[podcast] Passeuse d’Histoire(s) – Evelyne Morin-Rotureau

Passeuse d'Histoire(s) de femmes, Evelyne Morin-Rotureau

Dans cet épisode hors catégorie (« Inclassable »), nous sommes accompagné·es d’Evelyne Morin-Rotureau. Elle nous fait voyager à travers l’Histoire, les histoires de plusieurs femmes qui ont marqué l’Histoire. Elle nous raconte :

  • son parcours : d’études d’histoire à Déléguée aux droits des femmes
  • ce qui l’a amené à écrire des biographies de femmes pour les enfants
  • et à organiser des cycles de conférences, jusqu’à en créer elle-même
  • les lois qui l’ont marquée ces dernières décennies
  • et aussi de divorce, de première et seconde guerre mondiale, de la Révolution, d’IVG, de politique, de parité, de contraception, d’égalité salariale
  • de Michelle Perrot, de Gisèle Halimi, de George Sand, d’Yvette Roudy, d’Olympe de Gouges, de Simone Veil, de Marguerite de Navarre, de Christine de Pizan, de Louise Labé, de Camille Claudel, de Marguerite de Valois, de Madeleine Riffaud et bien d’autres.

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Ressources

Oeuvres citées :

Autres ressources :

Législation

Agir en Europe aussi

  • Pétition Ma voix Mon choix sur le droit et l’accès à l’avortement en Europe.

Notes sur l’épisode :

  • * Marguerite de Navarre est née au XVe siècle (1492) mais c’est au XVIe siècle qu’elle a écrit.

L’épisode a été enregistré le 19/03/2025.

La musique est composée par Gisula (https://gisula.com).

Transcript de l’épisode

[musique de générique d’intro]

Sara : La Place des Grenouilles, c’est une association ET un podcast qui proposent des espaces de discussion et de réflexion pour déconstruire, ensemble, les normes de genre.

Florence :  Au fil des épisodes, on vous propose :

  • de revenir sur des oeuvres et événements qui nous ont plu,
  • de découvrir des métiers à priori genrés,
  • ou encore d’approfondir des sujets de société grâce à des expertEs de différents domaines”

Sara : Nous sommes Florence et Sara,

Florence : bienvenue sur La Place des Grenouilles”

[fin de la musique de générique d’intro]

Florence : 

Bonjour tout le monde, ici Florence. Aujourd’hui j’ai le plaisir d’accueillir Évelyne Morin-Rotureau. Bonjour Évelyne !

Evelyne Morin-Rotureau : 

Bonjour Florence

Florence : 

Alors tu es historienne et autrice de 17 livres. Tu as été déléguée aux droits des femmes et à l’égalité de 89 à 2006 donc pendant 17 ans. Tu transmets l’Histoire des femmes auprès d’un large public à travers des colloques, des cycles de conférences, des émissions de radio, des expositions, des interventions en milieu scolaire et associatif. Tu as aussi dirigé chez Autrement la collection Combat de Femmes sur la première et la deuxième guerre mondiale.  

Tu as également écrit des biographies pour la jeunesse sur Camille Claudel, Louise Michel, Olympe de Gouges, Hélène Boucher, Jeanne d’Arc, Marguerite de Valois, George Sand, Geneviève Anthonioz de Gaulle… et j’en passe. Alors, déjà, je sais pas comment tu as fait pour pour faire tout ça. 

Est-ce que tu peux nous raconter un peu ton parcours en terme de carrière et qu’est-ce qui t’a amené à faire ça?

Evelyne Morin-Rotureau : 

J’ai fait des études d’histoire jusqu’au DEA et en fait j’ai été un peu professeur mais c’était surtout des remplacements et j’ai commencé à passer des concours administratifs. Et j’ai été reçu un concours administratif de la préfecture. Et en fait, le préfet de l’époque me disait “vous êtes surdiplômée pour les postes que je peux vous proposer. Il y a quelque chose de nouveau qui se met en place : c’est la délégation aux droits des femmes. Si ça vous intéresse, je vous vous mets sur ce poste.” 

Je ne savais absolument pas en quoi ça allait consister mais ça m’a beaucoup plu quand même <rires> et je n’ai jamais regretté. Et j’ai commencé ce travail de chargé de mission départementale aux droits des femmes à l’époque. Il y avait il y a il y a toujours eu un une ministre, une déléguée régionale et une chargée de mission par département.

Florence : 

C’était en quelle année du coup ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

En 89 

Florence : 

d’accord 

Evelyne Morin-Rotureau : 

et surtout on avait une grande liberté de travail. On avait un budget conséquent, et une grande liberté de travail. Et donc on pouvait initier des opérations avec l’Éducation Nationale, avec la direction du travail, avec les hôpitaux, sur les les violences ou les contraceptions, avec le le tissu associatif également, enfin c’est, ça a été vraiment très très intéressant.

Florence : 

d’accord et du coup est-ce que c’est à ce moment-là que tu as commencé à écrire des livres sur des portraits de femmes pour la jeunesse ou sur la deuxième guerre mondiale ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

alors, presque ! c’est-à-dire qu’en 1991 il y a un grand choc pour moi. Michelle Perrot et Georges Duby sortent l’encyclopédie des femmes,  l’histoire des femmes en 5 volumes. Et nous toutes, aux droits des femmes, nous sommes invitées pendant 2 jours à la Sorbonne pour écouter les interventions des différents, des différentes écrivaines de cette encyclopédie. 

Et pour moi c’était véritablement un choc. Je me suis dit “j‘ai fait quand même des études d’histoire pendant 5 ans, on ne m’a jamais parlé des femmes, et horreur, ça ne m’a jamais posé problème”. Donc je me suis dit que j’étais vraiment conditionnée et que beaucoup d’autres aussi devait l’être. 

A partir de ce moment-là j’ai commencé effectivement à vouloir mettre en place des cycles de conférences sur l’Histoire des femmes 

Florence : 

d’accord. Et qu’est-ce que tu as fait du coup comme cycle de conférences, comment ça s’est organisé ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

alors en fait Yvette Roudy qui avait été la première ministre des Droits des Femmes en 81, avait organisé sur Paris des, ces cycles de conférences avec les plus grandes historiennes comme Michelle Perrot et cetera. J’avais assisté à tout ça. C’était une fois par mois pendant 1 an ou 2 ans je sais plus. Et en fait, dans mon département, j’ai essayé de recréer ça. Et tout de suite, en fait, le préfet était d’accord, c’est important hein, les préfets successifs, puisque c’était mon autorité en fait. Et j’ai commencé par un cycle de conférences sur la Seconde Guerre mondiale, parce que c’est une époque que les Français aiment beaucoup, ils lisent beaucoup de livres sur cette période, et en plus il y avait encore des survivantes. Et donc ce cycle de conférences a tout de suite eu beaucoup de succès.

