La première personne ayant développé du code est une femme : Ada Lovelace. Du XIXe siècle jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, le software est un secteur essentiellement féminin (les hommes étant plus intéressés par les machines, le hardware). Et pourtant, depuis les années 70-80, les hommes ont envahi le secteur de l’informatique, le monde du logiciel étant de plus en plus valorisé. Tant et si bien qu’aujourd’hui, en France, les femmes ne représentent que 16% des effectifs techniques.
Parmi les nombreux métiers que compte le secteur informatique : l’architecture de systèmes d’information.
Pour plonger dans cet univers, nous recevons Hana Amiri, architecte SI. Nous évoquons ensemble :
- Son parcours : ses débuts, sa formation, son évolution
- Sa définition du métier, son quotidien dans la tech
- Ses motivations, fiertés, difficultés
Elle nous livre aussi ses conseils pour rejoindre et réussir dans cette voie, en espérant que davantage de femmes et minorités de genre puissent se projeter dans cette activité.
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L’épisode a été enregistré le 06/02/2026.
La musique est composée par Gisula. L’interview a été réalisée par Sara, ainsi que le montage et le transcript. L’épisode a été préparé et revu par Sara et Florence.
Références pour aller plus loin
- Le concept de systémie, de pensée systémique
- Les saisons 1 à 3 du podcast Les Meneuses, par Chloé Girardin
- Les travaux d’Isabelle Collet, première chercheuse francophone à avoir étudié la question du genre dans le numérique, autrice des Oubliées du numérique (2019)
Transcript de l’épisode
Sara : La Place des Grenouilles, c’est une association ET un podcast qui proposent des espaces de discussion et de réflexion pour déconstruire, ensemble, les normes de genre.
Florence : Au fil des épisodes, on vous propose :
- de revenir sur des oeuvres et événements qui nous ont plu,
- de découvrir des métiers à priori genrés,
- ou encore d’approfondir des sujets de société grâce à des expertEs de différents domaines”
Sara : Nous sommes Florence et Sara,
Florence : bienvenue sur La Place des Grenouilles”
[fin de la musique de générique d’intro]
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Sara : Bonjour Hana, Hana Amiri, tu es architecte système d’information, merci beaucoup de nous rejoindre pour cet épisode métier.
Hana Amiri : Bonjour Sara, merci pour l’invitation, je suis ravie d’être là avec vous.
Sara : C’est très chouette de t’accueillir parce qu’on a travaillé ensemble et donc voilà, ça fait plaisir de revoir les anciennes collègues, vraiment merci. Donc pour te présenter un petit peu aux auditeurices, tu es née et tu as étudié en Tunisie, tu as fait une licence en traitement de signal audio, puis ensuite tu as enchaîné sur une école d’ingé en informatique. Tu as commencé et tu as travaillé pendant six ans en tant que développeuse d’applications web et mobile —c’est là que je t’ai connue— notamment pour L’Oréal et Orange, entre autres sociétés.
Et il y a cinq, six ans à peu près, tu es devenue architecte, donc c’est pour ce métier là qu’on te reçoit aujourd’hui. Et il faut noter aussi que tu es oratrice dans des events, des événements professionnels en Europe, des conférences, des colloques, etc. Donc ça aussi c’est un aspect quand même assez chouette et important en termes de représentation notamment.
Hana Amiri : Effectivement.
Sara : On te reçoit parce qu’il y a beaucoup trop peu de femmes dans l’informatique, en France en tout cas. Seulement 16% dans les métiers techniques (donc dans le secteur il peut y avoir plus de personnes mais ça va représenter parfois des fonctions transverses, comme RH, marketing, etc.), donc seulement 16% de développeuses ou autres métiers techniques dans l’informatique en France.
Et en plus de ça —parce que c’est la joie des discriminations systémiques— il y a un écart de revenu moyen de 19% en Europe sur un même rôle, un même poste, même expérience, tout ça, entre femmes et hommes. Donc il est temps d’attaquer ce problème. Donc encore une fois merci de prendre le temps de venir expliquer un petit peu ton parcours et ton métier.
Alors la première question que je voudrais te poser c’est —on va remonter un petit peu en arrière— c’est quand et comment, pourquoi en fait tu as décidé de t’orienter vers ce secteur-là de l’informatique ?
Hana Amiri : Ah oui, en fait je pense que je n’ai pas vraiment décidé de m’orienter vers l’informatique. Je pense que je savais que je voulais travailler dans des domaines scientifiques quand j’étais petite, qui pour moi c’est des domaines que je considère créatifs. (On va voir pourquoi après.)
Mais en fait j’étais toujours très passionnée par exemple par la physique. C’était vraiment, et c’est toujours le cas d’ailleurs, un domaine ou un sujet préféré pour moi. Je travaillais beaucoup sur les ondes, comment les ondes fonctionnent, comment ça façonne notre environnement autour de nous.
