Jusqu’à la fin des années 90, la part des femmes parmi les député·es a stagné sous la barre des 6% pour ensuite grimper jusqu’à 39% en 2017. Depuis, la tendance est à la baisse, en partie causée par la poussée de l’extrême-droite.
Députée de Seine-Saint-Denis depuis 2022, se définissant elle-même en tant que “vraie femme de gauche”, Fatiha Keloua-Hachi rejoint notre micro pour discuter de sa carrière, de son quotidien et de sa vision de l’Assemblée nationale. Une voix qui compte, et qui inspirera peut-être d’autres femmes à suivre une voie similaire ?
Nous balayons également toutes ces questions liées à cette activité :
- Quelle est la part de femmes à l’Assemblée nationale ?
- Est-ce que la politique est un métier ?
- Quelle est la charge de travail d’un·e député·e, à quoi ressemble une semaine-type ?
- Comment travaille-t-on en équipe, avec ses collaborateurices mais aussi avec son groupe parlementaire ?
- Quelles qualités et compétences doit-on avoir ou développer pour être un·e bon·ne député·e ?
Quelques références sont également citées en fin d’épisode :
- Victor Hugo, écrivain et homme politique
- Chantal Jaquet, historienne et philosophesse
- Jean-Paul Delahaye, pédagogue et haut fonctionnaire
- Nesrine Slaoui, journaliste et autrice
- Edouard Louis, écrivain
L’épisode est disponible sur Apple Podcasts, Deezer, Spotify, Podcast Addict, ou Acast. Vous pouvez également le trouver sur Podcast France et Amazon Music. Pensez à le noter 5 étoiles sur Apple ou Spotify pour aider sa diffusion.
Nota-Bene : La Place des Grenouilles n’est affiliée à / ne soutient aucun parti politique. L’association refuse toute éventuelle récupération.
L’épisode a été enregistré le 19/12/2025.
La musique est composée par Gisula. L’interview a été réalisée par Florence, ainsi que le montage et le transcript. L’épisode a été préparé et revu par Sara et Florence.
Transcript de l’épisode
Sara : La Place des Grenouilles, c’est une association ET un podcast qui proposent des espaces de discussion et de réflexion pour déconstruire, ensemble, les normes de genre.
Florence : Au fil des épisodes, on vous propose :
- de revenir sur des oeuvres et événements qui nous ont plu,
- de découvrir des métiers à priori genrés,
- ou encore d’approfondir des sujets de société grâce à des expertEs de différents domaines”
Sara : Nous sommes Florence et Sara,
Florence : bienvenue sur La Place des Grenouilles”
[fin de la musique de générique d’intro]
—
Sara : Bonjour tout le monde, ici Sara. J’ai l’honneur et le plaisir de recevoir Fathia Keloua-Hachi, qui est députée. Bonjour Fatiha.
Fatiha Keloua-Hachi : Bonjour Sara, merci de me recevoir. Et merci à vous.
Sara : Donc, Fathia, vous êtes née à Paris, de parents Kabyles. Vous avez grandi à Montreuil. Vous êtes enseignante en lettres modernes. Vous avez été en tout cas enseignante en lettres modernes pendant presque 30 ans.
Vous êtes députée depuis 2022 et vous vous décrivez, je cite, comme une « vraie femme de gauche ». Pour vous, l’expression est importante. Et par ailleurs aussi, vous intervenez encore dans des établissements scolaires pour encourager, justement, comme ce qu’on essaie de faire dans le podcast et dans l’association, pour encourager les jeunes filles à potentiellement entrer en politique, si ça peut les intéresser.
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, tout est juste, bravo. On va commencer comme ça. Une vraie femme de gauche, oui, j’y tiens beaucoup.
J’y tiens beaucoup parce que je suis dans un bassin de vie où on a besoin d’être à gauche d’égalité, en fait, pour plus de justice sociale. J’ai été prof très longtemps, je le suis encore, je suis en disponibilité. D’accord, ok, on va y revenir.
Voilà, et je sillonne les établissements scolaires parce que d’abord j’en ai besoin. J’ai besoin de ma dose d’élèves autour de moi, de jeunes, mais j’ai aussi besoin de leur montrer ce que je fais au quotidien et que c’est accessible à tout le monde, en fait.
Sara : Super. Peut-être avant de démarrer aussi un petit disclaimer. L’association n’est affiliée à aucun parti, on ne défend aucun parti. Voilà, nos valeurs sont clairement à gauche, c’est pour ça qu’il y a une compatibilité dans la discussion. Mais voilà, on veut être récupérée et représenter aucun parti en particulier.
Fatiha Keloua-Hachi : Et c’est très bien comme ça !
Sara : On pensait que c’était important de recevoir une femme, une personnalité politique, parce que la part des femmes et des minorités de genre, notamment à l’Assemblée Nationale, n’est pas suffisante.
En plus, elle est en baisse sur la nouvelle législature. Il y a à peu près un tiers, si on dit grosso modo. Et dans une démocratie qui est censée être représentative, c’est un petit peu gênant qu’il y ait un certain nombre de personnes qui soient minorisées ou même aussi certaines personnes qui sont discriminées, qui soient sous-représentées en fait dans cette Assemblée, qui ait peu de mixité sociale. Donc voilà, merci encore.
Fatiha Keloua-Hachi : Je vous en prie, et un peu déjà, peut-être, alors c’est vous qui me dites, mais je veux bien quand même parler du problème du sous-nombre de femmes à l’Assemblée Nationale. On peut commencer par ça.
Sara : Allons-y.
Fatiha Keloua-Hachi : Si on reprend depuis 2017, donc on en est, enfin, trois législatures grosso modo, 2017, 2022, 2024, le nombre de femmes a baissé. En 2017, on avait 224 femmes sur 577 députés, donc 39 %. On est passé en 2022 à 37 %, et là on est autour de 36 %, même un peu moins.
208 femmes au total. Alors pourquoi ? Parce que tout simplement, il y a un savant calcul qui fait que quand on se présente, on se présente avec un suppléant et on se présente dans une circonscription. Et que souvent, alors il y a une parité, c’est-à-dire que les groupes politiques, les partis politiques, présentent autant de femmes que d’hommes.
Mais souvent, on présente les femmes dans des circonscriptions qui ne sont pas gagnables. Et on présente les hommes dans des circonscriptions qu’on sait par avance qu’on peut gagner ou qu’on va gagner. Ce qui fait qu’automatiquement, il y a une sorte d’éviction, moins de représentativité de femmes, puisque ces femmes perdent, évidemment, puisqu’elles sont dans des circonscriptions qui sont difficiles à gagner.
Et donc ça donne ce qu’on a aujourd’hui, c’est-à-dire 36 %. Moi, je suis très déçue, très choquée. Pourquoi ? Parce que je vois au quotidien, je fais partie de la délégation Droits des Femmes à l’Assemblée, qui est une délégation, c’est-à-dire qu’on regarde toutes les lois au filtre de l’égalité femmes-hommes. Et donc, on les passe toutes à la moulinette.