La première conférence, on devait être 40 et puis au bout de quelques conférences, on avait déjà doublé et puis petit à petit les maris sont venus et et donc ça a été un un public un peu plus mixte. Et donc je j’en ai fait plusieurs une fois par an ça ça durait 12 fois il y avait c’est-à-dire il y avait une fois par semaine pendant 12 semaines un thème qui était choisi et un conférencier une conférencière qui venait parler du thème d’un d’un d’un objet précis sur ce thème. 

Après on a fait pendant la Première Guerre mondiale mais celui qui a interrogé le plus le public si je puis dire, c’est celui sur la Révolution, les femmes et la Révolution et là le public a découvert avec vraiment beaucoup de colère presque que notre révolution qui était exportée dans le monde entier comme un modèle de liberté, d’égalité avait sciemment exclu les femmes de la République (de la citoyenneté). Et pour beaucoup de personnes, ça a été vraiment un grand choc, une grosse découverte 

Florence :
comment tu l’as su toi ? enfin tu as invité des gens qui s’étaient penché·es sur cette question ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui bien sûr, c’est, il y a eu 12 intervenant·es qui sont arrivé·es et qui ont fait des conférences sur, sur le droit, sur la la prise de parole des femmes, sur, même les religieuses quand on a laïcisé si je puis dire. Il y a des tas de jeunes filles hein qu’on faisait rentrer au couvent et qui n’avaient pas choisi d’entrer au couvent. Et là une bonne partie d’entre elles s’est mariée lorsqu’elles n’ont plus été religieuses. Enfin, il y avait vraiment des, des choses très très intéressantes tout au long. 

On a parlé aussi du divorce. La révolution a inventé le divorce par consentement mutuel et il faudra attendre les années 70, 1970 pour qu’on puisse de nouveau divorcer par consentement mutuel. 

Après, le divorce a été interdit deux fois, après il a été permis mais avec beaucoup de difficultés et surtout les années 70 au XXe siècle il fallait que ce soit au tort de l’un ou de l’autre. Il fallait prouver le tort et  il faut attendre les années 70 pour revenir finalement à ce que la Révolution avait créé. 

Florence :
oui c’est un éternel va et vient l’Histoire. Et du coup les personnes étaient surprises de ça.

Evelyne Morin-Rotureau : 

ah oui beaucoup !

Florence : 

du coup c’est à ce moment-là que tu aussi écrit des portraits de personnalités femme pour les enfants ?

Evelyne Morin-Rotureau :
oui c’est c’est à ce moment-là. Parce que en fait je me suis rendue compte que ça intéressait vraiment beaucoup les les adultes, mais que ça intéresserait également les enfants. Et ma fille par exemple quand j’ai commencé à écrire des livres pour la jeunesse m’a dit “mais si j’avais eu ces livres-là quand j’étais enfant qu’est-ce que ça m’aurait aidé pour me sentir bien pour oser”.  Les garçons ont plein de héros dans l’Histoire mais les filles n’en avaient pas. Ou alors quelquefois… c’était des héroïnes avec des images un peu désastreuses 

Florence : 

c’est-à-dire ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

c’est-à-dire la perfide Marie-Antoinette, voilà, c’était des des adjectifs qui n’étaient pas très valorisants pour les femmes. Et on s’est rendu compte, lorsque les femmes ont écrit l’Histoire, à partir des années 70 que, surtout, que beaucoup d’adjectifs avaient été vraiment très exagérés. On on on se dit que, il faut pas il faut pas lire des biographies écrites par des hommes sur des femmes quasiment avant les années 70.

Florence : 

d’accord 

Evelyne Morin-Rotureau : 

parce que les années 70, c’est le début de l’Histoire des Femmes. C’est le début des recherches sur l’Histoire des Femmes, en particulier avec Michelle Perrot qui a été l’une des premières. Et donc c’est à partir de ce moment-là quand même, qu’on a une plus grande véracité sur l’histoire de certains personnages.

Florence : 

d’accord je sais que parmi tes conférences, il y en avait qui avait plus ou moins de succès donc tu as parlé de la Révolution française où le rôle des femmes était peu connu

Evelyne Morin-Rotureau :  

oui 

Florence : 

je sais que tu avais aussi des invité·es hum très connu·es aujourd’hui 

Evelyne Morin-Rotureau : 

par exemple la dernière conférence que j’ai faite c’est sur Gisèle Halimi. Alors Gisèle Halimi elle est connue aujourd’hui hein, tout le monde la connaît. Mais elle est surtout connue par deux deux procès très importants : le procès de Bobigny sur l’avortement et le procès d’Aix sur le viol. Mais très peu de gens savent ce qu’elle a, ce qu’elle a fait avant, en tant qu’avocate toujours, en défendant des gens qui luttaient contre l’Algérie française,  c’est-à-dire que, elle a elle a défendu des des résistants algériens et elle en a sauvé certains, de la guillotine hein, en allant chercher leur grâce et cetera. Et elle se heurtait au tribunaux militaires français qui condamnaient presque toujours. Et ça c’est une partie de la vie de Gisèle Halimi qui est pas très connue.

Et aussi dans dans son plus vieil âge en quelque sorte, dans sa vieillesse, elle a été une grande européenne. Elle avait mis en place le, une une charte de l’Européenne la plus favorisée. C’est-à-dire que, ça n’existe pas encore hein, le Parti socialiste en France l’a adopté, mais au niveau de l’Europe, ça ça n’existe pas. C’est-à-dire on prend dans chaque pays européen ce qui est le plus favorable aux femmes, que ce soit par exemple sur les violences conjugales, l’Espagne est en tête. Eh bien on on on met la loi espagnole dans tous les pays d’Europe. Sur la contraception ça va ça va être un autre pays, on le met sur tous les pays d’Europe. Mais vous savez bien qu’il y a des des pays en Europe qui sont contre l’IVG encore, donc c’est compliqué. Mais elle a fait un travail remarquable là-dessus. Ca a été une femme engagée toute sa vie Gisèle Halimi. Vous voyez Simone Veil est entrée au Panthéon et pas Gisèle Halimi. Là aussi c’est politique. Si on fait entrer Gisèle Halimi au Panthéon,  toute la droite va être contre. Tous les gens qui sont, qu’on appelait les Pieds-noirs qui qui se sont installés en France ne portaient pas Gisèle Halimi dans son, dans leur cœur. Donc c’est c’est vraiment un problème politique de la faire entrer ou non au Panthéon 