C’est des choses qui m’ont beaucoup fascinée. Et c’est pour ça du coup j’ai fait la licence de traitement de signal audio. Même si je me rappelle à l’époque, tout le monde autour de moi, dans mon entourage, ils étaient un peu surpris. Ils pensaient que j’allais faire un parcours un peu dans la santé, comme mes parents, ou peut-être un cycle préparatoire pour les écoles d’ingénieurs. Bon après j’ai fait ça quand même, mais c’était pas le premier choix pour moi.
Et après la licence, je voulais continuer dans des études en fait, soit master, soit école d’ingénieur·e, mais plutôt dans le domaine de l’audio. Je voulais travailler dans des boîtes de production musicale par exemple. À l’époque j’ai pas trouvé ça en Tunisie en 2011. Et d’ailleurs même en Europe j’ai pas trouvé ça. Il n’y avait pas beaucoup d’opportunités, ou peut-être c’est moi qui n’ai pas connu en fait ces opportunités là. Et je me rappelle aussi, j’ai réfléchi à partir ailleurs. À l’époque c’était pour pour le Canada, mais j’avais peur en fait d’aller vivre toute seule à 21 ans à l’étranger.
Donc j’ai fait le choix de faire une école d’ingénieur·es en informatique. Et je me suis quand même spécialisée dans les systèmes embarqués, ce qui se rapproche un peu de ce que j’ai fait dans la licence, quoi. Et donc juste après mon premier stage en 2014, je suis partie donc en France, à Rennes.
Et j’ai travaillé pour Technicolor. Pour les gens qui ne connaissent pas Technicolor, c’est une boîte créative qui faisait tout ce qui est effets visuels, médias pour les films, pour le cinéma et tout ça, aussi de la publicité je crois. Et chez eux, j’ai travaillé sur la géolocalisation dans les bâtiments avec une technologie assez bizarre qui est l’ultrason. Donc on géolocalise les gens dans les bâtiments avec le son du téléphone, qu’on n’entend pas forcément, et donc qui vient de ces devices mobiles.
Sara : C’est un peu comme les baleines non ? C’est pas comme ça qu’elles s’orientent dans la mer ?
Hana Amiri : Effectivement, c’est pareil. Et je me rappelle, j’étais très contente car le sujet c’était, donc c’était de la physique, c’était les ultrasons et tout ça, c’était aussi de l’informatique, c’était un sujet très innovant, même si c’était un peu complexe, je m’en rappelle aussi. Mais ça m’a plu et c’est là aussi où je me suis un peu intéressée au domaine mobile, parce que c’était des applications mobiles qui faisaient ça, et donc j’ai continué un peu à explorer ce domaine-là de développement d’applications mobiles, et juste après je me suis lancée dans le monde de travail en tant que développeuse d’applications mobiles, et web aussi.
Sara : Et à quel moment tu as découvert, tu as connu, tu as découvert l’existence du métier d’architecte ?
Hana Amiri : Ah, j’ai pas connu le métier d’architecte avant, on va dire, je connaissais toujours le métier de développement, peut-être aussi des fois le métier de cybersec, tu sais, via les films, via les séries…
Sara : 24 heures chrono… ?
Hana Amiri : Voilà, c’est ça, mais je connaissais pas forcément le métier d’architecte en informatique, mais bon, je connais le métier d’architecte au sens large, et par contre dans la famille, on a commencé un peu tôt l’informatique (comparé à notre entourage en tout cas).
Je me rappelle, mon père, il nous a envoyé, moi et mon frère —d’ailleurs on est tous dans l’informatique, moi et mes frères— il nous a envoyés se former, je me rappelle sur les systèmes Linux au début des années 2000, je me rappelle, une fois je suis rentrée à la maison avec un CD d’un système d’exploitation qui s’appelle Knoppix à l’époque, c’était l’un des premiers CD de système d’exploitation Linux, donc c’était une découverte pour moi et pour mon frère aussi à l’époque, mais plus pour, ouais, on se voyait comme des développeurs, on se voyait comme des hackers aussi, on se voyait dans les films, mais on ne se voyait pas forcément architecte ou autre chose.
Sara : Ok, donc là on va rentrer un peu dans le cœur du sujet, je crois que la plupart des auditeurices ont plus ou moins une idée, au moins vague, de ce que c’est le développement, donc on imagine écrire les lignes de code etc, donc c’est construire de toute pièce les applications, les sites, mais du coup c’est quoi la différence avec architecte, qu’est ce que c’est le métier d’architecte en fait ?
Hana Amiri : C’est une bonne question parce que c’est toujours difficile en fait de décrire ou de définir le métier d’architecte…
Sara : Comment tu l’expliques à un enfant de 7 ans ?