Cette délégation, elle est majoritairement féminine. Beaucoup de députés femmes, peu de députés… Il y a des hommes, mais peu. Et la réalité de ce que je vis, en tout cas depuis 2022, c’est que les femmes sont plus enclins à travailler sur l’égalité entre les genres que les hommes.
Les femmes sont plus enclins à vouloir pousser des lois féministes que les hommes. Je ne fais pas une généralité. Il y a des hommes qui, vraiment, se battent pour le droit des femmes, mais grosso modo, globalement, ce sont beaucoup plus les femmes qui amènent ces sujets.
Donc, il faut qu’il y ait 50 % de femmes. C’est absolument indispensable et ça n’est pas le cas aujourd’hui.
Sara : Oui, je crois qu’on est, il me semble, 51 ou 52 % de femmes dans la population, en réalité. Donc, c’est d’autant plus choquant. Alors, je ne dis pas qu’on devrait être 52 % à l’Assemblée, mais déjà, si on pouvait avoir moitié-moitié, ce serait quand même plutôt bien.
Fatiha Keloua-Hachi : En effet.
Sara : Fatiha, est-ce que vous voulez nous raconter brièvement un peu les jalons, votre parcours en politique ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui. Alors, moi, je ne suis pas une femme politique. D’accord.
Je ne suis pas une femme politique. Je suis arrivée à la politique, on pourrait dire, presque par hasard. Mais je suis une femme de la cité.
C’est-à-dire que j’ai toujours défendu les intérêts de ma ville, de ma communauté, au sens large, et j’ai beaucoup, beaucoup milité dans le milieu associatif depuis l’âge de 17 ans où j’ai pu adhérer à l’association. D’accord. Je suis rentrée en politique très tard, c’est-à-dire autour de 40 ans, ce qui est tard, et dans un parti politique parce que je savais que c’était le seul moyen pour influer dans les décisions politiques.
J’avais largement essayé par le milieu associatif et par la Ligue des droits de l’homme, où j’ai beaucoup, beaucoup milité, travaillé depuis très jeune. Et je voyais bien que l’action, elle est toujours limitée entre le milieu associatif. Elle est limitée sur la prise, je parle de décision, de décision forte.
Elle n’est pas limitée sur le pouvoir que je trouve d’action, mais elle est limitée sur la prise de décision. Et donc, je suis rentrée très tard en politique. Je suis rentrée par la petite porte, c’est-à-dire que j’ai été la militante de base dans ma section, dans une section socialiste à Rody-sous-Bois.
Je suis restée très longtemps militante de base. Ensuite, j’ai voulu un fort changement dans ma municipalité parce que je trouvais que ce n’était pas possible d’avoir des maires successifs qui ne représentent pas les habitants, qui ne sont pas représentatifs du tout de qui on est en Seine-Saint-Denis. Et donc, depuis 2020, je suis conseillère municipale.
Et donc, vous voyez, j’y suis allée très doucement. Et ensuite, en 2022, avec ma suppléante qui était tête de liste aux municipales, Magali Thibault, on a monté ensemble un projet.
Et j’y ai cru parce que je crois en Magali Thibault, j’ai confiance en elle. Il y a une espèce de sororité. Je suis sa grande sœur, puisqu’elle a 37 ans, moi j’en ai 54.
On se connaît depuis 25 ans, on se fait confiance. Et c’est 25 ans d’amitié et de confiance. C’est important de le dire.
Et j’y ai cru parce qu’elle m’a beaucoup poussée. D’accord. Elle a cru plus en moi que moi-même, largement.
Et c’est intéressant aussi de voir ce genre de parcours. Mais je ne suis pas une femme politique.
Sara : D’accord, c’est bien de le noter, c’est intéressant en tout cas, de se présenter ainsi. J’entends que comme levier, vous avez eu cette sœur, sœur de cœur, d’amitié. Est-ce qu’il y a d’autres leviers qui ont permis, qui vous ont aidé en fait, à arriver là où vous êtes, à l’Assemblée nationale en fait ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, il y en a un qui n’est pas un bon levier, c’est la colère. La colère.
Sara : Si on en fait quelque chose de constructif, je trouve que c’est plutôt positif au final !
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, après on a quand même un point commun avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d’habitants de Seine-Saint-Denis. On se sent largement discriminés, mis de côté.
On va parler d’un sujet, par exemple le handicap. Nous n’avons pas les mêmes moyens d’action à Seine-Saint-Denis que dans les autres départements de France. On va parler du sport, nous n’avons pas du tout les mêmes moyens en Seine-Saint-Denis.
Quand on regarde le taux d’équipement sportif, on est à 18 pour 10 000 habitants en Seine-Saint-Denis et la moyenne nationale, c’est 43. Donc, on est largement, on a un tiers, deux tiers de moins d’équipement sportif en Seine-Saint-Denis. Alors, on ne dirait pas comme ça, on dirait parce qu’il y a eu les Jeux olympiques, mais la réalité, c’est qu’on ne construit pas assez d’équipement sportif en Seine-Saint-Denis, il n’y a pas de moyens financiers.
Et donc, cette colère, elle m’a habité tout de suite. Colère face aux injustices, colère face au manque de moyens financiers, colère face à l’abandon, à l’abandon vraiment des politiques publiques. C’est ça qui a nourri mon envie de faire de la politique.
Sara : D’accord. Est-ce qu’il y a eu des obstacles à affronter pour arriver là aujourd’hui à la Seine-Saint-Denis ?
Fatiha Keloua-Hachi : Bon, moi, on va parler de féminisme. Moi, je pense qu’il y a des luttes intersectionnelles.
Sara : Oui.
Fatiha Keloua-Hachi : Vous dites oui, mais toutes les féministes ne disent pas la même chose.
Sara : Nous, on y tient.
Fatiha Keloua-Hachi :Pour moi, je suis au carrefour de toutes les difficultés. Je le sais et je… ça ne me dérange pas, ça ne me perturbe pas plus que ça, mais c’est bien de le dire. Je suis une femme.
J’ai six frères. Donc, je sais ce que c’est qu’être une femme face à six, être une sœur face à six frères. Je suis maghrébine, issue de l’immigration maghrébine, avec une supposition d’être musulmane vu mon nom et mon prénom.
Je suis femme de Seine-Saint-Denis et au niveau national, c’est un problème. Tout, je cumule en fait et je suis très… je suis virulente, je dis des choses. Là aussi, c’est un problème parce qu’une femme doit normalement se taire ou trouver des angles arrondis pour dire les choses.
Sara : Oui, elle doit être douce, et diplomate…
Fatiha Keloua-Hachi :Je ne suis pas douce et je ne suis pas diplomate. Je suis douce avec ma famille, il n’y a pas de problème, mais je ne suis pas en politique et je ne suis pas diplomate du tout. Donc, je cumule.
Je cumule tout ce que le genre masculin déteste et la droite et l’extrême droite détestent encore plus. J’en ai fait une force. Je joue même avec, c’est-à-dire que je pousse les choses à proposer des sujets sur l’immigration, par exemple, comme dans notre niche parlementaire.
