, page 235. stratégique des pères autour des valeurs qui demeurent positives, comme celle du care traditionnellement associée à la maternité.
“En remplissant seul cette fonction de care, c’est un patriarche amendé qui reprend une place centrale au sein du foyer et qui redevient chef de famille, ce qu’il aspire toujours à être. La multiplication des pères maternants sur les écrans témoigne ainsi d’un repositionnement opportuniste de figure de patriarche, en même temps qu’elle contribue à nourrir le discours anti-féministe selon lequel les femmes auraient sacrifié leurs enfants dans leur quête d’émancipation. Cette figure témoigne donc autant de la déstabilisation de valeurs patriarcales par le mouvement féministe que de la contre-attaque collective des patriarches pour trouver leur position sociale.”
Sara : Quand tu décrivais le fait que ces personnages masculins n’avaient potentiellement plus de partenaires femmes de leur campagne, mais qu’une façon de conserver des personnages féminins à l’écran, et plus jeunes, et de le justifier, c’était justement qu’il y ait des jeunes filles, des jeunes filles à sauver ou sur lesquelles il y a une relation particulière, ça m’a fait penser à Taken, avec Liam Neeson, et je pensais aussi à 24 heures chrono.
Je me dis que c’est la jeune fille, l’adolescente qu’il faut aller sauver, mais je me demande si justement ces pères qui sont, je ne sais pas si agents secrets ou que sais-je, c’est comme des pères, ce n’est pas le papa comptable ou agriculteur au hasard, en fait est-ce qu’on peut les classer dans cette catégorie de nouveaux pères, lorsque toute la trame du film ou de la série, c’est “juste” entre guillemets d’aller sauver leurs filles et des grands méchants ?
Nina Faure : Moi je pense que oui, parce qu’on y voit collectivement un progrès et on peut rentrer dans la catégorie en tout cas de l’arnaque des nouveaux pères, c’est-à-dire qu’on est tellement assoiffé·es de rôles paternels qui ne soient pas les anciens pères, les pères violents, les pères maltraitants, qu’on est collectivement très prompt à adhérer à des types de récits où tout d’un coup notre héros viril va aussi avoir une fibre parentale.
Sara : Ok, donc en gros c’est comme s’il y avait deux stéréotypes de nouveaux pères, il y a celui qui est là dans le quotidien, qui s’occupe, qui amène l’enfant à l’école, qui s’occupe potentiellement d’un dîner etc, mais il peut y avoir aussi le père super-héros.
Nina Faure : Non mais pour moi c’est la même chose, c’est-à-dire qu’en fait mettre en scène dans les films populaires le travail parental de cette façon, parce que dans le quotidien on le voit très peu, c’est hyper minoritaire le super-papa de Baptiste, moi si j’en parle c’est parce qu’on a un rôle de père positif, mais en fait finalement est-ce qu’il est très loin des autres dont on parle là ? Il va aussi enjoliver le quotidien, il va être là pour s’occuper de sa fille, amener un peu de magie, l’assauver des monstres, c’est quelque part la même chose, et pas là pour construire un projet qui permette la sécurité de l’enfant sur le long terme.
Les exemples que tu cites sont très parlants, et en fait j’ai envie d’en citer d’autres, parce que je regardais Jurassic World 2025 de Gareth Edwards, où en fait on commence avec la figure du papa divorcé qui est sur un bateau avec ses deux filles, et qui dit en gros “dites pas à votre mère, si nous arrive un truc elle va encore râler”, et en fait il les amène quand même sur une île avec des dinosaures, donc bon elle a quelque part raison d’être inquiète quand la garde alternée est un week-end sur deux, et lui a l’air d’être dans cette critique-là, et là encore une fois la mère n’est pas du tout représentée, à part pour cette petite pique du genre “elle est toujours à s’inquiéter”, alors là visiblement elle a raison,
Sara : Oui et “elle est chiante”.