Hana Amiri : (rires) Alors je vais peut-être commencer par là et après je rentrerai dans le détail. En fait les développeur·ses c’est des personnes qui vont construire les briques d’une maison on va dire, et l’architecte c’est la personne qui va assembler ces briques-là pour faire en sorte que la maison tienne dans le temps et qu’en fait on arrive à construire d’autres étages après sur cette maison-là. C’est un peu la personne qui va maintenir la cohérence de cette maison-là, sa maintenabilité dans le temps, sa scalabilité aussi etc.
Sara : Ok, si on reprend la métaphore de la maison qui je trouve est très utile parce qu’elle parle beaucoup, j’ai deux questions. La première c’est est-ce que du coup l’architecte va aussi faire les plans de la maison avant qu’on la construise ?
Hana Amiri : Oui, effectivement. Avant la construction donc de ces différentes briques, l’architecte va faire un peu le “zoom arrière” on va dire, de qu’est-ce qu’on va construire, va faire les plans, va travailler bien sûr en collaboration avec les développeur·es pour savoir quels sont les moyens nécessaires pour mettre en place ces briques-là, quelles sont les technologies qui vont nous permettre de construire ces briques là, quelle est la timeline, quelles sont les contraintes qu’on a par exemple.
Sara : Les normes de sécurité, des choses comme ça par exemple ?
Hana Amiri : Voilà en fait c’est des choses qui relèvent du métier de l’architecte aujourd’hui c’est de jouer avec ces contraintes-là et de les prendre en compte de telle façon que par exemple les normes de sécurité, les conditions de météo, je sais pas, les contraintes budgétaires aussi par exemple, les compétences des équipes qui vont donc construire cette maison-là, donc tout ça rentre dans l’environnement dans lequel cette décision ou ce plan de construction va vivre. Tout ça relève du métier de l’architecte.
Sara : D’accord. Très bien et j’avais une deuxième question mais je l’ai oubliée, c’est pas grave on y reviendra certainement. Tu as déjà commencé à toucher un petit peu les leviers qui t’ont amené vers cette voie là : donc tu dis que ton papa vous a un peu initié à l’informatique, tu dis que tu étais déjà très attiré par les sciences (même si au départ c’était plutôt la physique), est-ce qu’il y a d’autres leviers —que ce soit des facteurs extérieurs ou des personnes ou des rôles modèles ou des soutiens— qui t’ont aidée vers cette voie ?
Hana Amiri : Oui je pense un peu, oui c’est vrai que l’aspect scientifique et aussi d’esprit un peu analytique c’était aussi un grand facteur pour moi en tout cas finalement, mais je pense aussi l’aspect de curiosité, je sais que moi par exemple personnellement je peux pas dormir la nuit si j’arrive pas à comprendre pourquoi telle décision a été prise, pourquoi certaines choses fonctionnent comme elles le font aujourd’hui et penser aussi à comment ça peut impacter au-delà de ce que moi je vois, donc de mon périmètre et tout le système en fait autour de moi.
Après il y a vraiment aussi des personnes dans ma carrière en tout cas qui ont vu ça et qui m’ont encouragée surtout à prendre de la place parce que c’était pas évident aussi, même en tant que développeuse —à donner mon avis, à participer dans des décisions d’architecture, à faire des erreurs, à prendre des risques aussi, ils ne sont pas beaucoup malheureusement mais ils existent, ils sont là et j’étais aussi très chanceuse de les avoir.
Sara : Donc c’est d’anciens collègues finalement, dans ton travail ?
Hana Amiri : J’ai des anciens collègues, c’est des amis aussi. J’ai une amie très proche qui est aussi architecte qui m’a beaucoup encouragée parce qu’elle a commencé avant moi donc oui. Et aujourd’hui par exemple j’appartiens à une grande communauté d’architectes qui me ressemble, qui me challenge aussi, qui partage la même vision, les mêmes principes que moi, ça s’appelle la communauté DDD (Domain Driven Design), donc ces gens-là existent aujourd’hui.
Sara : Ok, super, je pense qu’on en reparlera dans les conseils à la fin de l’épisode. Est-ce qu’il y a eu, malgré tout ça, malgré tous ces leviers, toutes ces aides et encouragements, est-ce qu’il y a eu des obstacles à affronter pour arriver là où t’en es arrivée aujourd’hui ?
Hana Amiri : Oui, il y en avait (rires), il y en avait pas mal. Je pense que pour moi, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, peut-être que les premières années de ma carrière, les deux ou trois premières années, je ne les ai pas vraiment vus, peut-être parce que j’étais toujours en apprentissage, on est motivée, on ne connaît pas forcément tout l’environnement autour de nous, mais je pense que les obstacles, ils ont commencé un peu quand j’étais développeuse confirmée, là où j’ai commencé à prendre un peu de place et j’ai commencé à voir qu’il y a un équilibre —un déséquilibre, pardon. Déséquilibre entre le nombre de femmes déjà et le nombre d’hommes dans les équipes de développement et pour moi, c’était un peu intimidant et ça m’a rendu un peu mal à l’aise au début.