J’ai beaucoup poussé pour que ce sujet soit dans la niche socialiste et pour qu’on voit quand même qu’en Seine-Saint-Denis, on a des députés qui défendent des causes qu’ils pensent justes et qu’ils pensent nationales. Je savais très bien que ça allait être une guerre ouverte avec le RN et avec la droite dite républicaine qui ne l’est plus. Ça l’a été en commission, c’était très compliqué, c’était violent, ça l’a été un peu moins en séance parce qu’ils ne sont pas venus.
Les députés RN étaient là, ceux qui avaient envie vraiment d’une tribune sur l’immigration. Mais voilà, j’en fais une force, c’est-à-dire que pour moi, on m’a donné la chance d’être à l’Assemblée Nationale. Pour moi, c’est une grande chance.
C’est un hasard et on me l’a très souvent dit, mais c’est une chance. Je ne l’ai pas volé, loin de là. J’ai beaucoup souffert et dans mon parti politique et pour arriver dans mon groupe, avoir une place, exister.
Ce n’est pas du tout du hasard acquis, gagné. Mais je considère que c’est une chance et que j’en profiterai jusqu’à la dernière minute.
Sara : Super, on compte sur vous ! Bon, je pense qu’on a compris vos motivations, les leviers, les obstacles. Est-ce que vous avez commencé un petit peu à nous… on a effleuré votre quotidien. À quoi il ressemble une semaine ou une journée, je ne sais pas, d’une députée ?
Fatiha Keloua-Hachi :Oui, on va prendre une semaine type.
Déjà, alors, on a trois jours à l’Assemblée Nationale, quasi obligatoires, puisqu’il y a les questions au gouvernement, il y a les commissions. Donc moi, je suis à la commission culture et éducation, que j’ai présidée pendant presque un an et demi. Donc ça, ce sont des journées obligatoires à l’Assemblée.
C’est du grosso modo 9h00 minuit. 9h00 minuit, les mardis, mercredis et parfois jeudis. Pourquoi minuit ? Parce qu’on a des textes en débat et que quand il y a un texte en débat qui commence à 17h, on le finit, on doit s’arrêter à minuit.
Parfois, on ne s’arrête pas. Quand on doit finir absolument un texte, on peut finir à 2h, 3h du matin, ce qui est franchement hors normes et hors règles, mais on le fait quand même et on le fait encore. Et puis ensuite, le lundi et le vendredi, je suis plus en circonscription.
Donc je suis à ma permanence parlementaire, à Rosny-sous-Bois. Et je reçois les habitants de la circonscription qui vont me parler de leurs problèmes et je vais faire de la médiation avec les différentes administrations. Par exemple, je vais prendre un exemple, un problème avec la caisse d’assurance maladie.
Moi, si le parlementaire écrit un courrier, la caisse primaire d’assurance maladie va me répondre. Alors que, on va dire, l’usager souvent n’a pas de réponse. Donc, le gros des difficultés en Seine-Saint-Denis, c’est les problèmes de préfecture et de papier, puisqu’on a quand même 40% d’immigrés en Seine-Saint-Denis.
Mais on a des problèmes de logement, de retraite, des problèmes de leur vie quotidienne. Sauf que comme on est passé au tout numérique, il n’y a plus de guichet nulle part. Et donc, les gens s’inquiètent parce qu’ils n’ont pas de réponse en général, ils n’ont pas de réponse.
Ou il y a eu des erreurs qui n’ont pas été rectifiées. Mon rôle, c’est aussi de faire de la médiation entre les administrations et les usagers, parce que, en fait, le parlementaire obtient des réponses. Je peux aussi poser des questions au ministère.
Par exemple, je ne sais pas, on a un problème avec le ministère de la justice, où il y a une pièce qui a disparu, d’un habitant de la circonscription. Je peux envoyer un courrier à un ministère. On va dire que c’est du travail de circonscription.
Donc ça, c’est le lundi et le vendredi. Le week-end, je suis en circonscription, dans les événements de la circonscription, de Rony Gagné vide-bombe. Là, par exemple, la semaine dernière, il y avait les télétons, donc j’étais au repas du téléton.
Et puis ensuite, il y avait un loto. Là, cette semaine, il y aura le banquet des retraités. Si il y a, par contre, un texte à l’Assemblée nationale, je serai à l’Assemblée nationale.
Parfois, on a des textes de lundi au dimanche. Quand c’est les projets de loi, par exemple, là, on a fait 40 jours, 40 jours jour et nuit, de 9h à 12h, tous les jours du lundi au dimanche. C’est totalement inhumain, mais c’est comme ça.
Sara : J’avais prévu de vous interroger sur la charge de travail. Je crois que j’ai ma réponse. Les jeunes mamans, les jeunes parents ne peuvent pas être parlementaires avec ces temps de travail ?
Fatiha Keloua-Hachi : On a des jeunes parents parlementaires, il y en a. Il n’y en a pas beaucoup, mais il y en a. Moi, dans mon groupe, j’ai deux mamans qui ont des enfants en bas âge, dont une qui a accouché en étant parlementaire assez récemment.
C’est un enfer, c’est un enfer. Oui, alors encore plus quand on est dans des outre-mer. Parce que ça complique absolument tout.
Oui, c’est compliqué, mais voilà, c’est les règles du jeu. Alors, on a essayé de modifier le règlement intérieur, mais il y a eu beaucoup de réticences et d’oppositions. Parce que moi, je pense qu’on ne peut pas travailler jour et nuit.
Il n’y a aucun intérêt, en fait. En plus, quand on fait comme ça une semaine entière de 9h à minuit, on travaille mal.
Sara : Exactement, on est en sous-performance.
Fatiha Keloua-Hachi : On ne défend pas bien les amendements. Il n’y a pas de qualité non plus au travail. Après, c’est un choix.
Pour moi, au début, honnêtement, je ne pouvais pas faire deux nuits consécutives. Je ne pouvais pas physiquement. C’est-à-dire que mon corps est habitué à enseigner et à faire 18 heures par semaine.
Je suis prof, je suis habituée à dormir pour récupérer et pour être en forme. J’ai toujours commencé très tôt, quand on est prof, à 8h moins 10, souvent. Par contre, les nuits, c’est infernal.
Je me suis habituée. Maintenant, j’arrive à faire trois, quatre nuits dans la semaine, mais je n’arrive pas à faire sept nuits. Je ne sais pas comment mes collègues font parce qu’il y a une excitation et un énervement parce qu’on est quand même à 577 dans l’hélicycle.
Vous avez compris, l’ambiance actuelle, ça braille. Et donc, moi, à minuit, le temps d’arriver en banlieue parisienne, je suis arrivée à une heure. Je ne peux pas dormir avant trois heures.
Ça, ce n’est pas que je puisse faire. Il y a un besoin de décompression. Je ne sais pas comment font mes collègues.
Je ne peux pas vous dire, mais il y en a qui arrivent à enchaîner des semaines entières et à dormir et me disent, moi, quand je rentre, parce que quand on est en province, on a un appartement à l’Assemblée nationale, une chambre. J’arrive à dormir tout de suite, dans le quart d’heure. Je ne sais pas de quoi ils sont faits. Moi, je n’y arrive pas.