Florence : 

et aujourd’hui on pourrait avoir l’impression que la cause des femmes là au moment de cet enregistrement on est en 2025, mais on va dire que ces dernières années en tout cas, c’est un sujet sur lequel où sur le papier tout le monde est d’accord, même si dans les faits bon il y a des contre courants. Toi par rapport à l’évolution, vu que tu as vécu à cette époque où les lois se sont mises en place les unes après les autres, comment tu tu vis ça ou comment tu as vécu ça à l’époque ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

Bien par exemple si on prend la loi sur l’égalité au travail, on parle souvent de la loi Roudy qui est de 1983, mais en fait la première déclaration dans la loi “à travail égal salaire égal” c’est 1945 ! Après il y a encore une loi en 1973 et puis il y a eu 1983 et là on voit qu’à notre époque, ce n’est pas encore complètement acquis 

Florence :

non 

Evelyne Morin-Rotureau : 

puisque il y a encore 12-15 % de 

Florence : 

25%, ça dépend 

Evelyne Morin-Rotureau : 

de différence inexpliquée en quelque sorte. Par exemple, dans les créations d’entreprises, on voit que les femmes sont très performantes, mais elles ne sont que 30 % et c’est pareil au niveau des conseils d’administration. Ces dernières années, ça n’augmente pas tellement, ça plafonne plutôt 

Florence : 

et sur l’accueil de ces sujets-là, pendant que tu donnais des conférences ou que, est-ce que tu trouvais que c’était facile, ou tu penses que maintenant c’est plus simple de traiter ces sujets-là même si il y a des avancées qui sont encore trop lentes ? comment tu tu vois la perception du du grand public sur ces sujets ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

bah c’est-à-dire que je crois que les les les gens prennent conscience de cette ces différences qui existent encore que lorsqu’ils y sont ou qu’elles y sont confrontées.  C’est, c’est-à-dire qu’il y a, il y a beaucoup de femmes, de jeunes femmes par exemple, qui découvrent les bâtons dans les roues qu’on peut leur mettre au travail, lorsqu’elles prennent un travail. Avant, elles n’y pensent pas, elles pensent que tous les droits sont acquis pour les femmes.

Florence : 

<acquiescement>

Evelyne Morin-Rotureau : 

de même que, au niveau de de la contraception par exemple, on pense que tout est acquis mais on s’aperçoit que des plannings ont fermé ou n’ont plus assez de de de budget pour fonctionner correctement et cetera. Que c’est pas si simple hein. 

Florence 

clairement. Est-ce que par rapport à des moments historiques en terme de loi ou d’événement, il y en a qui t’ont marqué plus que d’autres en tant que témoin de ces moments-là ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

alors peut-être qu’il y en a deux qui qui m’ont vraiment parlé. C’est la loi de 1993 qui n’est pas très connue, qu’on appelle la loi Neiertz. Véronique Neiertz était une de nos secrétaires d’État aux droits des femmes. Et en fait elle a pris une loi qui pénalise, qui sanctionne le délit d’entrave à l’IVG. Et il faut se souvenir que, dans ces années-là, il y avait des groupes religieux enfin intégristes, de, d’Extrême-Droite qui, autour d’un gourou dont j’ai oublié le nom, enfin je dis gourou mais c’est pas le nom que lui se donnait, mais qui organisait des manifestations dans les hôpitaux, ou à la porte des hôpitaux, où ils étaient à genoux en train de prier en s’enchaînant et cetera. Et on était obligé·es de faire intervenir la police. Et cette loi a a mis fin -ils ont essayé de continuer mais ça a marché- a mis fin à ces délits d’entrave à l’IVG. Et pour aller dans le même thème, en fait, l’inscription de l’IVG dans la Constitution, je pense, met les Françaises à l’abri d’un retour de bâton, comme comme on assiste par exemple aux États-Unis.

Florence

<acquiescement>

Evelyne Morin-Rotureau : 

là ça sera quand même beaucoup plus difficile de, de supprimer l’IVG alors qu’elle est inscrite dans la Constitution, plutôt que de le faire comme Trump l’a fait avec un simple décret. C’est c’est une sécurité vraiment pour les Françaises. Et j’espère que d’autres pays européens suivront cet exemple. 

Et puis il y a une autre loi effectivement qui est très importante et que j’ai vécu quand j’étais encore au travail : c’est la loi sur la parité hein. Puisque on avait fait des projections mathématiques en fait, si ça n’avançait pas plus que pourcentage, petit pourcentage après petit pourcentage, il nous fallait presque 400 ans encore pour arriver à la parité hein (rires), donc la loi sur la parité a changé beaucoup de choses. 

Mais en ce moment, il faut, il faut être très vigilant·es parce que le pourcentage de femmes à l’Assemblée a baissé pour la première fois depuis 1988. C’est-à-dire que, il y a plus que 36 % de femmes députées en ce moment. Pourquoi, et bien parce que, en fait les les parties de droite surtout, mais aussi le PS là dernièrement a une une petite amende, il faut pour ne pas être sanctionné·e avoir moins de 2 % de différence entre hommes et femmes sur les listes. Les deux parties qui sont les plus mauvais exemples, les plus mauvais élèves si je puis dire,  c’est les Républicains et le le Rassemblement National; les meilleur·es élèves étant les Écologistes, le PC et LFI. Et le Parti socialiste normalement est à peu près un bon élève mais là dernièrement il a perdu quelques femmes. Et il y a donc des sanctions qui sont qui sont donnés aux partis politiques qui ne respectent pas la parité. Pour vous donner un exemple, les Républicains, en 5 ans, ont perdu 18 millions d’aide de l’État. C’est-à-dire chaque chaque année l’État donne de l’argent aux partis aux différents partis politiques en fonction de, du nombre d’adhérent·es et de leurs résultats aux élections. Et sur sur ce parti,  les Républicains, ça fait 18 millions en 5 ans. En général, c’est 1 à 2 millions par an, voilà.  

Florence :  

c’est énorme. Ils ont un budget pour. Enfin vu que c’est encore pire qu’avant

Evelyne Morin-Rotureau : 

bien sûr bien sûr. Mais c’est quand même incroyable de pas arriver à la parité, alors qu’il y a presque, le, le public électoral, c’est une majorité de femmes hein. Je le rappelle c’est presque 52 % de femmes.

Florence : 

d’ailleurs ça me fait penser parce que là on entend, bah encore plus aux États-Unis en ce moment des personnes qui parlent de, justement, ces lois paritaires, bah en politique en fait quand on parle de de parité ici, ben il les accusent d’être discriminatoire dans l’autre sens. Et à l’époque j’avais vu que dans les années 80, c’était aussi un reproche qui avait été fait et c’est là on se dit mais en fait on n’apprend rien et on recommence, enfin les situations se reproduisent. Et oui je comprends ce que tu veux dire en disant bah il faut qu’on soit vigilant·e parce que ça baisse sans qu’on s’en rende compte en fait.