Au moins de se trouver par exemple une femme ou deux femmes entre une dizaine ou vingtaine d’hommes en fait dans l’équipe et en plus, les biais, ça n’aide pas forcément en fait à réduire ça et des fois, tu te retrouves dans des situations où le reste de l’équipe te coupe la parole, des fois, ils font des blagues mal placées parce qu’ils sont tous des mecs entre eux, donc c’était un peu compliqué aussi et tu ne te sens pas forcément incluse ou égale en fait à eux dans les décisions, dans les salaires, dans les promos aussi et c’est vrai que ça peut être démotivant en tout cas pour nous, les femmes dans l’informatique.
Malgré en fait que quand j’étais étudiante, en tout cas en Tunisie, je ne sais pas si c’est le cas en Europe, mais je me rappelle à l’école d’ingénieur·es, on avait plus de femmes que d’hommes dans l’informatique et même dans le monde de travail après, en fait, on n’avait pas ce déséquilibre-là dans le nombre en tout cas, mais c’est quelque chose que j’ai vraiment remarqué ici.
Sara : Oui, il y a vraiment, enfin j’imagine que pour toi, c’était un avant/après, en tout cas, il y a une énorme différence entre les pays du Maghreb —je crois que la Malaisie aussi a une informatique très féminisée.
Ici, sur les écoles d’ingé, toutes confondues, il y a très peu de femmes, en France en tout cas. Après peut-être qu’ingénieures agronomes, il y en a peut-être un petit peu plus, mais tout ce qui est informatique, il y en a très peu, en tout cas les consoeurs avec qui je parle qui ont étudié ici, elles font état de discriminations de la part de leurs camarades de classe, hommes, mais aussi des professeurs qui ont des remarques très désobligeantes, donc effectivement c’est pas simple, je pense, en France.
Et on a beaucoup, je pense, à apprendre de la Tunisie notamment, sur la façon d’encourager les jeunes filles, de recruter des jeunes à prendre ces filières-là, parce qu’effectivement, je ne sais pas si tu te souviens, et je crois que je ne suis pas la seule à te l’avoir dit, mais quand je suis arrivée dans l’entreprise, on s’est connues, j’ai fait « Waouh, mais c’est trop bien, il y a trop de femmes dans les équipes techniques ! » et j’étais impressionnée parce que je ne m’attendais pas à ça, parce qu’en France, c’est très très masculin depuis quelques années —ce n’est pas depuis toujours, mais en effet.
Et on peut peut-être rappeler une stat qui est quand même assez dérangeante, qui est qu’une femme sur deux va quitter la tech (donc la tech ou le milieu de l’informatique), après 35 ans, donc tiens bon, Hana ! (rires) On a besoin de personnes comme toi, heureusement qu’il y en a certaines qui restent, mais en même temps, on ne peut pas blâmer les personnes qui partent, parce qu’effectivement, il peut y avoir des milieux très toxiques ou pas du tout inclusifs, et c’est pour ça aussi qu’on veut accueillir des voix comme la tienne dans le podcast pour encourager de plus en plus de femmes et de minorités de genre à prendre ces voies-là.
Est-ce que selon toi, est-ce que tu as été témoin, est-ce que tu as vu d’autres formes de discrimination, je ne sais pas, racisme, xénophobie, homophobie, validisme, que sais-je ?
Hana Amiri : Oui, il y a même, bon j’en rigole maintenant, ce n’est pas une blague, c’est quelque chose de sérieux, mais ça m’a marquée quand même dans mon métier d’architecte, il y avait quelque chose qui s’est arrivé une fois.
En fait, on a toujours la tendance d’imaginer des architectes en tant que des vieux hommes de 40 ans ou 50 ans avec les cheveux gris, les barbes, etc. Et j’ai même vu ça en fait, une fois, il y avait un client dans la boîte où je travaillais avant qui demandait un architecte, et dans la réponse du mail, mes collègues, ils ont écrit “oui, oui, on va vous envoyer un architecte moustachu”, ou quelque chose comme ça, tu vois, et juste après, cet architecte-là qui est arrivé sur le projet, et donc j’ai vu le mail qui m’a été forwardé, c’était moi, donc j’ai dit “coucou !” (rires)
Sara : Ah c’était toi le moustachu ?