Sara : Oui je vois, moi non plus, je ne peux pas… Et donc, j’entends que quand même, c’est un travail d’équipe. Vous arrivez à vous relayer parfois, si jamais vous ne pouvez pas faire les trois nuits d’affilée ?
Fatiha Keloua-Hachi : Alors, oui, mais nous ne sommes pas un groupe majoritaire. Comme on est un petit groupe, on est 69.
Automatiquement, on essaie d’être le plus possible d’entre nous et surtout les francs-sydiens, on est peu nombreux. Chez les socialistes, il y a peu de députés d’Île-de-France. Et donc, les franciliens sont en première ligne pour bosser.
Sara : OK, et donc là, on a parlé d’éventuels relais par vos homologues, mais je crois qu’aussi en tant que députée, vous avez une équipe derrière vous que vous avez constituée. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment vous la formez et comment vous collaborez entre vous ? Qui fait quoi ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, alors on a une enveloppe pour avoir des collaborateurs.
Moi, j’ai choisi mes collaborateurs au feeling. D’accord. Pourquoi je dis ça ? Parce que j’ai été prof, donc je n’ai jamais managé d’équipe, je n’ai jamais été patron, je n’ai jamais joué la boss.
Et donc, mon premier collaborateur, ça a été un militant que je connaissais, donc qui a travaillé dans ma campagne, qui a milité gratuitement. Et ensuite, ça s’est enchaîné. J’ai fait des entretiens et parfois je disais non, je n’ai pas le feeling.
Mais pour moi, ça me suffisait. Après, bien sûr, il y a une grande condition, c’est qu’on ait la même vision politique. Ça, c’est important.
Moi, j’ai une vision large, je vous dis juste d’être gauche, pas forcément que ce soit quelqu’un d’encarté au Parti socialiste, pas du tout. Ce n’est pas trop le critère. Mon critère, c’est des personnes volontaires, intègres et de gauche et féministes, parce que c’est très, très important pour moi.
Et voilà, c’est tout. Et ensuite, on s’est formé. J’ai une collaboratrice qui était déjà collaboratrice avant, une seule.
Tous les autres se sont formés sur le tas. Et l’équipe tient bien depuis 2012, je suis très contente. Moi, je leur fais confiance, beaucoup, beaucoup, parce que je pense que c’est comme ça qu’on travaille.
En tant que prof, j’ai fait beaucoup de formations, communication non-violente, tout ça, ça me sert. Voilà, mais ça se passe bien, voire très bien.
Juste, ce que je veux, c’est qu’en fait, chacun travaille à son rythme, comme il veut, d’où il veut. Mais par contre, ce qui est important pour moi, c’est que quand je dis un propos qu’il me ressemble, c’est-à-dire qu’à aucun moment on puisse, je ne sais pas, écrire une intervention et qu’il ne me ressemblerait pas, ça voudrait dire qu’on n’a pas assez discuté, qu’on n’a pas assez travaillé ensemble. J’essaie vraiment de parler beaucoup, beaucoup, beaucoup à mes collaborateurs, de façon à ce qu’ils s’imprègnent de qui je suis et de mes valeurs.
Pour l’instant, ça marche très bien depuis 2022.
Sara : Super. Donc là, c’est quand ça marche bien, quand tout va bien, quand on s’entend bien. Il y a près d’un an, vous avez voté la motion de censure contre Bayrou et ça, c’était contre le choix d’Olivier Faure, qui vous donnait des indications, j’imagine. Cette année aussi, après toute l’affaire Betara, vous avez présidé la commission d’enquête sur la prévention des violences dans les établissements scolaires et les modalités de contrôle par l’État.
Ma question, c’est : qu’est-ce qui se passe quand on n’est pas d’accord avec son groupe ? Comment ça se passe, les consignes de vote et quels sont les risques auxquels on s’expose si jamais on ne rentre pas dans le rang ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, la difficulté avec moi, c’est que je rentre rarement dans le rang. Après, j’ai des qualités (rires) donc il faut me prendre comme je suis, c’est-à-dire que c’est difficile, j’entends bien, c’est-à-dire que je suis quelqu’un de combattif, je pense apporter beaucoup à mon groupe politique, beaucoup, beaucoup, parce que je suis, par exemple, la seule parlementaire de Seine-Saint-Denis chez les socialistes, il y a beaucoup de députés de zones rurales, plutôt. J’apporte un autre regard, d’autres combats, je les partage, j’écris des propositions de loi qui ont pour moi beaucoup de sens et mon groupe me dit qu’elles ont du sens, donc je suis contente.
Mais, le côté négatif, c’est que je ne sais pas rentrer dans le rang, comme je ne l’ai jamais fait, même quand j’étais prof, fonctionnaire de l’éducation nationale, et ce n’est pas aujourd’hui que je le ferai. Donc, soit on m’explique et on argumente de pourquoi je dois faire quelque chose et je dois être convaincue, si je ne le suis pas, je ne peux pas le faire, quelles que soient les conséquences, et bien sûr il y a des conséquences, évidemment, dans un groupe politique, le but c’est qu’on soit à l’unisson, et si il y a des gens qui votent autrement, ça veut dire qu’il y a des failles, et ce n’est pas bon pour le groupe, évidemment, je ne dis pas le contraire, sauf que je n’ai pas réussi à trouver comment faire, en fait. Je ne peux pas faire quelque chose quand je n’y crois pas, et je sais que ça fait du mal à mon groupe, je l’entends, donc pour l’instant, je suis encore là, personne ne m’a exclu, viré, mais je sais que je suis, je sais que ce n’est pas une bonne chose.
Par contre, je ne pourrais pas changer, c’est impossible, fondamentalement je suis comme ça, c’est-à-dire que si je ne suis pas persuadée de quelque chose, je ne peux pas le faire.
Sara : Et est-ce que vous pensez que cette liberté d’action, elle est peut-être liée au fait que vous êtes professeure, professeure de français, et que si jamais, à un moment ou à un autre, pour une raison x ou y, on vous exclut du groupe ou, bref, vous ne pouvez pas continuer dans cette mission-là, vous avez de quoi retomber sur vos pattes ?
Fatiha Keloua-Hachi : Vous savez, je pense que dans la vie, on a toujours de quoi retomber sur nos pattes. Toujours.
Oui, je suis fonctionnaire de l’éducation nationale, je serai rémunérée jusqu’à mes 64 ans, d’accord, et j’irai bosser. De plus, j’ai toujours aimé ce que je faisais, donc il n’y a pas du tout de sujet. Mais même dans tous les cas, vraiment je suis persuadée que dans la vie, on a toujours deux choix.
Toujours. Et je vais parler des périodes sinistres de la France, par exemple de la collaboration, il y avait toujours deux choix. Il y a le choix de se soumettre, c’était facile, ce n’est pas des choix douloureux.
C’est confortable. On est dans un mouvement, on est avec les autres. Et puis, il y a le choix de faire autrement.
Et c’est vraiment une décision qui a des conséquences, mais qu’on peut tous prendre. A partir de là, oui, c’est confortable d’être parlementaire, on a une très bonne indemnité.