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui. Pour revenir sur l’IVG, sur la contraception, il faut pas oublier cette phrase de Simone de Beauvoir hein, dans Le deuxième sexe, où elle dit ”La liberté pour les femmes commence au ventre”. Ca ça veut dire que, en quelque sorte, si, si on on ne sait pas quand on va avoir des enfants et à quel rythme, on ne peut pas envisager une vie professionnelle par exemple “tranquille” hein, alors que maintenant presque toutes les femmes programme en quelque sorte les naissances, enfin à peu près 

Florence : 

oui après, c’est leur corps.

Evelyne Morin-Rotureau : 

bien sûr ! 

Florence : 

et toi du coup sur cet angle féministe, mais un peu “par accident” enfin quelque part, en tout cas sur le démarage, je sais pas si tu avais déjà des des sujets de ce type là en tête ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

alors en fait j’avais commencé à travailler sur les femmes lorsque je passais mon DEA puisque je l’avais fait sur Marguerite de Navarre. Marguerite de Navarre, c’était la sœur de François 1er, et elle avait écrit un un recueil de nouvelles, qu’on appelait L’héptameron. Et ce recueil de nouvelles, moi j’étudiais dans mon DEA le langage qui était employé par les femmes en parlant des hommes, et des hommes en parlant des femmes. Et déjà c’était très curieux, ça se passe au XVe siècle hein (plutôt XVIe*), et et donc c’était très curieux de voir cette liberté de sujet abordé dans ces nouvelles. Et en fait ça m’avait donné une curiosité d’aller un peu plus loin. L’une de mes curiosités aussi, ça a été de découvrir Christine de Pizan. Alors la même époque hein, Christine de Pizan au XVe siècle* et en réalité elle elle est le premier écrivain de la littérature française. Alors notre premier écrivain comme dit un journaliste littéraire qui s’appelle Pierre Le Pape est une écrivaine. 

Florence

<rires>

Evelyne Morin-Rotureau : 

c’est-à-dire que, mais oui, c’est vrai, avant les gens écrivaient sur commande. C’était souvent des clercs, où il faisait des agographies (?). Et là Christine de Pizan écrivait ce qu’elle voulait écrire, elle choisissait ses sujets. Elle a écrit des romans, de la poésie, des traités sur la paix et la guerre. On lui a demandé d’écrire la biographie de Charles V. Charles V c’est le roi qu’elle a bien connu pendant son enfance, puisque son, son père était le médecin astronome du roi. Donc elle a été élevée en partie à la Cour et Charles V on l’appelle le Roi Sage. Elle a beaucoup aimé ce personnage, et après sa mort, le roi qui lui a succédé a demandé à Christine de Pizan d’écrire cette biographie du roi qui fait toujours état aujourd’hui. 

Florence : 

Comme quoi.

Evelyne Morin-Rotureau : 

Donc vous voyez, et elle vivait, elle vivait de son écriture. Ca c’était nouveau aussi.

Florence : 

c’est ça que tu veux dire par première écrivaine ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui, un écrivain au sens moderne du terme, c’est quelqu’un qui choisit ses sujets, et qui vit de, et c’est, il en fait son métier en quelque sorte, il vit de ça. Et Christine de Pizan qui avait besoin de travailler, parce que son mari est mort quand elle était très jeune. Elle avait trois enfants, sa mère, elle devait subvenir à leurs besoins. Elle a réussi par l’écriture à subvenir à leurs besoins. Mais mieux que cela, elle a participé, c’est elle qui a lancé ce qu’on appelait la “querelle des Femmes”. La querelle des femmes, elle a existé jusqu’au XVIIe siècle, voire un peu plus loin. C’était des questions justement qu’on se posait, que les femmes se posaient à l’époque sur la place de la femme dans la société, la place de la femme dans les arts 

Florence : 

Au XVe siècle  😮 

Evelyne Morin-Rotureau : 

ça commence là et ça continuait et il y a eu des d’autres personnages très éminentes qui ont parlé de ça, Louise Labé par exemple. Elle, elle a participé donc à une querelle et à son époque le président de la Sorbonne et le frère du roi, puisque le roi était Charles VI et il avait des épisodes un peu de folie, donc c’était son frère, le duc de Berry qui était important, le duc d’Orléans pardon. Et il y avait un livre qui était un best-seller, qui s’appelait Le Roman de la Rose. Alors il y en a deux en fait Roman de la Rose. Il y a une première partie qui a été écrite, qui qui était très poétique, très jolie et cetera., et une autre partie qui a, qui a été écrit par un autre écrivain, et qui là qui était euh comment dire, qui méprisait Christine de Pizan, disait qu’il méprisait le sexe féminin tout entier. Et à partir de ce moment-là, il y a eu une querelle entre les deux écrivains, et c’est Christine de Pizan qui a emporté en fait cette bataille littéraire, et le frère du roi a même créé un ordre de chevalerie qui s’appelait l’Ordre de la Rose, dans lequel les hommes qui entraient dans cet ordre de la Rose faisaient serment de respecter les femmes. Ce que ce deuxième roman de la Rose ne faisait pas. Et et donc quand je, quand je, j’étais intervenu en classe de 4e je me souviens pour parler de Christine de Pizan, et les collégienne me disaient “on aurait bien besoin d’un ordre de la Rose” aujourd’hui

Florence : 

<rires>

Evelyne Morin-Rotureau : 

parce que les garçons ne sont pas toujours respectueux envers nous (rires). Voilà donc voyez du du XVe siècle au XXIe, on peut parler de ces personnages qui traversent en quelque sorte l’Histoire 

Florence 

mais c’est fou

Evelyne Morin-Rotureau : 

et y en a plein d’autres

Florence : 

c’est ça, c’est qu’il y en a plein d’autres et on se rend compte que, bah, il y a eu des alliés que, à cette époque là, ces messages ont été entendus et et puis après, plus rien enfin, c’est vraiment, moi je je suis très très frustrée de ce côté éternel recommencement, on se dit “ah on découvre on découvre”, on fait que déterrer 

Evelyne Morin-Rotureau : 

moi j’en découvre tous les jours encore des des femmes importantes

Florence : 

ah oui ? c’est vrai ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

bien sûr, parce que, elles ont été, alors vous savez dans les sciences on parle de l’effet Matilda 