Hana Amiri : C’était moi le moustachu, effectivement, le vieux architecte moustachu, donc oui, effectivement, il y a beaucoup de, il y a aussi des situations de racisme, de xénophobie et tout ça, donc c’est des choses qu’on voit tous les jours, malheureusement, je ne sais pas, je ne sais pas si c’est pareil partout ou si c’est quelque chose qu’on voit, qu’on voit dans des entreprises ici, mais en tout cas, moi, mon conseil, c’est de ne pas hésiter à les remonter, de ne pas hésiter aussi à —comment dire— les expliciter, aujourd’hui, ce genre de remarques ou de pratiques, en fait, ça passe inaperçu, et it thrives, en fait, je sais pas.
Sara : “Ça se développe” et ça se “favorise” dans des milieux comme ça où on ne va pas nommer les choses, il y a beaucoup d’implicite qui est utilisé, ça se joue beaucoup sur de l’implicite ou des sous-entendus, et c’est d’autant plus difficile à contrebalancer (à contrer plutôt).
Ok, bon ben, c’est pas la joie, mais c’est parce que l’informatique est très dominée par les hommes blancs cis de, allez, 30-40 ans, donc effectivement, on a besoin de plus de diversité d’âges, d’ethnies, d’origines, de parcours, d’études, bref, de tout, quoi.
À ce propos, je vous invite à écouter (si ce n’est pas déjà fait), l’épisode 15 qu’on a fait avec Mathilde Saliou, qui est intitulé “Tech, politique et justice sociale”. On parle aussi beaucoup de ce genre de choses et pourquoi c’est important qu’il y ait des gens comme toi qui soient dans le milieu.
Merci et désolée pour cette parenthèse un petit peu sombre, mais on va revenir sur le quotidien d’un architecte ou d’une architecte système. À quoi ressemble pour toi une journée ou une semaine type ? Je ne sais pas quelle est la maille à prendre, et que ce soit soit en entreprise, quand tu es en interne dans l’entreprise, soit quand tu es prestataire et que tu travailles dans le conseil.
Hana Amiri : Je ne pense pas que j’ai une journée type, je pense que j’ai zéro journée type, et c’est bien. Le rôle de l’architecte, c’est très transverse sur plusieurs sujets généralement, donc on navigue un peu en permanence entre des sujets à long terme, des sujets à court terme, donc ça varie, ça varie énormément. Pour moi, en fait, c’est un peu pareil ou similaire, que ce soit dans le conseil ou en entreprise —modulo quelques petits détails, mais généralement, on travaille sur plusieurs axes.
Pour moi, il y a un axe stratégique, on va dire, donc on travaille sur la vision de l’architecture à long terme dans l’entreprise, quels sont les choix technologiques qu’on va mettre en place, est-ce qu’il y a de l’innovation, est-ce qu’il y a des patterns à mettre en place, est-ce qu’il y a des objectifs, par exemple, de réduire les coûts, d’optimiser le système d’information, de scaler ou de déployer en tout cas notre système dans plusieurs pays. Donc, tout ça, en fait, ça relève de l’aspect stratégique.
Mais il y a aussi derrière des travaux avec des équipes, par exemple sur le recrutement, sur l’accompagnement des équipes dans leurs compétences, dans l’implémentation de cette vision stratégique, mais il y a aussi un aspect d’innovation dans tout ça. On peut faire ce qu’on appelle les proof of concept, ou les petites démonstrations, par exemple, pour alimenter cette vision à long terme et pour savoir ou évaluer différentes nouvelles technologies, identifier des décisions qui sont structurantes pour l’entreprise, ou analyser aussi les risques derrière ça, donc des risques un peu systémiques sur la sécurité, sur les dépendances, la complexité aussi du système.
Et pareil, dans l’aspect stratégique, on travaille aussi beaucoup avec les partenaires technologiques pour définir cette vision, définir les objectifs. Il y a par exemple la définition des différents scénarios, est-ce que je rachète quelque chose, une solution sur étagère, ou est-ce que je dois faire tout le développement dès le début in-house, quoi.
Après il y a des sujets qu’on appelle tactiques ou des sujets d’implémentation, donc travailler par exemple en proximité avec les équipes, les développeur·es pour mettre en place les briques dont on a parlé tout à l’heure, les coacher, faire des revues de design technique ou d’architecture technique, aider aussi à débloquer des sujets qui sont importants, s’il y a des problèmes en production, c’est là aussi où l’architecte peut intervenir pour aider.
Et on peut travailler aussi en proximité avec les product managers pour définir, challenger par exemple les objectifs business de l’entreprise, l’expérience utilisateur qu’on veut mettre en place aussi, donc tout ça aussi ça fait partie du travail de l’architecte, donc en gros de pouvoir maintenir un équilibre d’un système qui va évoluer, un système vivant dans le temps, qui peut être technique mais aussi humain et organisationnel, parce que le rôle de l’architecte c’est pas que de la technologie, c’est aussi la structure organisationnelle qui peut impacter l’architecture telle qu’elle est, du système, et comment on organise les équipes, comment on peut les accompagner aussi dans leurs compétences.