Sara : Avec les semaines que vous avez, je me dis, bon, c’est quand même bien justifié ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, mais bon, il y a des internes à l’hôpital qui font à peu près la même chose que nous et qui font 30 euros par mois.
Sara : Ah oui ça c’est sûr, on est bien d’accord.
Fatiha Keloua-Hachi : Donc non, je pense qu’on est très bien indemnisé, que c’est très confortable. Vous savez, maintenant on m’ouvre la porte. Il y a des gens à l’Assemblée qui me disent bonjour Madame Keloua-Hachi, c’est étonnant. Moi je me dis, je suis sur quelle planète là. Mais ça n’est pas la vraie vie.
Et donc il y a un moment où, moi je me dis, en tout cas personnellement, je vais atterrir. Là c’est bien, je suis sur un petit nuage, je m’amuse. Alors je m’amuse dans le sens où je fais des choses qui me plaisent.
Ça me plaît beaucoup de rencontrer plein d’acteurs institutionnels, de rencontrer des ambassadeurs, d’aller à l’ONU. Je suis allée à l’ONU à New York quand même le 8 mars l’année dernière, c’était merveilleux. Donc je fais plein de choses super, mais je sais que ce n’est pas la vraie vie.
Sara : D’accord. Eh bien justement, on a commencé en parlant, en préparant l’épisode. Là, on est dans un volet métier du podcast. Mais donc est-ce que député·e, c’est vraiment un métier ?
Fatiha Keloua-Hachi : Non, non, non, non, pas du tout. Ce n’est pas un métier. Faire de la politique n’est pas un métier.
Sara : On peut se poser la question face au parcours de certaines personnes…
Fatiha Keloua-Hachi : Justement, c’est là où je vais en venir. Les parlementaires, ce sont des représentants du peuple.
Donc normalement, ils doivent avoir tous et toutes un métier, une vie avant d’être parlementaires. Et c’est comme ça qu’on rend le parlement le plus riche possible des expériences des uns et des autres. Et donc, être député, c’est une mission.
On ne reçoit pas un salaire, mais une indemnité. Et une fois qu’on a fini cette mission, et moi je suis contre le cumul dans le temps des mandats, parce que quand on voit des parlementaires dont Jeter est le nom, qui sont à l’Assemblée nationale depuis 40 ans, c’est-à-dire qu’ils sont à leur huitième mandat, je me dis que ça devient délirant. Donc, je pense qu’être parlementaire, deux mandats, c’est très bien.
Dix ans, c’est le maximum pour bien comprendre comment fonctionne le parlement. Et ensuite, il faut aller retourner à la vie civile. Le métier, c’est normalement ce pour quoi on a été formé et on a une expérience professionnelle.
Or, la politique, ça n’est pas un métier du tout d’être parlementaire ou député ou sénateur ou même maire. Ce n’est pas du tout un métier. Il n’y a pas de formation d’ailleurs.
Regardez, moi je suis prof, mais j’ai aussi une collègue qui est agricultrice, j’ai des collègues qui sont ingénieurs, j’ai des collègues qui sont médecins, j’ai un collègue qui est ouvrier. Il y a de tout. C’est important pour moi parce que quand je vois un jeunot de dix-sept ans qui, on va dire son nom, Gabriel Attal, qui n’a fait dans sa vie que de la politique, il n’a jamais travaillé.
Je vais reprendre son CV. Il a été stagiaire de député. Ensuite, il a été collaborateur de ministre.
Ensuite, il a été député, ministre et député. Je me dis qu’il faut s’inquiéter de ce genre de profil. Alors qu’il y en ait un, ce n’est pas grave.
Qu’il y en ait deux, ce n’est pas grave. Mais il ne faut pas que ce soit une majorité à l’Assemblée nationale. Sinon, on ne représente plus rien du tout. On représente juste la politique.
Sara : Oui, sinon, c’est un groupe hors sol, totalement déconnecté.
Fatiha Keloua-Hachi : Tout à fait.
Sara : Donc, vous avez répondu à mon autre question qui était, est-ce qu’on fait carrière en politique ? Et je pense qu’on a la réponse, on a votre réponse, et je veux beaucoup me rejoindre à ça. Quels sont les aspects pour vous les plus gratifiants et les plus difficiles ?
Fatiha Keloua-Hachi : On va commencer par le difficile comme ça on finira par le meilleur. Les plus difficiles, déjà le fait d’être beaucoup beaucoup beaucoup à l’Assemblée, heureusement que mes enfants sont adultes, que mon mari s’intéresse à la politique et comprend ce que je fais au Parlement. Difficile, c’est d’être une femme. Pour moi, c’est vraiment difficile, pourquoi ? Parce que les hommes ont, j’allais dire, leur club, c’est-à-dire qu’ils discutent entre eux et donc on les voit à la buvette ou dans des salons de l’Assemblée nationale, ils ne discutaient pas de politique, ils discutent entre eux, ils créent leur cercle, leur amitié, leur accointance et donc ils font des espèces de groupes, clubs, pas forcément avec affinité politique, ça peut être entre eux, ceux qui aiment la bière, ils discutent de bière, ils discutent de golf, ils discutent de ce qu’ils veulent, de femmes et ils ont le pouvoir, ils ont le pouvoir, ou ils ont du pouvoir.
Et des femmes à côté, elles sont moins proches les unes des autres, parce que déjà elles galèrent beaucoup. Donc on est dans une espèce de grosse galère tout le temps, à exister, à imposer nos idées, à dire non mais il faut me donner la parole. Et en tout cas, moi c’est un ressenti, ça ne veut pas dire que c’est une généralité, c’est mon ressenti.
Sara : C’est votre ressenti qui nous intéresse.
Fatiha Keloua-Hachi : Merci. Et moi, ma difficulté au quotidien, c’est de dire ok je suis une femme, pour vous je suis le sexe faible. Alors en politique c’est clair, c’est évident, clair, quand on voit, alors on va prendre un exemple, la commission mixte paritaire de ce matin, qui a échoué sur le projet de loi de finances, il y avait une femme et dix hommes. Donc il y a dix parlementaires, pourquoi on choisit que des mecs en fait ? Pourquoi ? C’est une commission mixte paritaire ? Paritaire ! Donc c’est Assemblée, Sénat, et tout à coup c’était un déferlement de mecs. Et donc le pouvoir est masculin, en politique, et la grande difficulté c’est d’être une femme, et de penser que l’égalité peut exister. Voilà, parce que moi je suis persuadée qu’à compétence égale, on devrait avoir le même parcours. Or à compétence égale, je vois des collègues qui sont ministres, qui arrivent à faire passer tous leurs textes de loi, qui arrivent à faire passer leurs idées, et nous les femmes on galère quand même beaucoup plus. Et là je parle pas du groupe socialiste, je parle en général.
Sara : On a le souvenir de remarques sur la tenue de Cécile Duflot, ça je pense que ça nous a tous et toutes (et surtout toutes) marquées.
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, très traumatisant.