Nina Faure : Ben oui, oui, sous-entendu effectivement elle est pénible, et puis “moi je suis sur la sellette de la justice, si je veux vous voir…”, alors qu’il va passer les deux heures qui suivent à les mettre dans tous les dangers de vie et de mort, mais que le sous-texte c’est de dire c’est quand même important, parce que le rôle des pères c’est de construire l’aventure, c’est de construire la relation à l’adversité, et c’est un peu de mettre des étoiles justement loin du quotidien, alors moi ma question c’est, est-ce que cette représentation-là du papa qui amène à l’aventure, qui protège, qui affronte les méchants, c’est quelque chose de vraiment positif, ou est-ce que c’est pas aussi le signe qu’on laisse à ces pères-là, la possibilité d’exposer la vie de leurs enfants, de faire de la mise en danger sans en payer les conséquences en fait ?
Je veux pas spoiler un film comme Sirāt que beaucoup de monde a vu, mais il n’empêche qu’on est aussi dans la figure d’un père qui va être dans un rapport à ses enfants, où ceux-ci ne sont pas en sécurité. Or, il me semble qu’une des bases fondamentales du travail parental, ça va être de maintenir les enfants dans un espace sécure, que ce soit physiquement et psychiquement.
Sara : Oui, mais est-ce que finalement c’est pas quand même assez proche de la réalité, dans le sens où pas tous les papas vont nous amener sur une île avec des dinosaures, mais les pères, lorsqu’ils sont investis, souvent vont s’occuper d’amener les enfants au sport, ou sinon, s’il y a une garde alternée, ça va souvent être pendant les vacances, donc les moments un peu fun, un peu différents, un peu magiques, là où les mamans, encore une fois, font tout le quotidien, l’aide aux devoirs, la douche, le bain, la cuisine, tout ça ?
Nina Faure : Alors, tout à fait, oui, oui. Et moi, ce qui me questionne, en fait, c’est la survalorisation de ces moments d’exception et de ces moments de mise en danger dans ces récits-là, parce qu’en fait, ça conforte quelque part que c’est leur rôle et que c’est ça qu’ils doivent faire en tant que parents.
Ce que je questionne, vraiment, parce que là-dedans, ce qui est soi-disant une dynamique pour, dans ces récits-là, pour sauver les enfants, c’est aussi des dynamiques de mise en danger. Et même, j’irai plus loin, je pense que c’est des dynamiques d’appropriation et d’accaparement psychique, en fait.
Sara : D’accord.
Nina Faure : Il y a un film, là-dessus, pour moi, qui est très éclairant, qui est Mourir peut attendre. Donc, c’est un James Bond, celui dont je vous parlais avec Daniel Craig de 2021. En fait, on a dans un James Bond l’apparition d’une petite fille, ce qui est quand même une nouveauté.
James Bond a un enfant. Là, on a vraiment la figure de la mère défaillante, en tout début de film, qui est présentée comme droguée dans un foyer où il y a des miettes de partout. (Enfin, il y a des gros plans sur les miettes, ça m’avait marqué pour dire qu’elle ne fait même pas le ménage, vous voyez.) Et donc, lui, par contre, aujourd’hui, il est avec Léa Seydoux. Donc, on a bien l’écart d’âge qui est respecté, tout ça. Et il y a cette petite fille.
Et moi, il y a une scène qui m’a vraiment beaucoup questionnée. Alors, pareil, je spoil, mais sur la fin du film où, en fait, le père va être dans une espèce de mort sacrificielle pour sauver sa fille et sa compagne et le reste du monde. Il va y avoir un plan comme ça, où face à la bombe qui lui arrive dessus, il a le doudou de sa fille accroché à sa ceinture.
Sara : Ooooh, pff…
Nina Faure : Et en fait — alors, je t’entends réagir. C’est quoi qui te fait réagir ?
Sara : Non, vas-y, pardon.