Sara : En effet c’est hyper vaste, hyper large, à la fois tu fais du grand écart entre la stratégie à plusieurs années (voir à quoi ressemblera le système dans quelques années), et à la fois tu peux éteindre des feux s’il y a des problèmes très très urgents à régler ; à la fois tu es sur de l’humain et de la technique ; à la fois tu vas échanger avec des gens qui vont expliquer ce qu’on a besoin d’avoir comme fonctionnalité dans la maison, et à la fois les personnes qui vont bâtir cette maison ; à la fois j’imagine aussi potentiellement le COMEX ou le CODIR, des personnes qui sont vraiment à la tête et des décideur·es au sein de l’entreprise, tu as aussi des partenaires externes…
C’est hyper hyper large et du coup c’est chouette de ne pas avoir de journée ou de semaine type, parce qu’effectivement il y a tellement de choses à faire, et est-ce que tu peux nous en dire plus un peu sur ta charge de travail, ton rythme, est-ce que c’est pas beaucoup, comment tu le vis au quotidien ?
Hana Amiri : Je pense que ça dépend des périodes et ça dépend aussi de la profondeur d’intervention de l’architecte dans les sujets. C’est là aussi où ça peut être différent d’une entreprise à une autre en fonction de la taille de l’entreprise, de sa culture aussi, moi personnellement j’aime bien intervenir dans les deux aspects (donc stratégique et tactique), je n’aime pas trop m’éloigner du code, même si c’est pas une grosse charge de mon travail, on dira ça fait 20% peut-être de ma charge de travail, le développement aujourd’hui, mais ça reste pour les architectes et pour les développeur·es aussi, ça reste la source de vérité pour pouvoir prendre les bonnes décisions et on va dire 80% plus sur les aspects vision à long terme, stratégique et tout ça.
Après en fait c’est pour ça que je disais c’est différent d’une entreprise à une autre parce qu’il y a aussi beaucoup de fausses idées on va dire sur le métier de l’architecte aujourd’hui, on pense généralement que l’architecte c’est la personne dans le tour d’ivoire qui va décider de tout, en fait c’est pas du tout le cas aujourd’hui, l’architecte ne décide pas de tout, en fait il ou elle va plutôt donner un cadre clair, s’appuyer sur des principes, s’appuyer sur des guides, des frameworks ou des bases qui vont guider les équipes à devenir autonome à long terme.
Donc en fait on ne doit pas être partout dans toutes les décisions qui doivent être prises, au contraire, on est là pour faciliter la prise de décision en autonomie et, en fait, on n’est pas non plus la personne la plus experte dans la pièce ou la personne la plus technique, c’est pas du tout le cas, c’est pas un concours en tout cas qui est le plus expert, mais on est là pour pouvoir orienter et poser les bonnes questions et donner une vision claire pour que tout le monde sache où est-ce qu’on va, quels sont les moyens qu’on a aujourd’hui et pouvoir aussi valoriser un peu l’intelligence collective de l’équipe —et pour moi c’est la partie la plus importante en tout cas du rôle de l’architecte aujourd’hui.
Sara : Intéressant, merci beaucoup pour ce point-là, en effet je pense qu’il y a beaucoup —en tout cas pour les personnes qui sont un peu dans le milieu— il y a beaucoup ce stéréotype-là, donc c’est bien de l’expliciter.
J’avais une question qui était pour les gens qui sont pas encore, enfin qui sont pas dans le monde du travail, pas encore ou qui sont dans d’autres milieux très différents que le monde un peu corporate de l’entreprise, de la tech etc. : à quoi ressemblent, très concrètement, tes journées, à quel moment tu es, enfin déjà est-ce que tu es toujours derrière un écran (ou plusieurs écrans), est-ce que tu es beaucoup en réunion, enfin bon j’oriente un peu mes questions mais tu vois là où je vais en venir.
Hana Amiri : Oui, alors je vais peut-être partir sur une semaine type parce qu’une journée ça va pas être facile. Pendant une semaine je peux avoir un ou deux ce qu’on appelle des workshops, donc des réunions de demi-journées ou une journée où on va être plusieurs dans une pièce à discuter ensemble, à dessiner sur un tableau pour pouvoir s’aligner tous sur le même niveau d’information avant de prendre la décision déjà.
Sara : Donc comme un peu des ateliers d’alignement sur les décisions qu’on veut prendre.
Hana Amiri : Effectivement, ça ça fait une grosse partie de la semaine parce que ça demande aussi de la préparation, après je fais aussi des réunions si jamais il y a besoin de moi, c’est pas des journées fixes en fait, des réunions fixes, par exemple si une équipe de développement a besoin de moi parce qu’ils ne savent pas comment gérer ce problème de sécurité pour activer je sais pas le MFA, je sais pas…
Sara : La double authentification donc, quand on doit rentrer un mot de passe dans un écran et qu’après on a aussi un code qui est envoyé par mail ou par sms pour valider.