Et donc les bons moments sont les victoires, et les victoires politiques. Moi le repas à un euro, pour moi ça a été un moment incroyable. Pourquoi ? Parce que je l’avais déjà passé en 2023, et il m’avait manqué une malheureuse voix, et j’étais traumatisée, parce que c’était mon premier texte de loi. Et donc en persévérant, quand ce texte est passé, pourtant en plus il n’y a pas de décret, puisqu’il n’est pas passé au Sénat. Mais pour moi ça a été une grande victoire politique, parce qu’en fait, à l’Assemblée, tout le monde s’en fout des jeunes.
Sara : Oui, lorsqu’on parle du repas à un euro, c’était le repas à un euro au CROUS pour les étudiant·es.
Fatiha Keloua-Hachi : Pour tous, pour tous les étudiants, sans discrimination. Et puis d’avoir fait passer aussi l’idée de l’universalité des lois. Et ça, c’est encore un long, long, long chemin. Et on vous dit mais non, mais le fils de Bernard Arnault va manger gratos, c’est pas normal. Alors déjà, le fils de Bernard Arnault n’ira pas à la fac, parce qu’il faut remettre les choses dans l’ordre. Qui va à la fac aujourd’hui ? Un et deux, le fils de Bernard Arnault n’ira pas au CROUS, il n’ira pas se faire une queue de 45 minutes pour aller manger un repas à un euro. Mais l’universalité des lois, c’est encore un très long combat. Parce que quand on dit aux gens, vous êtes riches, mais votre enfant va à l’école publique, à maternelle, à l’école. Pourquoi vous profitez du système de la maternelle gratuite, des activités gratuites, si vous n’êtes pas pour l’universalité ? Et là, ils disent non, d’accord, l’école oui, mais la fac non.
Sara : Comme par hasard. C’est surprenant quand même que je trouve qu’il y ait cet argument qui soit avancé, parce que pour payer les impôts, là, finalement, on est OK pour les inégalités, pour les exonérations, les choses comme ça.
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, oui, oui. Là, c’est encore autre chose, parce que les impôts ne sont pas non plus si universels que ça. Parce que si on prenait les revenus et que tout le monde payait, était face à l’impôt égalitaire, on n’aurait plus de problèmes financiers en France.
Sara : C’est ce que je dis, on est d’accord !
Fatiha Keloua-Hachi : Donc voilà, ma grande victoire pour moi, ça a été le repas à l’euro, parce qu’on a parlé des étudiants, on a parlé des courses, on a parlé de la précarité étudiante pendant deux fois deux heures, puisque c’est en 2023 et 2025. Et déjà, juste ça, j’étais réjouie.
Sara : Super, merci beaucoup pour ça.
Et si vous deviez retenir une expérience, l’expérience la plus mémorable, ce serait quoi ?
Fatiha Keloua-Hachi : Mémorable de façon positive ou mémorable de façon négative ?
Sara : Comme vous le souhaitez.
Fatiha Keloua-Hachi : Pour moi, mon expérience mémorable, ça a été le congrès à Versailles pour la constitutionnalisation de l’IVG.
Sara : D’accord.
Fatiha Keloua-Hachi : Pour moi, ça a été, ça a été pour moi un séisme, parce que j’ai très peur que le Rassemblement National arrive au pouvoir et qu’il détricote la constitution. Et je me dis, tout ce qui peut être gravé dans le marbre sera plus difficile à détricoter que de simples lois.
Et donc, pour moi, ça a été vraiment un très, très beau moment où la droite et l’extrême droite se sont fait toutes petites. Et ça, c’est intéressant. C’est-à-dire qu’il n’y a pas eu tant de votes contre que ça.
Sara : D’accord !
Fatiha Keloua-Hachi : Alors que les débats étaient très violents dans les deux hémicycles au Sénat et à l’Assemblée, très violents. En congrès, ceux qui ont voté contre se sont fait tout petits.
Et beaucoup se sont abstenus pour dire « je ne peux pas ». Et je me suis dit, c’est un vrai grand progrès, quoi. Ça veut dire que ça a dépassé leurs petites idéologies crasses.
Sara : D’accord. Et si ils et elles étaient aussi virulent·es lors des échanges, est-ce que c’était un peu pour faire le show, pour avoir après des éléments de langage ou pour les médias ?
Fatiha Keloua-Hachi : Non, non, non. Je ne parlerai pas du Rassemblement national que je maîtrise moins. Ce n’est pas que je maîtrise moins.C’est que leur histoire au Parlement est récente. Ils viennent d’arriver. Au Sénat, ils n’y sont pas. À l’Assemblée, il y a eu un raz-de-marée, mais il est récent.
Par contre, les Républicains, c’est vraiment dans leur idéologie. C’est vraiment la famille, le taux de natalité, c’est important. On ne peut pas avorter. Certains vous disent clairement qu’on ne peut pas avorter, que c’est un don de Dieu, qu’il faut l’accepter. Bon, on peut accepter qu’il y ait des cas de viol, où il y aurait un avortement, mais c’est tout. Et c’est vraiment une idéologie. C’est très ancré.
Sara : Ok.
Votre plus grande fierté ?
Fatiha Keloua-Hachi : (silence) J’allais dire quand même, je suis sacrément fière d’être juste à l’Assemblée nationale et au Parlement, parce que je suis quand même une enfant d’immigrés.
Alors, vous avez dit Kabylie. Vous savez, la Kabylie, c’est une toute petite région agricole et dans les montagnards d’Algérie. Moi, je trouve que j’ai fait un sacré parcours. Et je ne suis fière pas pour moi —franchement, pas du tout pour moi. Je suis fière pour tous ceux pour qui je représente quelque chose. Beaucoup de femmes immigrées, beaucoup de filles immigrées, beaucoup de gens en Kabylie, dans leurs montagnes, qui me suivent, qui me commentent et qui respectent beaucoup tout ce que je fais. Et parfois, ils ne sont pas forcément d’accord avec ce que je fais. Mais pour eux, c’est la fille kabyle qui sort du lot. Moi, je le revendique. Je suis super fière de mon parcours et de qui je suis. C’est bien parce que c’est un parcours de vie ! Là, aujourd’hui, j’ai 50 ans, je suis fière. A 30 ans, je l’étais beaucoup moins. Parfois, j’essayais de ne pas trop montrer qui j’étais pour passer plus simplement. Donc, c’est un cheminement de vie. Et aujourd’hui, je suis contente parce que je suis apaisée, je suis tranquille avec moi-même.
Sara : Oui, il y a un alignement qui est là ?
Fatiha Keloua-Hachi : C’est ça.
Sara : Super, merci.
Donc, très bien. Maintenant que vous avez inspiré toutes nos auditrices, quelles sont les qualités, les compétences, soit à avoir déjà un peu intrinsèquement, soit à développer, à acquérir ?
Fatiha Keloua-Hachi : Alors, comme je vous ai dit, ce n’est pas un métier. Il faut acquérir les choses. Je pense qu’il faut dépasser sa peur.