Florence : 

oui. Tu veux bien expliquer ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui des des femmes qui ont on fait des découvertes importantes, mais que des hommes ont repris après et c’est eux qui ont eu le prix Nobel par exemple, sans parler des femmes qui sont intervenues avant eux. ll y a, il y en a plusieurs comme ça, mais il y a des femmes d’Histoire aussi qui ont été complètement oubliées et qui qu’on redécouvre à notre époque.  Par exemple des femmes qui ont été tellement, tellement à la mode, comme George Sand.  George Sand, c’était un personnage public un peu sulfureux à son époque, sulfureux parce que d’abord, elle s’habillait en homme hein, quand ça lui plaisait, ce qui était interdit, où il fallait demander une autorisation au préfet de police, enfin voilà. Et surtout elle est la première à écrire dans ses premiers livres à écrire sur la frigidité ou le plaisir féminin 

Florence : 

d’accord 

Evelyne Morin-Rotureau : 

exactement. Et elle disait une phrase comme -je l’ai pas sous les yeux- mais la femme n’est pas un instrument qu’on prend par violence mais c’est une lyre délicate que le masculin doit  -je trouve plus mes mots- enfin oui où on doit être habile, il doit jouer de de sa lyre, voilà. Et donc ça, ces livres, ces livres ont été interdits par l’Église. Les, la plupart des livres de George Sand ont été interdits par l’Église, c’est-à-dire que, ils étaient surtout interdits aux jeunes filles, et aux femmes par leur confesseurs, enfin….  Mais ce qui est resté de George Sand, ce sont ces romans populaires, ce qu’on appelait ses romans “campagnards” comme La mare au diable ou La petite fadette, et cetera. Et beaucoup de gens ne connaissent George Sand que par “ah la grand-mère aux confitures ou la petite fadette” et cetera., mais George Sand (rires), c’est un personnage qui a traversé son siècle. Son œuvre est aussi importante que celle de Victor Hugo.

Florence 

c’est fou.

Evelyne Morin-Rotureau : 

et oui c’est fou. Elle, elle a aussi écrit beaucoup de pièces de théâtre. Enfin, elle est redécouverte, elle a été redécouverte au milieu du XXe siècle. Mais un personnage comme Camille Claudel aussi, qui, qui arrête de de sculpter en 1913, quand elle est internée dans un hôpital psychiatrique, elle va être complètement oubliée. Et elle va être redécouverte grâce à Anne Delbée qui va écrire un livre sur elle et faire une pièce de théâtre. C’est dans les années, fin des années 80 à mon sens, enfin je sais plus exactement mais c’est dans ces années-là. Voilà c’est, c’est, c’est fou les les personnages comme ça oubliés et qu’on redécouvre au XXe siècle 

Florence : 

parce que ça pose question au final. Tu vois, tu dis que Christine de Pizan, c’était la première écrivaine. Disons que si on se pose la première question de Comment transmettre cette héritage, cette histoire de… bah de de la majorité de la population, donc les femmes, pour qui aujourd’hui en tout cas, le travail n’est pas fait, ou les résultats ne sont pas là, on pourrait penser que l’écrit est un outil. Et pour autant les œuvres de Christine de Pizan qui à l’époque du coup était publiées, bah on voit qu’elles ont du mal à à être entendues, à survivre enfin en tout cas moi, je la connais que depuis très peu de temps. Enfin à l’école j’en avais jamais entendu parler. George Sand bah, tout n’a pas été publié et limite on la connaît que pour les œuvres qui ont rien à voir avec la condition des femmes.

Evelyne Morin-Rotureau : 

alors les livres de Christine de Pizan sont, parce qu’en fait le français n’était pas le même à son époque qu’aujourd’hui.  Et donc deux de ces livres en tous les cas ont été traduits en français du XXe siècle : c’est La cité des Dames qui est son plus le livre le plus connu qu’elle ait écrit. C’est-à-dire qu’au XVe siècle, elle écrit un livre dans lequel elle parle de toutes les femmes qui ont été remarquables avant son époque 

Florence : 

d’accord 

Evelyne Morin-Rotureau : 

et et l’autre, c’est c’est la biographie de Charles V, et je je crois qu’il y a des recueils de poèmes aussi qui ont été traduit il y a pas très longtemps. Mais si on parle par exemple, si je vous, je vous donne d’autres exemples : il y a Marguerite de Valois. Je vous ai parlé de de la manière en fait, de faire l’amour (rires) à cette époque-là. Marguerite de Valois, c’est le XVIe siècle. Eh bien elle aussi, elle, quand elle était à la Cour de Nérac avec Henri IV, qui n’est pas encore Henri IV, qu’elle a épousé pour mettre un terme croyait-on à la lutte entre les catholiques et les protestants, c’est un mariage arrangé, puisque Henry de Navarre  était protestant et elle, évidemment catholique, et la Cour s’est installée à Nérac à un moment. Et là elle, elle écrit des choses là-dessus aussi. Elle dit que les femmes ne sont pas faites pour être prises comme la soldatesse que sur un coffre, mais qu’elles sont sensibles aux douceurs et cetera, et cetera. Donc vous voyez même ces choses de la vie privée, on les retrouve dans des écrits de femmes de cette époque. Marguerite de Valois,  elle a été très très malmenée par l’Histoire. Les hommes qui ont écrit sur elle, l’ont, l’ont affublée de, je sais pas une vingtaine d’amants ou je sais pas quoi, et, et n’ont vu que ce côté-là. Alors que ça a été une grande diplomate, ça a été une grande mécène et c’était une fine politique

Florence : 

d’accord 

Evelyne Morin-Rotureau : 

donc si, si je dis à vos lecteurs et vos lectrices, à vos auditeurs, auditrices que s’ils veulent lire un livre sérieux sur Marguerite de Valois, il faut lire le livre d’Éliane Viennot, qui est vraiment la la bonne historienne sur l’histoire de cette femme. Moi j’en ai écrit un pour la jeunesse, mais pour les adultes Eliane Viennot, c’est vraiment indispensable (rires). 

Florence : 

son nom revient souvent

Evelyne Morin-Rotureau : 

Vous verrez qu’on est loin aussi d’Alexandre Dumas et de la reine Margot. C’est pareil c’est c’est pas très réaliste la Reine Margot (rires). 

Florence 

C’est vrai que ça fait penser à des mécanismes aujourd’hui, tu vois, de salir la réputation et faire en sorte

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui

Florence : 

parce que des hommes qui couchent à droite à gauche, ça ça les a jamais empêché d’être connu par leurs œuvres bah avant ni aujourd’hui je veux dire

Evelyne Morin-Rotureau : 

et oui 

Florence : 

et du coup en terme de transmission, alors là on pourrait se dire bah écrire des livres, ça a ses limites. Toi tu tu écris des livres aussi, tu donnes des conférences, est-ce que tu as en tête des moyens de transmettre plus efficaces que d’autres, ou en tout cas des, peut-être que c’est des angles différents ? qu’est-ce que tu peux nous dire dessus ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

pour les pour les livres pour la jeunesse là quand j’ai commencé, c’était en 2002 je crois le premier, donc j’avais créé la collection qui s’appelait Histoire d’elles, et c’était avec les éditions PEMF et en fait ça veut dire éditions Freinet donc le mouvement Freinet tout le monde connaît dans l’Éducation Nationale, et en fait j’étais très contente de trouver cet éditeur parce que j’étais sûre que les livres iraient dans tous les collèges de France, dans dans toutes les documentations. Donc ça, c’était une une bonne, une bonne diffusion et moi j’ai vérifié aussi que, à la bibliothèque municipale de la ville où j’habitais, et à Toulouse où j’habite maintenant, les livres existent dans, au rayon enfant. Donc, donc ça c’est, c’est bien.  