Hana Amiri : C’est ça, donc je peux intervenir pour expliquer les différentes options qu’on a et pouvoir décider avec ces équipes-là. Je peux aussi avoir du temps pour moi, pour réfléchir un peu à qu’est ce que j’aimerais faire, comment je veux les orienter, par exemple un certain atelier ou workshop et peut-être aussi prendre un peu de temps pour coder si jamais il y a une nouvelle techno qui sorte, qui peut être évaluée dans notre contexte, /// c’est là où je peux prendre un petit peu de temps, être derrière un écran et coder un peu. Pour expérimenter de nouvelles techno éventuellement.
Sara : Ok. Et du coup, est-ce que tu peux expliquer un peu si dans ton métier —alors pas forcément dans ton entreprise actuelle, mais sur le secteur en général— le télétravail ou le présentiel, comment ça se passe ?
Hana Amiri : C’est assez flexible, je dirais. Même si les entreprises aujourd’hui commencent à vouloir que les équipes reviennent au bureau. Mais ça reste assez flexible, en tout cas pour moi. Moi, personnellement, j’aime bien être en présentiel, dans l’entreprise deux, trois fois par semaine pour voir un peu les gens, comprendre un peu les signaux humains qui circulent. Les ateliers, c’est plus fun quand on les fait en présentiel qu’à distance.
Sara : Quels sont les aspects les plus gratifiants de ce métier ? Qu’est-ce qui te plaît le plus ?
Hana Amiri : Au début de cette interview, on a parlé de la créativité. Je disais que j’allais revenir sur ce point. Pour moi, le métier de l’architecte ou même du développeur ou développeuse, c’est un métier très créatif pour moi. Un système qui commence à prendre forme, qui est vivant, qui change dans le temps.
C’est quelque chose qui me donne beaucoup de fierté, que je peux aussi partager avec les équipes qui ont construit ça avec moi. Le fait que c’est aussi à l’intersection de la technique, l’humain, la technologie, pour moi, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui la sociotechnique. C’est très gratifiant, même si ce n’est pas évident.
Sara : Oui, c’est complexe.
Hana Amiri : C’est complexe, mais c’est quelque chose qui me fait apprendre énormément sur l’humain, sur moi-même aussi, sur l’environnement autour de moi. Donc, voilà.
Pouvoir aussi simplifier la vie des autres, de mes collègues, faciliter la prise de décision, leur donner un cadre pour être autonome, c’est quelque chose qui est très, très gratifiant pour moi.
Sara : Ok, chouette. Merci beaucoup. Quelle serait, si tu devais en choisir une (ou deux, s’il y en a deux) ton expérience la plus mémorable, ton souvenir le plus génial ?
Hana Amiri : C’est marrant parce que chaque année ou chaque nouvelle mission ou nouveau projet, je dis “oui, celle-là, c’est la meilleure, elle est géniale”.
Mais je pense qu’elles sont toutes positives, mais la plus mémorable pour moi, c’est la mission que j’ai faite récemment pour une start-up. Donc, on a mis en place une nouvelle entreprise dès le début, vraiment de tous les aspects, qui va scanner les spécificités du visage, de la peau des utilisateurs et pouvoir recommander, par exemple, des produits.
Mais ce n’est pas le produit lui-même qui était mémorable, c’est plus l’équipe et l’environnement dans lequel j’ai travaillé. On était une équipe très internationale. Je travaillais beaucoup avec des personnes, notamment en Inde, en Italie, à Londres, à Paris, un peu partout dans le monde. Et j’ai vu des cultures très différentes.
On célébrait les différentes cultures, on célébrait les différents événements aussi. Et c’est ce partage-là qui m’a énormément marquée. Et voilà, jusqu’à aujourd’hui, je ne suis plus sur ce projet-là, mais je continue à discuter avec ces gens qui m’ont énormément marquée.
Sara : Trop bien. Ta plus grande fierté, est-ce que c’est ce que tu as mentionné dans les parties la plus gratifiantes ou il y a autre chose ?
Hana Amiri : Oui, mais en fait, plus peut-être sur l’aspect d’apprentissage, de leadership.
C’est mémorable, positivement et négativement, parce que c’est un parcours qui n’était pas évident. En fait, on ne nous apprend pas comment devenir leader ou comment devenir manager aujourd’hui. C’est quelque chose qu’on doit apprendre avec des trials and errors, avec des erreurs.
C’est quelque chose de très humain, donc il n’y a pas de playbook pour te dire comment tu dois faire. C’est quelque chose qui m’a pris énormément d’énergie aussi, d’essayer de comprendre les signaux des différentes personnes autour de moi, de pouvoir leur donner les moyens pour pouvoir être à l’aise dans leur travail. Mais aussi, c’était un moment ou une journée pour moi de me comprendre, de savoir mes limites aussi, savoir mes compétences humaines et personnelles. Ça, c’était chouette pour moi.