Je vais être très honnête avec vous. Moi, j’ai un syndrome de l’imposteur, très fort, très, très fort. Plus, plus, plus, plus. C’est-à-dire qu’à chaque fois qu’il m’est arrivé quelque chose de positif dans ma vie, je disais « je prends la place de quelqu’un d’autre, je ne le mérite pas ». Et que chaque fois que ce soit, quand j’ai réussi mes concours de l’éducation nationale et tout, et au Parlement, ça se voit tout de suite. Quand on n’a pas confiance en soi, ça se voit. Et on en profite beaucoup.
Et donc, il faut savoir jouer un rôle. Moi, c’est ce que j’ai fait en tant que prof.J’ai joué un rôle. Je ne suis pas une personne autoritaire de nature. J’ai joué, en Seine-Saint-Denis, si on ne joue pas un rôle d’être respectée par les gamins (et les respecter, bien sûr, en retour !) ça ne passe pas. Donc, cette cape-là, magique, je savais déjà la porter. J’en porte une nouvelle aujourd’hui. Est-ce que ça s’acquiert ? Je ne sais pas. Je pense que oui. Mais la chose la plus importante à avoir, c’est savoir porter cette cape magique qui nous rend puissants, qui nous rend invincibles. En tout cas, au regard de l’autre.
Sara : Oui, d’accord, c’est intéressant.
Est-ce qu’il n’y a pas aussi des notions de détermination, de ne rien lâcher, de savoir où on veut aller ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, oui. Mais là, on ne part pas tous du même niveau, en fait. Moi, je vois les parlementaires de Seine-Saint-Denis, on a tous des points communs, beaucoup. Pourtant, on est de partis politiques différents. Mais nous, on a une forte détermination parce qu’on vient de très bas, en fait. On ne vient pas tous de très bas. Mais ce qu’on voit au quotidien nous donne de la force, beaucoup de force.
Sara : D’accord.
J’entends aussi quand même dans les qualités de l’empathie, non ? À avoir pour pouvoir représenter justement un certain nombre de personnes qui nous ressemblent parfois, et parfois qui nous ressemblent un peu moi aussi ?
Fatiha Keloua-Hachi : (hésitation) Je ne sais pas. Je ne sais pas si c’est une qualité d’un parlementaire d’avoir de l’empathie.
Sara : D’accord.
Fatiha Keloua-Hachi : Je pense qu’il ne faut pas en avoir, justement. Pourquoi ?Parce que… Alors, moi, je suis une éponge émotionnelle, c’est-à-dire que j’aime les gens. J’ai toujours été comme ça. Je suis d’une très grande humanité. C’est-à-dire que pour moi, en face de moi, je reconnais toujours l’humain, que la personne est qui que ce soit. Est-ce que c’est positif ? À l’Assemblée nationale, je ne suis pas sûre.
Parce qu’en fait, ce qu’on nous demande beaucoup, c’est de représenter des groupes et pas des humains. Des groupes sociaux, on nous demande des chiffres, des pourcentages. Et c’est l’argumentation souvent… Moi, j’aime bien citer des gens de ma circonscription, et tout le monde se moque de moi, par exemple. Ils me disent « mais tes exemples, là, ça va cinq minutes, quoi ». Alors, je continue à le faire, mais je ne suis pas sûre. Je ne sais pas si ça touche… Je continue à le faire, à dire « oui, j’ai rencontré Linda dans ma circonscription, elle avait un problème de carte de résidence, elle est en France depuis trente ans, donc ça ne va pas ». Et souvent, ils disent « ouais, ton exemple, il est fin ». Parce que peut-être qu’il y a aussi des députés qui sont perchés et qui ne vivent pas vraiment dans leur circonscription, j’en sais rien. Donc, l’empathie, oui, mais faire attention à rester crédible.
Sara : Et donc, on reste crédible en étant analytique, en sachant bien argumenter, en ayant des qualités oratoires aussi, je suppose ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, oui. Oui, tout à fait, vous avez raison. Avoir un esprit d’analyse, les qualités oratoires aussi, ça peut servir, mais ça peut servir seulement. En réalité, moi, je vois des députés qui ne sont pas très bavards, prolixes, qui ont peu de qualités [oratoires NLDR] et qui sont de bons députés. Moi, je trouve que les qualités oratoires, elles servent plus pour le show, comme un avocat en réalité. C’est plus sur les réseaux sociaux, les gens disent « waouh, il a de la répartie, celui-là, c’est chouette ». Mais moi, je suis partisane quand même du travail, des gens qui travaillent, qui travaillent leurs dossiers. Et moi, à mon avis, je bosse. C’est à dire que je ne fais pas semblant.
Sara : Oui, c’est ce que j’allais dire ! Parce qu’on voit les débats à l’Assemblée, mais en fait, c’est une pointe émergée de l’iceberg. En réalité, il y a beaucoup d’heures de travail, de préparation avant.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu comment ça se passe, comment on prépare un dossier, comment on prépare un texte de loi, etc.?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui. Tout dépend si on porte le texte ou si on est en train de discuter un texte.
Quand on discute le texte de quelqu’un d’autre, on va déjà déposer des amendements, c’est-à-dire qu’on va essayer de le corriger, de l’améliorer. Et donc, il faut déjà comprendre le texte de loi. Quand on n’est pas dans le juridique, c’est déjà très compliqué, mais on a des collaborateurs pour ça. Ensuite, on doit réfléchir à comment l’améliorer, ce texte. Donc, il y a tout un travail en amont de dépôt d’amendements.
Ensuite, il faut savoir défendre ces amendements, donc donner envie aux collègues de les voter. Et là, c’est un travail aussi de lobby, c’est-à-dire qu’il faut aller voir les copains. Moi, je ne vais jamais voir le Rassemblement National, ça c’est impossible pour moi, mais même les LR, je vais les voir pour leur dire « voilà, il faut améliorer ce texte, ça serait bien que tu votes ceci, qu’est-ce que tu en penses ? ». Pour augmenter le budget, moi, de la culture, ça serait bien qu’on remette la part collective du Pass Culture, au moins, au minimum, à ce qu’elle était précédemment, qu’est-ce que tu en penses ? Et ensuite, dans l’hémicycle, on va présenter nos arguments, donc nos amendements, et on va essayer de les faire voter.
Si par contre, on est à l’initiative de la loi, là, c’est des mois de travail. C’est autre chose, puisqu’on va auditionner, donc on va réfléchir à qui on peut auditionner de plus représentatif pour nous aider à bien écrire la loi. Ensuite, il y a un travail d’écriture de la loi, et ensuite, il y a tout le travail de publicité autour de la loi.
Sara : Est-ce que ce que vous avez étudié pour devenir prof de français, et votre grande expérience en tant que prof de français, ça aide aussi pour manier tous ces textes ?
Fatiha Keloua-Hachi : Oui, franchement, je suis étonnée quand je vois des parlementaires qui n’ont pas fait d’études, parce qu’il y a énormément de lecture, énormément de travail de lecture et de compréhension de textes.