Bon maintenant depuis moins de 10 ans, je dirais les les femmes sont “à la mode”, dans le dans le secteur de la BD, donc en fait, maintenant j’ai l’impression que, à chaque fois qu’on découvre une femme hop il y a une BD (rires). C’est bien hein, c’est un, c’est une première approche pour pour connaître les personnages féminins

Florence

Ah tu veux dire par opposition à des livres sans images ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

je crois que c’est Catel qui avait commencé avec Olympe de Gouges d’ailleurs.

Florence : 

oui

Evelyne Morin-Rotureau : 

et elle avait eu mon petit livre entre les mains sur Olympe de Gouges d’ailleurs

Florence : 

c’est vrai ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui oui parce qu’en fait elle avait contacté une femme à Montauban, parce que Olympe de Gouges est originaire de Montauban, qui est à quelques kilomètres de, de Toulouse et on avait créé ensemble les journées Olympe de Gouges, j’ai fait ça pendant 5 ans. Et en fait on déclinait les différentes facettes d’Olympe de Gouges chaque année, c’est-à-dire la femme journaliste, la femme écrivaine, la femme qui, auteur de théâtre et cetera., et cetera., la femme et les lois, enfin bon, et et donc ils en avaient entendu parler, et était allé voir mon amie à Montauban. Et elle leur avait passé le petit livre que je venais d’écrire, donc j’ai retrouvé des choses dedans, dans la BD, et je trouve qu’elle est bien faite hein voilà. 

Et, mais, depuis deux ou trois ans, il y a vraiment beaucoup de choses qui sortent. 

Florence : 

du coup, est-ce que tu veux dire que tu penses que “c’est bon”, tu vois en terme de de transmission de l’Histoire des femmes, ou de représentation

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui, parce que, enfin, moi, très honnêtement, j’aime pas trop les BD, parce que je suis toujours frustrée (rires) au niveau du peu de texte, mais je pense, je pense que pour les enfants, c’est sûrement une très bonne approche. Bon moi les petits livres étaient un peu illustrés, mais dernièrement quand j’en ai sorti deux aux éditions Oskar sur Sarah Bernhardt et et et Gisèle Halimi, ils sont pas du tout illustrés. Et c’est peut-être un peu rébarbatif pour la jeunesse, donc oui je trouve, oui oui je pense que la BD, c’est un un bon moyen de diffuser.  

Parce que par exemple je je pense que des grands-parents vont vont peut-être aller vers un livre illustré pour offrir à leurs petits enfants plutôt qu’un livre sans images, encore à l’âge collège, enfin je sais pas… mais je pense que c’est une bonne idée.

Florence 

oui, de varier les formats pour que, il y en ait pour tout le monde en fait 

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui voilà. Il y a aussi des documentaires fictions qui… là dernièrement, par exemple, il y a eu un documentaire fiction sur Olympe de Gouges. C’était la première fois. 

Florence : 

Ah oui ?!!? ça s’appelle Olympe de Gouges ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

je sais pas si ça s’appelle Olympe de Gouges, mais en fait c’est sur les derniers moments d’Olympe de Gouges quand elle est en prison, avant de passer à la guillotine. C’est vrai que c’est étonnant qu’il ait, qu’il y ait eu encore à notre époque aucun film sur Olympe de Gouges.

Florence : 

bah oui je suis très étonnée 

Evelyne Morin-Rotureau : 

en fait, c’est en fait Julie Gayet qui l’a réalisé, qui l’a réalisé et qui est, qui joue aussi Olympe de Gouges. Et bien elle s’est rendue compte aussi par exemple qu’il n’y a jamais eu de film sur Louise Michel, alors que c’est un personnage aussi, dont la vie est un roman, oui vraiment du plus jeune âge où elle écrivait à Victor Hugo, elle lui envoyait des poèmes à 10 ans et il répondait,  jusqu’à la fin de sa vie où elle est envoyée au bagne après la Commune où elle est envoyée au bagne en Nouvelle-Calédonie, et qu’elle aide les les les les natifs de Nouvelle-Calédonie à se rebeller contre l’armée française. C’est (rires), c’est absolument incroyable

Florence : 

c’est vrai que c’est dingue…  et pourtant on n’en entend pas trop parler 

Evelyne Morin-Rotureau : 

non. C’est, c’était une “institutrice (rires) qui, qui, de Montmartre pendant la Commune”. Les personnages de femmes sont tellement riches, et quand on les connaît, ben souvent, c’est,  on connaît qu’une petite facette. Louise Michel elle est surtout connue pour la commune 

Florence : 

oui… tout à l’heure tu parlais du fait que les BD, c’était quelque chose qu’on pouvait ouvrir aux enfants, aux petites filles. Tu as aussi parlé du fait que dans les conférences que, que tu organisais, les cycles, vous étiez une quarantaine au début. Une fois vous êtes monté·es jusqu’à 2000 je crois 

Evelyne Morin-Rotureau : 

ah oui ! ça c’est quand, c’est quand Simone Veil est venue. Parce que j’avais monté un cycle de conférences qui s’appelait les années 60-70-80 et donc Gisèle Halimi était venue. Donc ça se passait au Mans, Gisèle Halimi était venue parler de du procès de Bobigny, et Simone Veil était venue le jour des 30 ans de sa loi parler

Florence : 

(rires) c’est vrai ? d’accord 

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui oui c’était un hasard, mais elle était venue parler de, c’était en en 2005 donc elle était venue parler de, de sa, de sa loi, et en fait, c’était très, très émouvant. Moi j’avais travaillé avec l’Éducation Nationale en disant à l’inspecteur d’académie : c’est la meilleure contraception pour les jeunes (rires en choeur) de venir écouter Simone Veil, ça avait tellement bien marché, qu’il y avait eu plein de jeunes, plein de classes et cetera. Enfin la salle était pleine à 17h alors que la conférence était à 18h30. Et j’ai dû avoir l’autorisation de, du préfet puis du maire du Mans, pour faire rentrer les gens quand même, même s’il y avait plus de place. Donc quand elle est arrivée, il y avait des gens assis partout, dans les, dans les travées, et d’autres debout. Il y avait eu un écran dehors, c’était fou. 