Sara : Cool, merci de ce partage. Tu as déjà effleuré certains aspects, mais je veux bien qu’on fasse un petit récap. Pour toi, c’est quoi les qualités et les compétences à avoir ou bien à acquérir pour devenir architecte ?
Hana Amiri : Je pense que c’est important, bien évidemment, d’avoir des bases techniques. C’est le métier de l’informatique en général. Donc ça, pour moi, c’est la première étape.
Après, il y a des compétences plutôt dans la posture, dans la posture de facilitation. On a parlé tout à l’heure du tour d’ivoire… C’est un anti-pattern pour moi dans le rôle de l’architecte.
Pouvoir communiquer aussi, savoir communiquer, savoir transmettre de l’information, savoir simplifier, savoir vulgariser des aspects complexes ou des théories complexes. Savoir accepter aussi, parce que savoir accepter que la meilleure solution ou la meilleure architecture n’existe pas.
C’est quelque chose qu’on disait, c’est vivant, ça change tout le temps, ça tient en compte plusieurs contraintes aujourd’hui. Donc l’architecture parfaite, ça n’existe pas. Et il faudra aussi ne pas être perfectionniste et pouvoir accepter en fait cette vérité-là.
Sara : Ok, très bien. J’entends un peu aussi une notion d’humilité dans ce que tu racontes. Et tu disais tout à l’heure aussi des capacités, des fortes capacités analytiques et de la créativité.
Hana Amiri : Oui, parce qu’in fine, ce que vous faites, c’est résoudre des problèmes.
Sara : Ok, trop bien. Qu’est-ce que la Hana de 7 ans aurait aimé savoir ?
Hana Amiri : Très bonne question. Je pense que j’aurais aimé savoir que ne pas rentrer dans des cases, ce n’est pas un problème, c’est plutôt une force pour moi. Mais c’est très personnel.
Pour moi, en tout cas pour mon parcours d’architecte, j’ai beaucoup entendu pour être architecte, il faut tel nombre d’années d’expérience, il faut faire ci, il faut faire ça. En fait, tout le monde va projeter leur biais sur comment on doit travailler, comment on doit être aussi. Et ce n’est pas forcément malsain, mais c’est comme ça que les gens voient ce métier-là et se projettent dans ça. Mais on n’est pas tous pareils. Chacun a son chemin, sa façon de faire. Il faut rester soi-même et avoir confiance aussi dans notre vision de comment on voit les choses. C’est ce que j’aurais aimé savoir en tout cas.
Sara : Merci du partage vulnérable.
Est-ce qu’il y a d’autres conseils que tu voudrais donner ou d’autres choses à rajouter ? Des conseils à des personnes qui voudraient peut-être s’orienter dans le secteur informatique ?
Hana Amiri : Peut-être de ne pas avoir peur, surtout quand on est une femme. Je sais que ce n’est pas évident.
On a besoin de plus de rôles modèles dans la tech. Donc n’hésitez pas. Allez chercher aussi une communauté, d’autres personnes ou des rôles modèles qui peuvent vous aider ou vous accompagner.
Comme je disais tout à l’heure, travailler la posture, travailler la communication, c’est une partie très importante du métier de l’architecte ou de l’ingénieur·e en informatique au sens large. Apprendre à penser en système, parce que depuis tout à l’heure on parle de systémie, on parle de système ou de systems thinking. Ce n’est pas évident, je pense, pour les gens.
Il y a beaucoup de lectures là-dedans. Mais c’est aussi un aspect très important dans notre métier de voir les choses au-delà de notre périmètre. Donc apprendre aussi à penser en système.
Sara : Si ça vous dit, on mettra quelques références dans les notes de l’épisode si vous avez envie de creuser la systémie, qui est quelque chose de très important non seulement dans l’informatique, mais aussi dans l’appréhension de notre société de façon générale.
Très bien, merci beaucoup Hana d’avoir passé à une vitesse folle. Je ne me rendais pas compte du temps. Merci d’avoir livré tous ces bons conseils et d’avoir partagé ton expérience.
Je voudrais, avant de vous quitter, vous laisser avec l’info d’un podcast d’une amie Chloé Girardin qui a un super podcast qui s’appelle Les Meneuses et justement son objectif c’est de proposer des portraits, de découvrir des parcours de femmes qui sont dans la tech. Et c’est assez inspirant, donc allez écouter Les Meneuses aussi.
Merci beaucoup Hana.
Hana Amiri : Merci beaucoup pour cet échange Sara. C’était un plaisir de partager ça avec toi.
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Florence : lapdg.fr
[fin de la musique de générique d’intro]


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