Nina Faure : Non, non, vas-y, vas-y, parce que je suis curieuse de qu’est-ce que ça te dit.
Sara : Je me dis, mais c’est tellement mytho. J’y crois pas une seule seconde et ça fait vraiment le sauveur qui a tout prévu, qui a pensé à ça.
Nina Faure : Oui, mais en fait, je suis d’accord. On sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas à cet endroit-là. Et en fait, en essayant de l’analyser, de le mettre en rapport avec d’autres films, ce qui ne va pas, c’est la mise en scène de son propre martyr, soi-disant au service de l’enfant.
Je pense, là, on a une forme vraiment d’appropriation émotionnelle et je pense aussi une forme de chantage affectif, c’est-à-dire à quel moment le rôle d’un parent, c’est de créer des images aussi traumatisantes pour ses enfants, y compris sur sa propre mort tragique. Je ne dis pas que ce n’est pas tragique, un personnage qui meurt, mais en fait, il y a quelque chose de très peu altruiste, d’en présenter à notre imaginaire collectif des morts de pères si violentes.
Sara : Est-ce que dans le cinéma, finalement, là où les pères sont représentés dans leur parentalité, ce n’est pas un élément, un ingrédient de valorisation, là où lorsque les femmes sont représentées en tant que mères, pas du tout (ou moins) ?
Nina Faure : Oui, c’est sûr qu’il y a vraiment, dans tout ce qu’on décrit là, quelque chose de la construction, d’une valorisation, en tout cas de leur créer une importance gigantesque. Et en fait, il y a vraiment un autre syndrome que là je suis en train de constater et que j’appellerais bien le syndrome de Socrate, c’est la mise en scène des morts traumatiques des pères. Vous connaissez l’histoire de Socrate, qui va boire la ciguë après une condamnation à Athènes, et il a tous ses disciples qui vont assister à sa mort et qui vont ensuite porter sa parole.
Quelque part, quand on regarde Game of Thrones, on va avoir la mort de Ned Stark, qui est complètement traumatisante en début de série et qui va justifier que tous ses enfants passent toute la série à essayer de le venger. On va avoir, donc là je vous disais, dans Mourir peut attendre, ce père qui se sacrifie avec ce doudou à la ceinture. On va avoir dans The Walking Dead, la mort de Glen, qui est un élément hyper traumatique. En fait, et là aussi spoiler sur The Last of Us, mais pour les personnes qui ont vu la saison 2, je pense qu’on a aussi cette mort hyper violente du personnage de Joël, qui fait que sa fille de cœur va consacrer le reste de ses jours à le venger.
Quelque part, je questionne à la fois la valorisation de la figure paternelle que ça recouvre, puisqu’on ne peut pas exister sans lui. Même dans la mort, toute notre vie est consacrée à les venger. Il y a quelque chose de tragique, mais aussi de traumatisant collectivement.
Sara : Je suppose que la majorité, si ce n’est 100% des exemples que tu as cités, de matériaux culturels qui représentent ces nouveaux pères sont réalisés ou imaginés, écrits par des hommes. Pourquoi et surtout pour qui c’est important de mettre en scène ces nouveaux pères ?
Nina Faure : J’ai l’impression qu’on est face à un moment où une réaction collective de tentative à la fois de créer des nouvelles représentations familiales et de résistance à questionner profondément le pouvoir incarné par les pères dans la société.
Je pense qu’en tension, dans tout ce qu’on raconte là, il y a cette recherche presque désespérée du nouveau père, l’aspect tragique qu’elle implique avec parfois leur mort. Et en même temps, la possibilité de questionner en profondeur leur pouvoir dans l’imaginaire des réalisateurs, des réalisatrices, comme dans notre imaginaire collectif.
C’est très dur de s’outiller contre ça et de se dire qu’on a envie d’investir d’autres récits à cette hauteur-là de figures parentales qui ne soient peut-être pas forcément hétérosexuelles, qui ne soient pas forcément masculines.