Et quand je me suis retournée, j’ai vu des tas de femmes qui avaient des petits écriteaux en disant “Merci Madame Veil”. Et ça, c’était vraiment très émouvant.

Florence : 

du coup, c’était quel type de génération ? enfin c’était des femmes qui avaient bénéficié … ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui bien sûr euh il y avait, il y avait tous les âges et et surtout j’étais très contente qu’il y ait autant de jeunes filles et garçons 

Florence : 

jeunes tu veux dire 20 ans, c’est ça ou plus ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

ah non c’était des lycéens 

Florence 

ah d’accord <surprise>! ok ok ok mais du coup en parlant de Gisèle Halimi ou Simone Veil, ou d’autres invité·es que, que tu as eu, est-ce qu’elles avaient des messages, est-ce qu’il y a des messages qu’elles ont fait passer qui t’ont marqué ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

le message en général, c’est “les droits des femmes sont fragiles”. Il faut toujours être très attentif·ves. En fait, des gouvernements font passer des lois pour les femmes quand il y a rien d’autre de plus urgent.

Florence

(rires) ça on ne l’entend pas assez

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui, mais c’est souvent comme ça (rires). Et et c’est bien aussi de regarder ce qui se passe autour de soi, parce que, vraiment, qui aurait imaginé qu’aux États-Unis, tout soit terminé en en un trait de crayon pour les femmes, quoi. C’est c’est incroyable. Ca s’est passé à différentes périodes pendant notre Histoire hein, puisque par exemple, je vous ai donné le le l’exemple du divorce hein, mais pour pour la contraception, faut rester très très vigilant·e, vraiment toujours 

Florence : 

oui 

Evelyne Morin-Rotureau : 

alors moi j’ai, j’ai beaucoup fait de conférences aussi par exemple pendant le centenaire de la Première Guerre mondiale. J’en ai fait une vingtaine dans toute la France. Et pour parler des femmes pendant la Première Guerre mondiale, parce que ça, c’est important aussi hein, de quand les les enfants étudient la première et la deuxième guerre mondiale, mais la place des femmes elle est portion très très très congrue. Alors que, certes elles n’étaient pas sur le front, mais elles ont tenu le front de l’arrière, et elles ont, enfin, pendant la Seconde Guerre mondiale, elles ont été résistantes aussi 

Florence : 

non, on n’en entend pas souvent 

Evelyne Morin-Rotureau : 

non, on n’en entend pas souvent parler. Elles ont peu revendiqué de, de récompenses justement et mais c’est très important d’en parler. 

Florence : 

mais c’est vrai qu’on, il y a un petit encadré en général <rires> sur les femmes pendant la guerre 

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui, il y a un encadré pour chaque guerre. Il y a des femmes très très très importantes pendant la Seconde Guerre mondiale. Je pense à Geneviève Anthonioz De Gaulle, mais il y a eu Marie-Madeleine Fourcade, il y a eu Lucie Aubrac, enfin il y en a eu plein, il y a eu Madeleine Riffaud, qui est, qui est décédée il y a pas longtemps, il y en a beaucoup beaucoup beaucoup. 

Florence : 

et puis même sans ça en fait, enfin le fait de faire tourner la vie domestique

Evelyne Morin-Rotureau : 

ah mais pendant la Première Guerre mondiale, oui, c’était très compliqué, et même la seconde aussi, parce que c’est la pénurie pendant ces périodes-là, c’est une grosse pénurie pendant la Seconde Guerre mondiale, parce que tout partait en Allemagne hein. Les femmes étant traditionnellement les gardiennes du foyer et les nourricières, en quelque sorte, il fallait qu’elles se débrouillent pour faire vivre la famille. Et n’oublions pas que pendant les deux guerres, elles vivaient quasiment seules, cheffes de famille, parce que pendant la première guerre, les hommes étaient au front, pendant la deuxième guerre 1 700 000 hommes étaient prisonniers en Allemagne. Et après il y a eu ceux qui sont partis au STO donc 

Florence 

au Service du Travail Obligatoire

Evelyne Morin-Rotureau : 

donc une grande solitude.  

Florence : 

on arrive à la fin de de l’entretien. Pour finir, on a navigué entre plusieurs sujets -déjà merci beaucoup pour tous ces partages-, est-ce que tu as une recommandation, un conseil sur sur le sujet de la transmission, par rapport à des personnes qui voudraient elles aussi transmettre les contributions des femmes dans le passé à d’autres générations, ou d’autres publics 

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui, par exemple, ce que je fais à Toulouse, puisque je je fais partie du, vu mon grand âge, n’est-ce pas (rires), je fais partie 

Florence : 

Tu veux nous dire ton âge ? (rire)

Evelyne Morin-Rotureau : 

75 (rire), je fais partie d’une association qui s’appelle Old‘Up, c’est-à-dire “O-l-d” apostrophe “U-p” donc des des anciens un peu dynamiques, et donc ils m’ont demandé de faire des conférences sur les, sur l’Histoire des Femmes et j’ai accepté à condition que, ils le retransmettent à leurs petits-enfants. C’est, c’est ça que que je trouve très important. C’est que, quand quand nous, en tant qu’adulte ou en tant que adulte plus âgé, on a des connaissances de, sur des femmes de l’histoire, ou sur d’autres sujets thématiques qui concernent les femmes, il faut en parler aux plus jeunes, parce que, à l’école ils auront très peu de d’enseignement, très peu de choses, même si ça évolue un peu, mais ça ça reste portion congrue. Et donc tout ce qu’on sait (rires), il faut, il faut le retransmettre 

Florence

oui, et à tout le monde en fait. Enfin aux garçons et aux filles, aux personnes non binaires.

Evelyne Morin-Rotureau : 

ah oui oui bien sûr, bien sûr ! parce que les, les, quand je, je faisais des interventions à l’école primaire, je faisais le test des héros. Donc filles et garçons étaient mélangé·es et je disais, je demandais “Citez-moi des héros masculins”. Toutes les mains se levaient. Ils en avaient tous, plusieurs dans l’Histoire de France, évidemment il y en a plein. Et après “Citez-moi des héroïnes” et là timidement, il y avait une ou deux mains qui se levaient et qui disait “Jeanne d’arc”

Florence 

ah ! 

Evelyne Morin-Rotureau : 

ah ! et encore. 

Florence : 

terrible. C’est ça le vrai test en fait (rires), pour voir si on y arrive.