Je vais vous donner un exemple. Parfois, j’arrive en commission de l’éducation, il y a un rapport qui a été émis la veille, donc la veille, de 80 pages, et le lendemain, il faut l’avoir lu ou compris pour poser une question au rapporteur. Souvent, je n’ai pas le temps le soir de le faire, donc le matin, je prends le rapport et j’arrive, c’est ce que j’ai appris dans mes études, à lire en diagonale. Je sais lire en diagonale, je peux lire 20 pages en 10 minutes, je sais le faire, garder l’essentiel.
Je me demande comment beaucoup de collègues qui n’ont pas fait d’études —et je tairai les noms de gens que je connais qui n’ont fait aucune, enfin qui sont allés jusqu’en troisième ; il n’y en a pas tant que ça, il y en a, je ne sais pas comment ils font. (17:03) Donc oui, ça aide de bien savoir lire vite, de savoir rédiger.
Sara : On mentionnait en introduction que vous alliez voir des jeunes filles, des jeunes hommes dans les écoles. Qu’est-ce qui vous surprend le plus de leurs réactions, de leurs questions ? C’est quoi les choses que vous voudriez partager sur ces expériences-là ?
Fatiha Keloua-Hachi : Alors moi, je suis souvent très étonnée par le miroir qui se produit avec les jeunes filles. J’ai été prof, et j’ai été beaucoup prof (une quinzaine d’années) en collège. Et les filles de collège, entre la quatrième et la troisième, elles détestent leurs profs femmes. Il y a une espèce de rivalité qui se crée. Sixième, cinquième : elles sont super, c’est un peu l’image de la maman. Et dès la quatrième, elles vous regardent souvent de travers, les tenues, comment est habillée la prof, le regard de la femme sur la jeune fille. Donc souvent, ça ne se passe pas très bien.
Et là, comme j’ai une autre casquette, elles me regardent avec des yeux admiratifs. Et souvent, les jeunes filles, elles me posent des questions très personnelles sur ma vie. Je réponds à tout, pas de limites. Je suis très contente de répondre à toutes les questions qu’elles me posent. Même des jeunes filles de Rosny-sous-Bois, c’est ma ville, donc je me promène avec mon chien. « Comment s’appelle ton chien ? Comment tu fais ? Est-ce que tu arrives à le sortir ? » Tout et n’importe quoi, l’indemnité et tout. À quel moment je vois mes enfants et ma famille ? Mais elles ont un regard sur moi que mes élèves n’avaient jamais porté.
Il y a une petite, que je suis depuis deux ans, le premier regard qu’elle a eu sur moi, c’était « Moi, je veux faire une carrière politique comme toi. Je veux devenir maire de la ville de Rosny-sous-Bois ». C’est mon argumentaire. Elle était en CM2 à l’époque. Je l’ai revue en sixième, toujours pareil, « Je veux faire de la politique, je veux devenir maire de la ville et je t’explique pourquoi ».
Et je trouve ça incroyable, une petite de quartier politique de la ville, dans un quartier quand même très difficile, très enclavé. Je me dis que j’ai réussi un truc chouette. Surtout le regard des petites filles, des jeunes filles, sixièmes, cinquièmes, mais même dixièmes d’ailleurs. Je fais beaucoup aussi de dixièmes.
Les garçons sont super contents, dynamiques, machin, mais ce n’est pas la même chose. J’ai l’impression que j’ai brisé un plafond de verre pour elles et qu’elles se rendent compte très tôt, on se rend compte des limites quand on est une jeune femme de banlieue. Et elles me regardent avec beaucoup d’admiration, beaucoup d’envie de faire pareil et tout. Je trouve ça trop chouette.
Sara : C’est génial ! Super, merci beaucoup de faire ça et on espère que le podcast pourra un petit peu contribuer à ça aussi.
Pour finir, quels conseils vous auriez ? Est-ce qu’il y a d’autres conseils que vous auriez à transmettre justement à ces jeunes —ou moins jeunes d’ailleurs ?
Fatiha Keloua-Hachi : On peut donner des conseils, mais quand on ne vit pas la même chose, on ne reçoit pas les conseils de la même façon. Moi, le conseil que je me donnerais à moi-même, c’est « tu vaux autant que les autres. N’aie pas peur, tu vaux autant que les autres ».
Sara : C’est précieux, oui.
Fatiha Keloua-Hachi : Merci.
Sara : Est-ce que pour poursuivre la réflexion, pour se renseigner, est-ce qu’il y a des ressources que vous nous conseillez ? Je ne sais pas, des personnes à suivre, des personnalités à suivre ou des livres à lire ?
Fatiha Keloua-Hachi : Je ne sais pas de quel sujet on parle là. Moi, je crois qu’il y a des livres à lire dans la vie, il y a quelques livres incontournables. En tout cas, moi, ce qui m’a amenée en politique, c’est Victor Hugo. C’est Victor Hugo parce que Victor Hugo était républicain et est devenu un homme de gauche avec le temps. Victor Hugo a eu des écrits incroyables avant même de faire de la politique sur les inégalités sociales. Et en faisant de la politique, il a écrit des textes en tant que parlementaire qui sont lumineux sur la misère notamment, où justement, lui, il prend des exemples précis de la misère parisienne pour éclairer les parlementaires.
Et puis, il y a d’autres textes sur, peut-être, moi je dirais par exemple sur des sociologues, sur les transfuges de classe, qui sont pour moi importants, c’est-à-dire comment on sort de sa classe sociale et en restant indemne. Parce que souvent, on a une espèce de syndrome d’avoir trahi. En tout cas, pour moi, deux textes importants, Victor Hugo et puis des sociologues comme Chantal Jaquet sur les transfuges de classe. Et aussi, en ce moment, ma lecture, c’est Jean-Paul Delahaye. Il a fait un roman récemment, mais il a aussi fait des écrits sur les élèves pauvres, comment ils sont regardés, comment ils sont vus et comment on peut aussi changer de regard sur eux.
Sara : D’accord. En complément, ce que vous me racontez, ça me fait penser à un livre qui est peut-être plus accessible que des essais sociologiques, qui est Illégitimes, au pluriel (je crois que c’est au pluriel !), de Nesrine Slaoui, que j’avais beaucoup apprécié, que je recommande aux auditeurices. Et dans ce genre-là aussi, on en a déjà parlé, mais dans les transfuges de classe, il y a les témoignages d’Edouard Louis qu’on apprécie beaucoup aussi.
Fatiha Keloua-Hachi : Les deux sont sur ma table de chevet !
Sara : Ah ben voilà (rires), ça tombe bien !
Merci beaucoup, Fatiha, vraiment, encore, de nous avoir accordé ce temps —et à bientôt peut-être. Merci beaucoup.
Fatiha Keloua-Hachi : Merci.
—
Florence : On espère que cet épisode vous a plu. Si c’est le cas, n’hésitez pas à le partager à vos proches, ou à nous noter 5 étoiles pour contribuer à sa diffusion.
Sara : La Place des Grenouilles est une association à but non lucratif qui compte sur vos dons. Vous pouvez aussi adhérer à l’asso à partir de zéro euro !
Toutes les infos sont disponibles sur notre site internet
Florence : lapdg.fr
[fin de la musique de générique d’intro]


Laisser un commentaire