Sara : Oui, justement, c’était ma question suivante. On a beaucoup parlé de schémas hétéros… Je voulais faire peut-être aussi une petite parenthèse sur – là ça me revient – les papas veufs.
Il y a beaucoup de films des années 80-90, je dirais, où il y a des pères veufs. Et je suis en compte Instagram d’un gars qui revoit, relit des œuvres anciennes avec un certain nombre de choses qui sont déconstruites depuis. Et on se rend compte qu’il y a beaucoup de choses assez incestueuses dans ces relations qui sont assez malsaines.
Je n’ai plus les noms des films ou des séries en tête. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, en revoyant des choses, je ne sais plus si dans Casper, il y avait quelque chose de cet ordre-là. Mais oui, ça aussi, c’est quand même assez dérangeant de les relire, de les revoir aujourd’hui.
Nina Faure : Tout à fait, c’est ce qu’on n’a pas cité, mais ça fait partie de la recherche que je mène sur la question de remplacer des femmes jeunes par des jeunes femmes, par des très jeunes femmes. C’est aussi la dynamique incestuelle qu’il va y avoir là-dedans. Mais en fait, finalement, c’est incestuel.
Ou des fois, dans ces films-là, que tu cites directement incestueux, on a Beau-père de Bertrand Billet, où il va y avoir une mère qui meurt et puis il y a une fille qui tombe amoureuse de son beau-père. Alors bien sûr, c’est toujours la faute des enfants.
Sara : Oui, bien sûr !
Nina Faure : On va avoir dans ces films, un moment d’égarement qui sont réalisés par les pères, puis par leurs fils du cinéma français, où on va avoir des adolescentes qui vont sauter sur des hommes qui ont l’âge de leur père.
Sara : Bien sûr !
Nina Faure : Et les mères sont effectivement toujours absentes. C’est encore ce point commun, ce qui est une façon de laisser libre cours à l’appropriation des corps et des sexualités des enfants. Et ça, c’est une des définitions du patriarcat.
Quand je parlais d’appropriation psychique, on a un continuum entre l’appropriation psychique, physique, des fois sexuelle de façon même pas dissimulée, et en plus le droit de vie ou de mort avec des mises en danger de la bonne volonté du père. C’est quelque part toutes ces représentations de pères au cinéma qui sont censées nous amener à quelque chose de positif, sont en fait des démonstrations de toute puissance.
Sara : D’accord, oui.
Tu le disais, en effet, là on a parlé beaucoup de schémas hétéros, quid des schémas et des configurations de parentalité moins traditionnelles, que ce soit des familles homoparentales, ou même potentiellement de la coparentalité en dehors du couple ?
Nina Faure : Oui, c’est des représentations très minoritaires pour le coup, mais effectivement cette année on a pu avoir la chance d’avoir des films de cinéma français, je pense à Des preuves d’amour de [Alice] Douard qui sont sortis, où on va avoir des tentatives de représenter au moins des couples qui ne soient pas hétérosexuels dans des processus parentaux, où peut-être on s’intéresse moins à des dynamiques de combat et plus à des dynamiques intrafamiliales, etc.
Moi je dirais qu’il y a deux choses qui se développent, qu’on peut observer en tout cas cette année, mais qui préexistent et qui restent minoritaires. C’est à la fois la volonté de représenter des familles non hétérosexuelles, ou alors de créer des représentations critiques de la figure des nouveaux pères, ou de la figure des pères, puisqu’en fait on a vu que le point commun dans les représentations les plus populaires, c’est cette valorisation presque sans limite de la figure paternelle.