Evelyne Morin-Rotureau : 

parfois, il y avait Marie Curie, parfois il y avait Cléopâtre. Et et je leur disais “Mais pourquoi il y a pas de femme dans les livres d’Histoire ?” 

et j’avais toujours l’explication en général dite par un petit garçon, qui disait en quelque sorte “Mais Madame, les femmes, elles ont rien fait, elles ont fait que les bébés” voilà 

Florence : 

Douloureux.

Evelyne Morin-Rotureau : 

Douloureux, oui, parce que c’était quand même au début des années 2000 donc ….

Florence : 

On avait proposé ce jeu pour le 8 mars auprès d’enfants et d’adultes, et ça avait très bien marché 

Evelyne Morin-Rotureau : 

donc en fait, il faut changer les représentations

Florence :  

oui, c’est là où c’est aussi le rôle des hommes de transmettre l’Histoire des Femmes, enfin de tout le monde en fait.

Evelyne Morin-Rotureau :  

Oui bien sûr. Et il y a, ça ça serait, pourrait être le thème d’autres entretiens ou d’autres connaissances, mais il y a des hommes qui ont de tout temps aider les femmes à défendre leurs droits, et ça c’est, il faut, il faut leur rendre hommage à ces hommes. Par exemple, pendant la Révolution, Condorcet demandait la même éducation pour les filles et les garçons, et que les femmes soient citoyennes. Il n’y en a pas beaucoup (rires) qui l’ont suivi.

Florence : 

Parfait. Est-ce qu’il y a un dernier message que tu voudrais faire passer avant qu’on clôture ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

ben pour rester sur la Révolution, Michelle Perrot justement dit que ce qui est difficile pour les, pour les femmes, ce qui a été difficile pour les femmes, de rentrer en politique, c’est la Révolution Française, ça et ce qui nous reste du Moyen-Âge. C’est-à-dire quand on, quand on regarde le, le, quand on écoute le vocabulaire qui est encore appliqué. Quand quelqu’un se porte candidat pour une élection et cetera., on parle encore de fief électoral. 

Florence : 

C’est vrai !

Evelyne Morin-Rotureau : 

C’est quand même un mot qui vient du Moyen-Âge. On, on parle d’adoubement (rires), c’est encore un mot qui vient du Moyen-Âge et qui concerne que les garçons bien évidemment. Et je pourrais vous en citer d’autres. Et donc, c’est pour ça qu’en fait, même au niveau du vocabulaire, et ne parlons pas de l’Académie française hein, qui, (rires) qui nous a effacé depuis le XVII siècle (rires)

Florence : 

tu veux préciser un peu parce que c’est vrai que tout le monde est pas forcément au courant ?

Evelyne Morin-Rotureau : 

ah bah la l’Académie française a été créée au XVIIe siècle par un certain Richelieu, n’est-ce pas. Il y a des hommes d’ailleurs à son époque, qui ont, qui ont combattu hein, cette, cette  œuvre qui effaçait les femmes au niveau du langage hein. Et et avant par exemple, on utilisait ce qu’on appelle la la l’article de proximité 

Florence : 

oui l’accord de proximité. D’ailleurs, on en parle dans l’épisode 9, l’épisode précédent, avec Diane Moinet. Si vous voulez en savoir plus, sur la langue française, si c’est inclusif ou pas, n’hésitez pas à aller tendre une oreille. 

Evelyne Morin-Rotureau : 

et là ça a disparu et on a appris à l’école : “dans une suite de mots, le masculin l’emporte toujours sur le féminin”. Et moi je me souviens que j’avais demandé à la maîtresse “Mais s’il y a 100, 100 mots féminins et un seul masculin ?” et ben non, le masculin l’emporte toujours.  Et vous savez comment c’est écrit dans, dans le le texte ? c’est écrit parce que le masculin est le le genre le plus noble <rires>. Et voilà comment on nous a fait disparaître. On nous a fait disparaître des métiers, des fonctions, en les mettant toujours au masculin, alors que avant l’Académie française, avant le 17e siècle, quand une femme faisait de la pharmacie, on l’appelait pharmacienne quand une femme était sergent de ville, on l’appelait sergente et cetera. Tout était féminisé, les gens se posaient pas la question.

Florence 

oui mais d’ailleurs enfin je crois que c’est dans les années 80 aussi, sous Yvette Roudy que les noms de métiers ont été de nouveau féminisés

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui oui oui mais ça a été dur à appliquer hein.

Florence

oui c’est vrai qu’on ne voit pas 

Evelyne Morin-Rotureau : 

c’est Fabius qui avait fait une circulaire. Ouais et ça a été très très difficile à faire appliquer. Et pourtant on nous avait donné des, on avait fait des livres avec les masculins, les féminins parce que quand c’est -eur, est-ce qu’on dit -trice ou -eure avec un “e” qu’on n’entend pas forcément. Enfin, il y avait des débats là-dessus 

Florence 

mais c’est vrai que c’est toujours pas complètement acquis 

Evelyne Morin-Rotureau : 

oui enfin c’est quand même beaucoup maintenant. C’est, c’est, franchement en 30 ans, ça fait beaucoup de progrès (rires). Quand même ! mais quand même la, le dernier secrétaire de l’Académie française, qui était une femme, vous le saviez ? 

Florence 

euh non (rires)

Evelyne Morin-Rotureau : 

Hélène Carrère D’Encausse. 

Florence : 

D’accord (rires). Jusqu’à sa mort, elle a refusé de s’appeler la Secrétaire de l’Académie française. Jusqu’à sa mort, elle s’est fait appeler le Secrétaire de l’Académie française, alors qu’elle avait quand même fait passer le texte sur la féminisation des fonctions (rires)

Florence :

C’est parce que “la” secrétaire, c’est pas pareil

Evelyne Morin-Rotureau : 

et un jour, notre ministre, ça va jusqu’à des choses très ridicules, je vais finir là-dessus parce que c’est, c’était vraiment tellement drôle : notre ministre de l’époque qui s’appelait Nicole  Améline, avait reçu une invitation dHélène Carrère d’Encausse. Et le carton d’invitation était libellé ainsi “Le secrétaire de l’Académie française et Monsieur vous invite” et, “Monsieur Carrère d’Encausse vous invite au dîner” donc on pouvait imaginer que le secrétaire était un homme et sans doute homosexuel (rires), voilà.

Florence : 

ça marche. En tout cas, merci beaucoup pour cet entretien Evelyne, c’était un plaisir

Evelyne Morin-Rotureau : 

C’était un plaisir pour moi également.

Florence : On espère que cet épisode vous a plu. Si c’est le cas, n’hésitez pas à le partager à vos proches, ou à nous noter 5 étoiles pour contribuer à sa diffusion.

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Florence : lapdg.fr

[fin de la musique de générique d’intro]

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