Et du coup c’est vrai que là, si je repasse un peu en cinéma français, ces derniers temps j’ai vu notamment Touchées d’Alexandra Lamy, où il va y avoir des femmes qui se sortent de mécanismes d’emprise, y compris familiales, et donc là on va avoir une figure d’un homme ordinairement violent dans un cadre conjugal, ce qui reste quand même assez rare dans nos représentations cinématographiques en rapport à la proportion statistique de l’existence de ce type de profil. Il va y avoir On vous croit de Arnaud Dufeys et Charlotte Devillers, pareil c’est sur une dynamique là pour le coup de face à la justice, comment dénoncer un père incesteur. Ça très rare aussi finalement, mais un film entier là-dessus c’est remarquable.
Et alors je pensais à quelque chose qui m’a quand même un peu marquée aussi dans Bonjour l’asile de Judith Davis, où là on va avoir vraiment la figure justement du Baptiste dans la vie réelle, c’est-à-dire du Baptiste de Bref 2 dans la vie réelle, c’est-à-dire le père qui pense qu’il est présent, qui pense qu’il gère, qui fait tout bien, qui est écolo, qui fait des couches lavables, etc. Et en fait sa femme est épuisée, elle n’en peut plus parce qu’il est complètement à côté de tous les enjeux et qu’il reste complètement centré sur lui-même. C’est assez drôle la façon dont c’est traité.
Donc il y a quand même des tentatives à plein d’endroits, là je parle plus de cinéma français, mais de créer des figures, soit une critique, soit des contre-modèles.
Après c’est vrai que dans la représentation de la maternité un peu héroïque, je repensais à certaines scènes de La Servante écarlate avec la tentative à tout prix de porter un enfant à soi et de le mettre au monde, dans un monde hostile.
Quelque part il y a des critiques à faire aussi sur la série, mais ça reste quelque chose de très populaire et avec des rôles maternels centraux.
Sara : C’est quoi les effets de ces produits culturels sur la population, sur nous ? Les effets de ces représentations-là de pères héros, soit du quotidien, soit de grandes aventures, ou de l’absence de représentation, comme tu disais, quand les mères sont absentes. Qu’est-ce que ça fait sur les parents, ou les non-parents d’ailleurs, ou les jeunes ?
Nina Faure : Je pense que c’est euh c’est une forme… A la fois on reçoit ces images et elles alimentent en nous un imaginaire, donc elles construisent quelque part des modèles positifs et elles entrent en résonance aussi avec nos aspirations, mais nous-mêmes on façonne ces images-là avec le retour de regard et notre propre façon d’imaginer le monde.
Donc en fait c’est vraiment un double mouvement qui se fait en perpétuel parce qu’on va avoir des intentions de réalisation qui vont montrer des choses et puis c’est pas du tout sûr que les gens vont le lire comme ça.
Moi je pense que typiquement, dans le cas de Pedro Pascal, on a quelque chose d’assez intéressant qui se joue puisque c’est à la fois un acteur qui va être dans des films d’action blockbuster, traditionnellement masculin, viril, mais que ce soit ses partis pris politiques en soutien à la communauté LGBT dans la vie quotidienne et aussi cette façon qu’il a d’accepter une forme de masculinité qui est peut-être plus tendre, plus douce. Là on voit typiquement qu’on peut écrire un rôle de gros sauveur pour Pedro Pascal, on y projette sûrement des choses différentes à cause d’éléments de contexte à côté.
Je pense qu’il y a un désir ambivalent dans notre société et dans le public de à la fois trouver ces nouveaux modèles et à la fois une prévalence et une tentative à des modèles beaucoup plus dominants de se poursuivre. Et donc en fait c’est la même bataille que ce que je décrivais au début, une forme de rapport de force qui se joue dans la société entre la possibilité de questionner le pouvoir ou son maintien en place.
Sara : Je vois comme une tension entre eux, on a peut-être envie d’explorer de nouvelles choses mais on n’est pas totalement prêt à casser certaines images, certains archétypes, on y est encore trop attaché.
Nina Faure : Oui et sans mettre trop de responsabilité individuelle là-dedans parce que je pense qu’on est effectivement tous·tes traversé·es par ça mais que par ailleurs on fait des choix aussi et qu’il y a des choix qui vont être faits qui vont être de dire je vais chercher d’autres modèles et du coup comment je m’éduque pour déconstruire les représentations dominantes qui sont cachées derrière des représentations soi-disant nouvelles.
Et après il y a des parties pris qui sont de dire moi je choisis de maintenir les rôles traditionnels genrés parce que c’est comme ça et parce que c’est très bien et je veux dire c’est quand même une part de la société qui décide de faire ça.
Donc tout ça est au travail et en tension mais du coup quand on veut aller vers des récits émancipateurs et plus progressistes il y a… S’outiller face à ce qui pourrait avoir l’air d’être des évolutions mais qui n’en sont pas forcément ça devient un enjeu prioritaire en fait.
Sara : Est-ce qu’au-delà des exemples que tu as déjà cités tu aurais d’autres références soit de réalisateur·ices soit de films ou d’autres œuvres que tu recommandes pour justement venir contrecarrer un peu ces exemples de nouveaux pères qui n’en sont pas ou qui sont finalement dans la domination et dans l’abus aussi ?
Nina Faure : Moi ce que je conseille c’est d’aiguiser son regard pour savoir repérer ça un peu partout. C’est-à-dire que bien sûr il faut s’intéresser au travail des réalisateur·ices qui font des cinémas non dominants, qui vont chercher ce que bell hooks va appeler un regard oppositionnel, qui vont essayer de construire d’autres représentations du monde où les rapports de pouvoir sont inversés. Donc ça c’est une exploration qu’on peut faire et c’est beaucoup trop vaste pour citer 2-3 références.
Mais par contre vraiment je dirais prendre le goût de réfléchir à ce qu’on nous présente comme personnage et à ce qu’ils veulent dire et à comment il résonne en nous. C’est un exercice mental d’autodéfense hyper intéressant et j’ai tendance à dire on peut même le faire dès qu’on est enfant.
On peut faire ces réflexions-là justement ce qu’on disait avec les Disney de dire qui agit et qui est passif, ça peut commencer très tôt et en fait de réfléchir à ça c’est aussi se désintoxiquer et ouvrir des imaginaires qui nous permettent de transformer à la fois nos représentations mais donc nous aussi dans ce qui nous paraît faisable, acceptable ou pas et typiquement sur la question des nouveaux pères peut-être d’élever un peu notre niveau d’exigence de ce qu’on attend d’une paternité acceptable, modèle, exemplaire et peut-être d’avoir des outils supplémentaires pour refuser certains niveaux de violence qui semblent plus dissimulés que d’autres.
Sara : Oui, clairement.
Merci beaucoup Nina pour cet entretien, merci pour tes éclairages, pour ton temps. Est-ce que tu veux parler d’un nouveau projet que tu aurais peut-être dans les tuyaux qui sortira bientôt ?
Nina Faure : Eh bien là je suis en fin de tournage donc c’est pas pour tout de suite, enfin je suis en tournage, pas fini mais d’un film justement documentaire sur les portraits de personnes qui vont suivre des stages d’autodéfense féministe. Donc c’est avant, pendant et après les stages et c’est les réflexions que ça provoque et justement c’est intéressant de voir que l’autodéfense c’est pas seulement physique mais c’est aussi verbal et mental et je pense que ça fait beaucoup écho à tout ce qu’on vient de se dire aussi.
Sara : C’est génial, on a organisé au sein de l’association La Place des Grenouilles, on a organisé un stage d’autodéfense en effet sur deux jours et on a appris beaucoup de choses, c’était génial donc j’ai hâte de voir ton film, j’ai hâte de le découvrir.
Nina Faure : Eh bien voilà ! (rires)
Sara : Merci beaucoup Nina, à bientôt !
Nina Faure : Merci, avec plaisir.
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[musique de générique de fin]
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[fin de la musique de générique de fin]


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